Régionales : la stratégie suicidaire de Manuel Valls

Manuel Valls en juin 2014 (Crédits : Parti Socialiste, licence CC-BY-NC-ND 2.0), via Flickr.

Trois objections contre le « Front républicain » proposé par Manuel Valls.

Par Frédéric Mas.

Manuel Valls en juin 2014 (Crédits : Parti Socialiste, licence CC-BY-NC-ND 2.0), via Flickr.
Manuel Valls en juin 2014 (Crédits : Parti Socialiste, licence CC-BY-NC-ND 2.0), via Flickr.

 

Face à la montée du Front national et sa très probable percée aux prochaines régionales, les partis peaufinent leurs stratégies ou anticipent les effets de la défaite, s’agissant du parti socialiste et de ses alliés. Pour tenter de se maintenir, les principaux représentants socialistes se creusent la tête, et certains sont même prêts à adopter la stratégie du pire, sans comprendre que les rapports de force politiques ne sont pas nécessairement en leur faveur.

Ainsi Manuel Valls a pu déclarer à plusieurs reprises qu’il n’était pas contre un « Front républicain » contre le Front national, c’est-à-dire contre une fusion des listes de droite et de gauche dans les régions qui risquaient de basculer à l’extrême-droite. Plus question de se désister en faveur de tel ou tel candidat jugé « républicain », comme le faisaient PS et UMP à une époque, mais bien de constituer les listes communes LR, PS, PC etc.

Plusieurs objections peuvent être formulées contre cette stratégie qui ne fera qu’aggraver la crise de nos institutions politiques.

La première est d’apporter de l’eau au moulin frontiste sur le thème la solidarité entre PS et UMP. En déplaçant le curseur du clivage entre formations traditionnelles vers les formations traditionnelles contre le Front national, on donne à Marine Le Pen le monopole de l’opposition. Il semblerait que la volonté affichée de Jean-Marie Le Pen de marginaliser la droite modérée, ce qu’il appelait il y a quelques années « assécher le marigot », soit partagée par une partie de l’état-major du PS. Comme on le dit pour les films hollywoodiens : « better is the villain, better is the movie ». Certains stratèges ayant la présidentielle pour tout horizon politique espèrent toujours marginaliser la droite modérée pour favoriser la droite radicale : c’est l’un des moyens les plus efficaces de se poser en recours face à la résistible ascension de Marine Le Pen.

La deuxième objection est de donner une image désastreuse, c’est-à-dire pire encore que celle d’aujourd’hui, de la classe politique, et en particulier des élus du Parti socialiste. Face à l’alternance démocratique, toutes les stratégies sont permises pour se maintenir au pouvoir, y compris aux adversaires d’hier, ceux-là même accusés à longueur de journée de faire le jeu du Front national.

La troisième objection est de ne penser qu’en termes d’élections, et non de gouvernance. Une fois élu, on voit mal ce que ce « front républicain » pourrait faire, si ce n’est reproduire l’immobilisme politique tant reproché aux partis au pouvoir. Ce court-termisme, qui semble être la marque de fabrique du gouvernement et de son aile marchante le parti socialiste, ne fait pas seulement que repousser le problème de la réforme de l’État aux prochaines élections, il participe à la dégradation du climat politique qui permet aux formations populistes de prospérer.

Pour conclure, proposer la fusion droite/gauche au nom de la résistance face au FN est un fusil à un coup : une fois la cartouche tirée, il n’est plus possible de la réutiliser. Si le PS décide de reprendre à son compte cette tactique, il sauvera peut-être quelques sièges en région, mais il risque de laisser le parti exsangue et déconsidéré par son immobilisme pour les élections à venir.

Plutôt que de se laisser porter par l’air du temps, Manuel Valls et les têtes pensantes du PS devraient dès maintenant s’interroger sur l’obstacle pratique qui empêche toute réforme politique de fond en France (et les condamne à la disparition à plus ou moins court-terme), la dégénérescence de l’État social en bureaucratie clientéliste.