Un périple autour du monde : Iran, premier contact

Persepolis-Wikipedia(CC BY-SA 3.0)

Un premier contact très surprenant.

Parce qu’un con qui marche va toujours plus loin qu’un intellectuel assis, deux frères sont partis sur les routes depuis de longs mois, traversent les frontières, les villes et les campagnes à l’occasion d’un tour du monde à durée indéterminée, sans casques ni golden-parachutes. Au fil de leur voyage, ils livrent leurs impressions sur des expériences qui les ont marqués.

Aujourd’hui, en Iran, un premier contact très surprenant.

Par Grégory

Persepolis-Wikipedia(CC BY-SA 3.0)
Persepolis-Wikipedia(CC BY-SA 3.0)

L’Iran vu depuis un journal français ce sont des femmes voilées jusqu’aux dents, des ravagés de la pastèque qui fabriquent des bombes atomiques en secret et des intégristes religieux qui pendent des innocents pendant que les muezzins appellent au Jihad. Enfin, c’est surtout un pays dangereux où il ne faut pas mettre les pieds. J’ai successivement entendu du « tu es fou » , des « mais t’as pas peur ? » et beaucoup de « j’aimerais pas être à ta place ». Et moi à la vôtre.

Comme je me tiens relativement éloigné de toute la bouzasse ambiante qu’on appelle plus communément les zactus ou les zinfos, je dois dire que l’idée de me rendre en Iran ne m’a pas plus bouleversé que de visiter l’Arménie ou la Macédoine et j’arrivais donc à Shiraz comme une fleur depuis le Qatar, un pays encore moins recommandable puisqu’il fait gagner le PSG. C’est aussi comme une fleur que je me suis retrouvé devant mon premier distributeur de billets : votre carte n’est pas reconnue. Ah ? Une erreur ? Non non, aucun ATM n’accepte de cartes étrangères en Iran et j’ai… 150$ en poche.

Presque immédiatement, un jeune couple veut m’inviter à visiter la ville et me donner de l’argent. Je refuse mais je me sens déjà un peu moins dans la mouise. J’ai assez d’oseille pour me rendre à Téhéran en vélo et je contacte tout de suite des expatriés de la capitale pour m’arranger avec eux (transfert en France, cash en Iran). Si je suis tête en l’air, j’ai aussi hérité d’un sens de la démerde et de l’impro pas trop dégueu, ça me sauvera encore une fois.

Tout ça n’empêche pas que si je suis pas un demi-sel je ne suis pas non plus que la moitié d’un con. En deux jours de route en Iran, j’ai réussi à perdre mes démonte-pneus, ma pince multi-fonctions et mon appareil photo acheté un mois plus tôt en Oman, en remplacement du précédent mort d’insolation dans le désert. Un parcours de champion. Heureusement, contrairement à tout ce qui se raconte, les Iraniens sont des crèmes prêts à se mettre en quatre pour vous aider. Je me doutais en y allant que la population serait sympa, en continuité des pays musulmans que j’avais traversés juste avant mais ce trait n’était cette fois pas dû à la religion. J’allais rapidement découvrir une société iranienne complètement à contre courant de ce qu’on imagine.

Sur ma route se dresse Persepolis, cette cité antique presque trois fois millénaire, une des anciennes capitale de l’empire achéménide, bâtie par Darius 1er et brûlée par Alexandre lors de sa conquête perse (je parle de ces deux là dans cet article). Il n’en reste malheureusement que des ruines mais les vestiges demeurent grandioses pour un tel âge et on imagine sans peine à quel point la ville fut impressionnante. Si vous avez bien suivi, les photos sont bien évidemment parties avec l’appareil et celles de ce billet sortent de l’article Wikipedia.

L’empire achéménide s’étalait au plus fort de sa domination vers -500 de la Grèce à l’Inde et est encore souvent cité en tant que référence généalogique par les Iraniens. Ce sont leur Gaulois à eux, mais avec un standing un poil supérieur tout de même. On voit régulièrement des autocollants Cyrus the great (ou « the grate » pour nous faire rire) garnir les pare-brises.

Apadana

Un beau jour de vent de face dans la campagne iranienne, un homme vient à ma rencontre après 70 km, m’arrête depuis sa moto et m’invite chez lui avec insistance. Ce n’était pas la première fois mais j’avais toujours décliné leurs invitations : l’idée de me retrouver à siroter un thé avec des types qui ne parlent que farsi/perse c’est sympa 10 minutes, puis ça devient pesant pour tout le monde. Lui parle anglais et a l’air très cool. Il a en plus organisé une petite fête pour le soir où je suis convié. C’est là que j’ai fait « wow ! » En me voyant les invités se jettent sur moi, m’enfilent de la nourriture dans la bouche, je dois prononcer des petits discours au micro et certains se confient rapidement sur ce qu’ils pensent de la religion imposée du pays. Je préfère ne pas détailler car c’était foutrement grossier !

Enfin, je me vois confier la mission d’élire la jeune fille la plus jolie du lot qui se trémousse devant moi. Aucune n’est voilée, toutes habillées à l’occidentale et je m’en suis sorti en changeant plusieurs fois de sujet pour ne pas vexer l’une ou l’autre. À la fin de la soirée, deux d’entre elles avaient trouvé un accord sans m’en parler : l’une m’était destinée et l’autre était pour mon frère qu’elles n’avaient jamais vu : « s’il est comme toi, c’est bon ». Eh ben… c’est l’Iran ça ?

