Quand les taux ont commencé à baisser

bourse - crise financière (Crédits : CC0 Pixabay, licence Creative Commons)

La chute des taux et le dollar papier ont donné le moyen de s’appauvrir.

Par Bill Bonner

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Il y a quelques semaines, on aurait dit que la fin du monde avait commencé. Nous parlons bien entendu du monde dans lequel le crédit, les actions et les réputations des banques centrales ne font qu’augmenter. Mais après une petite frayeur, les investisseurs ont semblé retrouver toute leur folie. Ils ont conclu qu’il n’y avait pas de quoi s’inquiéter. Ils ont peut-être raison, bien entendu. On ne sait jamais. Mais nous sommes d’avis que la fin du monde a déjà commencé… et ils ne peuvent simplement pas le supporter.

Depuis 66 ans, le crédit se développe aux États-Unis. Pour commencer, ce développement était sain. En fait, jusque dans les années 70, tout allait bien parce que les revenus augmentaient aussi. Avec l’arrivée de toutes les nouvelles technologies, les gens pensaient que leurs salaires ne pouvaient qu’augmenter. La dette n’était pas un problème, ni pour les États-Unis ni pour les ménages. Ils s’en sortiraient « par la croissance ».

Mais une nouvelle tendance étrange – et, pour l’instant, pas entièrement comprise – a commencé dans les années 70. Les salaires ont cessé d’augmenter. La croissance économique a ralenti aussi. D’abord, on pensait que c’était temporaire… un coup du hasard, peut-être causé par le choc pétrolier de 1973. Mais la tendance s’est poursuivie ; décennie après décennie, les taux de croissance ont chuté.

Remarquablement, l’Américain moyen gagne moins aujourd’hui qu’il y a un demi-siècle. Cela ne revient pas à dire qu’une personne avec un bon emploi gagne moins aujourd’hui que dans les années 60. Les salaires sont bien plus élevés, pour certains travailleurs. Mais les bons emplois sont devenus rares. Le taux de participation, le pourcentage de personnes ayant un emploi parmi la population en âge de travailler, est de retour à des niveaux qu’on n’avait plus vu depuis les années 70. Et ceux qui « participent » ont plus de chances d’avoir des emplois précaires et mal rémunérés.

Mais alors que la croissance et les revenus chutaient, la dette (le côté pile du crédit) continuait d’augmenter. C’était l’Étape II, la phase malsaine de l’expansion de crédit. Ne s’appuyant plus sur les augmentations de revenus, la dette se développait au-delà de la capacité de l’économie – et des emprunteurs – à la rembourser. Les problèmes ne pouvaient que suivre.

Vous vous demandez peut-être comment c’était possible. Pourquoi les prêteurs donneraient-ils de l’argent à des gens qui ne pouvaient pas le rembourser ? La réponse : la partie était truquée.

Changement de paradigme

En 1971, Richard Nixon a modifié le système monétaire. Sous le système précédent, la devise étant appuyée sur l’or, un pays ne pouvait pas s’endetter profondément. Les nations pouvaient demander un remboursement en or, de sorte que le métal jaune quittait le pays dépensier et revenait vers le pays créditeur. C’est ainsi que les États-Unis ont obtenu une telle quantité d’or à l’origine : la France et la Grande-Bretagne avaient dépensé plus qu’elles ne pouvaient se le permettre pour la Première Guerre mondiale. Les États-Unis leur avaient vendu du ravitaillement, des armes et du carburant… et exigeaient de l’or en paiement.

Mais dans les années 60, le contexte avait changé. Les États-Unis dépensaient à la fois à domicile et à l’étranger, pour la guerre du Vietnam. Une bonne partie des dollars dépensés au Vietnam se sont retrouvés entre les mains des branches vietnamiennes de banques françaises. Si bien que lorsque les Français sont arrivés avec des piles de dollars devant la « fenêtre de l’or » du Trésor US, ils ont été accueillis comme un parent perdu de vue lors de la lecture d’un testament. Les Français voulaient de la vraie devise en l’échange de leurs dollars. Et plutôt qu’honorer les promesses solennelles faites par six générations de secrétaires au Trésor US, Richard Nixon fit défaut. À partir de là, quiconque avait des dollars devait se débrouiller tout seul.

Tout ça aurait pu très vite mal tourner. En 1980, l’inflation des prix à la consommation aux États-Unis atteignait 13%. L’or a grimpé jusqu’à 800 $ l’once. On aurait dit que le nouveau système monétaire de Nixon n’allait pas tarder à dérailler, comme tous les précédentes expériences en monnaie fiduciaire.

Au lieu de ça, Paul Volcker s’est mis devant le train et lui a ordonné de s’arrêter. Volcker plaça le taux directeur de la Fed non à 2%, 4% ni même 8%. Il le mit à 20%, et le planta tout droit sur les rails. Nous nous rappelons les hurlements de mécontentement. Il « étouffait l’économie », disaient les politiciens. Il « tuait l’emploi », disaient les journaux. Il causait « la pire crise depuis la Grande dépression », disaient les économistes. Mais Volcker n’a pas bougé. Et Ronald Reagan l’a soutenu. Volcker avait été nommé par Jimmy Carter en 1978. Il annonça son intention de supprimer l’inflation peu de temps après. Les obligations auraient dû grimper en flèche. Les gens auraient dû s’empresser de verrouiller un rendement de 18%. Ce ne fut pas le cas : les obligations subirent une vague de vente. À l’époque comme maintenant, les gens n’étaient pas conscients – ou ne voulaient pas croire – qu’un changement majeur s’était produit. C’est en 1983 seulement que le marché obligataire a clairement pris le chemin de la hausse ; les investisseurs avaient finalement réalisé qu’ils étaient dans un monde nouveau.

Volcker a sauvé le système. Les taux d’intérêt chutent depuis 1983. Dommage qu’il n’ait pas sauvé un meilleur système. Peu de gens peuvent résister à l’appel de l’argent gratuit, les Américains pas plus que les autres. La chute des taux et le dollar papier leur ont donné un moyen de s’appauvrir, en dépensant de l’argent qu’ils n’avaient pas besoin de gagner. Ils ont saisi l’opportunité qui leur était offerte. Ils ont emprunté et dépensé… et poussé le monde entier à un rythme insensé.
Mais à présent, cette étape est terminée.

À suivre.


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