Canada : contre le féminisme de privilèges

Allégorie de la justice (Crédits : Scott, licence CC-BY-NC-SA 2.0), via Flickr.

Au nom de quel principe est-il absolument nécessaire qu’il y ait autant d’hommes que de femmes en politique ?

Par Nathalie Elgrably-Lévy, depuis le Québec.

Allégorie de la justice (crédits Scott, licence creative Commons)
Allégorie de la justice (Crédits : Scott, licence CC-BY-NC-SA 2.0), via Flickr.

Le Conseil du Statut de la femme du Québec (CSF) a récidivé. Cet organisme nous a «honorés» d’une énième sortie publique pour dénoncer l’absence de parité homme-femme dans la sphère politique et pour réclamer que des quotas de candidatures féminines soient imposés aux partis politiques, sous peine de sanctions.

Le CSF part de la prémisse que la parité devrait être une norme. Au nom de quel principe est-il absolument nécessaire qu’il y ait autant d’hommes que de femmes en politique ? La raison habituellement invoquée, à savoir le fait que l’arène politique devrait refléter en miniature la société, est simpliste.

Des quotas pour tous ?

Si l’on convient que les femmes en politique devraient être aussi nombreuses que les hommes parce qu’elles représentent 50% de la population, ne faudrait-il pas logiquement appliquer le même principe à tous les groupes qui constituent la société ? Par souci de cohérence, le CSF devrait donc également réclamer des quotas de candidatures de membres issus des multiples communautés religieuses et ethniques, de handicapés, d’homosexuels, de gauchers, etc. Pourtant, il n’en est rien.

Et si la parité est valable en politique, si ses vertus justifient qu’il faille l’imposer par la coercition, ne serait-il pas sage et rationnel de l’étendre à toutes les sphères d’activités ? Or, le CSF ne dit mot quant au nombre insignifiant de plombières, de mécaniciennes, d’électriciennes, de bouchères ou d’éboueuses. En revanche, il insiste sur le domaine politique et, occasionnellement, sur la constitution des conseils d’administration. Intrigant, non ? Le CSF tirerait-il un intérêt particulier à voir davantage de femmes en politique ?

Si la parité est valable en politique, ne serait-il pas sage et rationnel de l’étendre à toutes les sphères d’activités ?

Et, finalement, si au nom du principe de parité le CSF juge impératif d’augmenter le nombre de femmes dans les sphères à prédominance masculine, ne devrait-il pas, au nom du même principe, militer pour accroître le nombre d’hommes dans les métiers typiquement féminins ? Mais là encore, c’est motus et bouche cousue. La parité, l’égalité et le rééquilibrage sexué, c’est valable pour les femmes, pas pour les hommes !

Un féminisme discriminatoire

Certes, le CSF se revendique du féminisme. Mais qu’entend-il donc par féminisme ? À en juger par ses revendications, il ne s’agit pas d’un féminisme égalitaire. L’égalité des droits entre les hommes et les femmes, en matière civile et politique, lui importe peu. Le CSF veut une égalité de résultats. Pour l’obtenir, il fait la promotion d’un féminisme victimaire et discriminatoire.

Victimaire, parce les femmes sont présentées comme d’éternelles victimes, des opprimées de la gent masculine, des martyrs d’une société misogyne. Pour corriger la situation, les néo-féministes du CSF veulent des quotas de femmes. C’est donc un féminisme de privilèges et de complaisance qui les intéresse.

Or, il est impossible de favoriser un groupe sans en défavoriser un autre. Discriminer en faveur des femmes implique nécessairement de discriminer contre les hommes. Dans le fond, le CSF n’est pas contre la discrimination. Il est y même très favorable dans la mesu­re où elle avantage les femmes.

Maintenant, la question qui s’impose est de savoir comment, dans le Québec de 2015, alors que tous les efforts sont déployés pour combattre la discrimination, à l’ère où les compétences l’emportent sur les préjugés, et où l’on fait l’apologie d’une société inclusive, peut-on justifier qu’une partie des impôts payés par les contribuables serve à financer un organisme qui fait ouvertement la promotion de la discrimination ?

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