Qui est responsable de la pénurie de médicaments ?

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Qui est responsable de la pénurie de médicaments ?

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 25 octobre 2015
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Par Jason Urbach
Médicaments (Crédits : Gatis Gribusts, licence Creative Commons)
médication (Crédits : Gatis Gribusts, licence Creative Commons)

En Afrique du Sud, les cliniques et hôpitaux publics connaissent de graves pénuries de médicaments essentiels. Les autorités gouvernementales affirment que la pénurie de médicaments dans le pays et dans le monde est causée par les compagnies pharmaceutiques à but lucratif qui ne distribuent pas les médicaments en fonction des besoins du patient. Qu’en est-il ?

En affirmant cela, elles négligent le fait que la mission des compagnies pharmaceutiques est de fabriquer des médicaments qu’elles fournissent au gouvernement. Celui-ci a la responsabilité de les distribuer ou de faire en sorte que ces médicaments soient distribués aux établissements de santé.

Le stockage et la distribution de médicaments et autres fournitures médicales seraient menés de manière plus efficace et à moindre coût, si le gouvernement déléguait cette tâche aux entreprises privées spécialisées plutôt que de tenter de le faire lui-même. Ces entreprises seraient en concurrence sur la base de l’efficacité et du prix, et le gouvernement pourrait mobiliser plusieurs d’entre elles pour approvisionner les différentes parties du pays. Il y a cependant une condition : si une entreprise n’est pas à la hauteur et ne répond pas aux attentes contractuelles, elle doit être écartée du marché. De ce fait, les doigts qui sont fréquemment pointés sur les entrepreneurs privés concernant la faiblesse de la performance, doivent être retournés également vers celui qui a octroyé le marché.

Dans leur quête du profit, les sociétés pharmaceutiques ont entrepris des recherches et ont développé des vaccins, des antibiotiques et une pléthore d’autres médicaments qui ont augmenté l’espérance de vie à travers le monde, aidé l’humanité à profiter d’une vie plus longue, plus heureuse et plus productive. Si les entreprises étaient interdites de faire du profit, elles ne feraient pas les énormes investissements nécessaires pour offrir des médicaments sur le marché et répondre aux besoins des patients.

L’idée que les sociétés pharmaceutiques ne doivent pas faire de profit déprécie la grande quantité d’efforts déployés par les individus dans les sociétés pharmaceutiques, notamment les scientifiques, les commerçants, les réceptionnistes et le personnel de nettoyage, et tous les autres citoyens investis dans l’entreprise. Le succès de l’entreprise dans sa réponse aux besoins des patients peut être mesuré par le bénéfice qu’elle a réalisé. Celui-ci permet à toutes les personnes impliquées d’entretenir leurs familles et de payer des impôts à l’État. Mais, sans aucun doute, ceux qui en profitent le plus, ce sont les patients qui ont besoin des médicaments.

Une fausse idée commune est que les soins de santé se distinguent des autres produits. Cela permet au gouvernement de justifier la limitation des bénéfices en introduisant le contrôle des prix. Mais le marché des médicaments, des soins médicaux et autres produits liés à la santé, sont soumis aux mêmes lois économique que tout autre bien ou service. La nourriture est plus importante pour la survie humaine et le bien-être que les médicaments, mais le gouvernement a supprimé le contrôle des prix sur les produits agricoles, une fois qu’il a reconnu son effet néfaste sur l’économie et le préjudice causé aux consommateurs.

L’histoire de l’économie a démontré à maintes reprises que le contrôle des prix se traduit par des pénuries. Pourquoi alors, les responsables du gouvernement apparaissent surpris quand leurs politiques irréfléchies, même si bien intentionnées, produisent les conséquences économiques logiques?

Les contrôles des prix, en particulier, ceux qui sont implémentés pour des périodes prolongées, compriment les marges bénéficiaires des fabricants de produits pharmaceutiques locaux à des niveaux tellement insoutenables, car cela les empêche d’augmenter les prix lorsque les coûts des intrants augmentent. Mais, au lieu d’abolir le contrôle des prix, le gouvernement cherche à introduire de nouvelles réglementations qui lui permettront d’appliquer des règles différentes pour les fabricants locaux et internationaux. Des règles clairement discriminatoires et probablement en violation des règles de l’Organisation Mondiale du Commerce.

Peut-être l’un des effets à long terme les plus importants et néfastes de la réglementation des prix des médicaments est l’impact qu’ils ont sur la recherche et développement (R&D). Cet impact est également quelque peu difficile à mesurer et est souvent invisible parce que le gouvernement et les consommateurs ne sont pas conscients de l’innovation perdue qui aurait eu lieu en l’absence de contrôle des prix.

John Vernon, de l’Université de Pennsylvanie, a estimé l’impact du contrôle des prix sur la R&D. Utilisant les données des quinze plus grandes entreprises de fabrication de produits pharmaceutiques dans le monde, les recherches de Vernon confirment que la réglementation des prix des médicaments diminue les incitations à investir dans la R&D. On voit en plus que l’investissement en R&D est très dépendant du degré de réglementation des prix des médicaments. Les prévisions montrent que les  investissements en R&D pourraient diminuer de 47% en raison du contrôle des prix.

Étant donné les conséquences inévitables des contrôles de prix, n’est-il pas temps pour le gouvernement d’Afrique du Sud de reconsidérer cette intervention? Pourquoi, au lieu d’obliger les fonctionnaires à essayer de prédire la variation du taux de change ou les pics d’inflation, les responsables gouvernementaux ne favoriseraient-ils pas la concurrence dans le secteur pharmaceutique?

Quant à la crainte de « pénurie mondiale de médicaments » de la part des responsables du gouvernement, les seuls endroits où cela se produit est dans les pays qui appliquent le contrôle des prix. Il n’y a pas de pénurie des médicaments dans les économies de marché. Peut-être que tout cela est juste un écran de fumée pour raviver les aspirations du gouvernement sud-africain à favoriser et protéger la société pharmaceutique d’État Ketlaphela.

Comme le contrôle des prix, les conséquences économiques de la production locale par une société pharmaceutique d’État sont entièrement prévisibles. D’autres entreprises étatiques d’Afrique du Sud en fournissent amplement la preuve. Comme elles, et contrairement aux entreprises privées qui ne peuvent pas compter sur le renflouement des contribuables, une société pharmaceutique appartenant à l’État n’aura aucune incitation économique à fonctionner efficacement ou de manière rentable et va devenir un fardeau pour l’économie. Plus important encore, la société d’État va créer de l’incertitude chez les investisseurs et évincer un certain nombre de fabricants de médicaments hautement efficaces et novateurs qui répondent déjà aux normes internationales de qualité et qui opèrent déjà en Afrique du Sud.

En fin de compte, les patients verront leurs besoins encore moins satisfaits et ils vont en souffrir. Espérons que le gouvernement ne va pas attendre jusque-là avant d’appeler le secteur privé à la rescousse.

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