Liberté d’expression : la grande peur des bien-pensants

cri credits claus rebler (licence creative commons)

Faites-vous partie de la France nauséabonde ?

Par Patrick Aulnas.

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La liberté d’expression recule de plus en plus devant une bien-pensance imposée par un certain monde politico-médiatique. Il n’est pas convenable de dire certaines choses que beaucoup pensent. Il n’est pas convenable de penser que l’accueil de réfugiés politiques en trop grand nombre puisse poser problème. Il est interdit d’employer des expressions, certes archaïques, mais bien présentes dans les esprits, comme « race blanche ». Le mot race devrait, selon certains, être banni des textes juridiques. Et l’énumération des préceptes du politiquement correct pourrait se poursuivre longtemps.

Le « terrorisme intellectuel »

Cette bien-pensance a toujours été le fait d’une petite élite cultivée et arrogante qui prétend imposer à tous une éthique et le vocabulaire subséquent. Le « terrorisme intellectuel » de la gauche était souvent évoqué il y a quelques décennies lorsque 90% des intellectuels affichaient des positions « anticapitalistes ». Cela ne voulait strictement rien dire en pratique, mais sur le plan purement verbal il convenait de condamner les « grands monopoles, le profit, la société marchande » et tutti quanti. Les professeurs de morale figuraient bien évidemment parmi les principaux bénéficiaires de l’efficacité productive du capitalisme. Ils voyageaient beaucoup, avaient un niveau de vie élevé et utilisaient les moyens de communication mis à leur disposition par des entreprises privées pour diffuser leur pensée. Entre le discours et le vécu, il y avait un gouffre.

La France moisie contre le vivre-ensemble

Le socialisme ayant historiquement échoué avec la chute de l’URSS et des pays d’Europe de l’Est, la bien-pensance s’est déplacée vers un autre terrain : l’immigration sous toutes ses formes, le racisme, la xénophobie. L’odorat et la décomposition sont particulièrement à l’honneur dans ce domaine. Il y aurait une France nauséabonde, pourrie, moisie qui baigne dans « la haine et le refus de l’autre ». Le « vivre ensemble » est omniprésent chez nos donneurs de leçons mais son contenu exact reste vague. Faut-il accepter les femmes voilées, recul historique majeur ? Faut-il transiger avec la laïcité, c’est-à-dire la neutralité de l’État par rapport aux églises ou idéologies ? La suspicion de racisme est si omniprésente et l’antiracisme tellement sacralisé qu’on se prend parfois à douter de la sincérité de ses laudateurs. L’adhésion profonde se trouve dans la sérénité et refuse les excès de toutes sortes.

Faites-vous partie de la France nauséabonde ?

Où se situe la frontière entre la France nauséabonde et l’autre, la France noble, celle de l’ouverture à l’autre et de la générosité affichée ? Là encore, la manipulation médiatique utilise l’ambiguïté. On se souvient que certains intellectuels, particulièrement dépités de la défaite de Ségolène Royal, avaient utilisé l’expression « France moisie » à propos des électeurs de Nicolas Sarkozy en 2007. J’avais été étonné de me trouver dans cet état de décomposition. Désormais, je me flatte de ne pas appartenir à la race des chiens qui vont à la curée. Lorsque, sur Canal Plus, Maïtena Biraben évoque le discours de vérité du Front National ou lorsque Nadine Morano considère que la France est un pays de race blanche, il est bien évident que nous sommes en présence d’approximations qui ne méritent pas la polémique. Il ne s’agit pas d’une propagande orchestrée par des puissances obscures mais plutôt du ressenti d’une grande partie de la population française, pour une fois librement exprimé sur une chaîne de télévision.

Mais voilà bien tout le problème : la bien-pensance interdit de ressentir ainsi la situation présente du pays. Cette bien-pensance est portée par des intellectuels parisiens, les journalistes célèbres, des politiciens de haut niveau totalement coupés de la réalité sociale concrète.

La peur de l’avenir

Le plus amusant dans tout cela est la similitude émotionnelle. La grande peur des bien-pensants rejoint les inquiétudes de la France profonde. L’élite ressent la réalité socio-politique actuelle comme un baril de poudre que la moindre étincelle pourrait faire exploser. Elle a peur des réactions populaires éventuelles. La France profonde (et nauséabonde) vit la mondialisation comme une perte de repères et parfois comme un déclassement social. L’espoir d’une vie meilleure pour soi et pour ses enfants s’amenuise. Il faut trouver un responsable : c’est « l’autre ». Mais les bien-pensants interdisent qu’on attribue à « l’autre » tous les malheurs du monde. Même s’ils n’ont pas tort de le penser, ils ont tort de stigmatiser ceux qui ne disposent pas de leurs capacités d’analyse. Les pressions institutionnelles insidieuses pour penser conformément à la ligne sont inopérantes. Ce faisant, les élites s’éloignent encore plus de la population.

Dites la vérité

Car figurez-vous qu’il existe beaucoup de Français qui pensaient très sincèrement qu’après plusieurs décennies d’immigration, les gouvernants allaient chercher à maîtriser les flux migratoires. On leur dit désormais en haut lieu que l’Europe doit accueillir des centaines de milliers, voire des millions de réfugiés. Et on ajoute qu’il s’agit d’un devoir. Stupéfaction ! Ils nous ont donc encore trompés ! C’est ainsi que le fossé se creuse et rien, aucun article, aucune émission, aucune propagande bien-pensante ne l’empêchera se creuser davantage. Seulement la vérité.