En plus de ce concours d’hormones troublant, j’ai aussi eu le plaisir de boire de l’alcool local avec les hommes : un marc de raisin à 70˚. Ça ne signifie d’ailleurs pas que les femmes n’en boivent pas, seulement là c’était entre hommes. Et si la police arrive ? « Ils savent bien que tout le monde a bu. Ils vont demander à ce que chacun rentre chez soi et voilà. » On m’a aussi parlé des « ninjas » (les femmes voilées de la tête aux pieds) et du goût délicieux du porc. Je suis allé de surprises en surprises toute la soirée.

On pourrait penser que je suis tombé dans un petit ilôt de résistants mais la suite me prouvera tout à fait le contraire. Un beau jour que je pédalais illégalement sur l’autoroute, la police me fit signe de stopper pour… discuter. Assis derrière le radar, je profitais des offrandes alimentaires que les flics récoltaient pour avoir baissé le montant d’une amende par-ci par-là et la discussion était tellement libre qu’ils en sont venus à me causer sexualité en voyage et VPN pour accéder aux sites illégaux (facebook, twitter et quelques milliers d’autres). Oui, un flic iranien, le cerbère de l’axe du mal.

Le long de la même route, un camionneur faisait halte pour m’offrir des boissons et me reprocher un cheich autour du cou qu’un Omanais m’avait offert. C’était trop islamiste d’après lui. Deux artistes iraniens m’ont donné à nouveau de l’eau de vie et de la… marijuana. Eh oh ! mais ça craint ça ici ! « No risk no risk ! ». Et il est vrai qu’un sac posé sur un vélo de touriste en Iran est une véritable valise diplomatique. La police m’a toujours salué et m’affirmait que j’étais un « VIP ». Si on ne m’empêchait pas de rouler sur l’autoroute, c’est parce qu’ils ne voulaient pas que j’ai de mauvais souvenirs du pays. Bref, il ne fallait surtout pas froisser le touriste. Le même artiste m’avouera quand même plus tard avoir été fouetté 99 fois pour avoir eu un accident ivre…

La nuit, les ponts d’autoroute me garantissaient régulièrement un refuge à l’abri du vent et des indiscrets, sauf lors de cette soirée près d’Isfahan où une troupe de types a caillassé ma tente. Il était minuit et demi, je les avais entendus arriver et avais aperçu leurs lumières. J’avais donc hâtivement plié mes affaires au cas où… Puis l’un d’eux a gueulé Allah akbar ! et une pluie de gros gadins s’est abattu sur ma tente. Le flip complet ! Je suis sorti en courant le sac sur le dos autant pour me protéger que pour sauver mes affaires et pensant que j’allais peut être y passer. Heureusement, ma frontale puissante braquée sur eux les a fait fuir en même temps que je détalais sur la route au-dessus où trois voitures s’arrêtent presque immédiatement pour s’enquérir de mon état.

— Tu as été attaqué par un type ? Où ça ? Ils étaient au moins vingt ? T’es un touriste ? Aaaaah mais c’est bon tu peux y retourner.

Et ils s’en vont.

Mais qu’est-ce qu’il me chante lui, il est possédé ! Je vais mourir si j’y retourne !
Cinq minutes plus tard, j’entends une voix fluette sortir du tunnel :

— Désolé de t’avoir jeté des pierres, désolé.

Après quelques hésitations bien légitimes pour entamer des négociations de paix, je vois 50 ou 100 bonhommes passer à l’endroit où je dormais paisiblement. J’ai été attaqué par une bande de clandestins Pakistanais qui s’en allaient à pied à Istanbul et qui m’avaient pris pour un bandit. Ça s’invente pas… Bonne chance les gars. Moi, j’ai mis 30 minutes avant de réinstaller la tente mais cette fois, à côté de la route !

Heureusement, les autres nuits furent tout ce qu’il y a de plus paisibles et je rejoignais dans les temps la capitale, non sans avoir été invité une bonne dizaine de fois à boire le thé ou à expliquer mon voyage en acceptant vivres et boissons. L’arrivée à Téhéran est folklo, la circulation y est infernale : personne ne respecte ni les feux, ni les sens interdits, ni la police, ni rien. C’est de l’anarchie routière. On s’y habitue malgré tout après quelques jours mais ça reste fatiguant. Florian mon alc acolyte arrivait deux jours plus tard depuis l’Arménie, lui aussi en vélo, pour entamer un voyage en duo qui nous mènera dans la région des « stan ». Mais pour le moment, nous allons bien perdre deux semaines à demander les prochains visas turkmène et ouzbekh.

Mon nouveau copain de vélo

Mon premier contact avec l’Iran fut donc très surprenant. Évidemment, les plus intégristes ne sont pas les plus à même de parler au type tout sale sur un vélo mais la proportion de gens venus m’exprimer spontanément leur point de vue sur la révolution de 1979, Khomeyni et la société iranienne ne trompe pas : la plupart veulent du changement. Ai-je trouvé les gens très différents des Français ? Sur leurs envies, les sujets de discussion, pas vraiment. Le triptyque alcool, sexe et football est toujours bien en place. En revanche question hospitalité et politesse il y a un monde que je détaillerai encore un peu plus au prochain numéro et dont nous ferions bien de nous inspirer, nous, le phare du monde.

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