Éducation nationale : l’IGEN ne connait pas la gêne

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L’Inspection générale de l’Éducation nationale (IGEN) est largement responsable de la destruction du système scolaire.

Par Fabrice Durtal.

Napo xilografia credits Esculapio Perez (CC BY-NC-SA 2.0)

Les ministres passent, les 157 hauts fonctionnaires de l’IGEN, eux, restent en place. Répartis en 14 groupes disciplinaires et de spécialités, ces ronds-de-cuir perpétuent leur travail de sape pédagogique afin de remplacer l’école du mérite par l’école à produire des « égaux ».

Quel que soit le régime en place, cette caste continue d’imposer sa vision idéologique rue de Grenelle. La carrière de Christian Forestier en donne un bel exemple. Né en 1944, ce haut fonctionnaire a fait ses débuts dans la vague des recteurs nommés par François Mitterrand en 1981, avant de devenir directeur de cabinet de Jack Lang (2000), puis président du Haut Conseil de l’évaluation de l’école sous le gouvernement Raffarin. Depuis, ce fabiusien a été membre de multiples instances d’évaluation des politiques et du comité de pilotage de la Concertation sur la refondation de l’École de la République, mis en place par Vincent Peillon. À ce titre, il a été chargé d’évaluer l’effet de réformes qu’il a lui-même contribué à mettre en place et qui, sous prétexte d’égalité, ont conduit le système scolaire à la faillite : 20% des enfants en fin d’école primaire ne maîtrisent pas les savoirs fondamentaux, et de 20 à 40% des élèves inscrits en 6ème peinent à manier le français !

Estimant que les opposants à la réforme des rythmes scolaires témoignent d’un « égoïsme de classe faramineux », Christian Forestier s’est récemment prononcé en faveur de la modification du statut des professeurs des classes préparatoires, une formation qu’il juge « trop élitiste socialement » et « infantilisante ». Il n’est pas le seul à être persuadé que la mission prioritaire de l’école est de gommer les inégalités. Il s’inscrit dans la ligne de Claude Thélot, polytechnicien, ancien directeur de l’évaluation et des statistiques à l’Éducation nationale, actuellement conseiller-maître à la Cour des comptes, et favorable à une réforme du baccalauréat.

Des inspecteurs choyés par Vincent Peillon

Sur le papier, l’IGEN, qui mène aussi la réflexion sur les programmes scolaires est placée sous l’autorité directe du ministre de l’Éducation nationale qui lui confie des fonctions de contrôle, d’évaluation et d’avis sur l’orientation du système scolaire. La plupart des rapports de l’IGEN promeuvent une pédagogie non discriminante, l’école n’étant plus chargée de former les meilleurs, mais de préparer un avenir à tous les enfants. Priorité étant donnée à ceux issus des milieux « défavorisés », comprendre les 20 % d’élèves qui font un bras d’honneur au système éducatif traditionnel.

Impossible pour un ministre de faire tourner la machine de l’Éducation nationale s’en s’assurer la bienveillance de l’IGEN, cette marâtre qui pense que la meilleure façon de lutter contre l’échec scolaire consiste à supprimer les difficultés. Vincent Peillon ne s’y est pas trompé. Dès son arrivée au ministère, il augmenté le niveau de vie de cette élite pédagogique avant d’enclencher sa réforme de l’école.

Le ministre en poste de mai 2012 à mars 2014 a étendu la « prime annuelle de fonctions et de résultats » (lancée en 2009) aux inspecteurs généraux afin de récompenser « leur manière de servir », et leur performance. Juteuse République ! Les plafonds de rémunération liés à cette prime sont respectivement de 67 200 euros pour le doyen de l’inspection générale et le chef du service, de 55 200 euros pour les inspecteurs de première classe et 45 600 euros pour un inspecteur de seconde classe. Dans de telles conditions, pas étonnant que l’IGEN exerce un tel pouvoir d’attraction. Il existe deux voies pour y entrer : la première, aride, est celle du concours. La seconde est celle du « tour extérieur », c’est-à-dire du copinage politique. Un inspecteur général sur cinq serait nommé par ce biais. Le salaire moyen net d’un IGEN au tour extérieur est de 3 800 euros par mois ; il grimpe à 6 000 euros en fin de carrière, selon Philippe Pascot, auteur de Pilleurs d’État (Max Milo, 2015).

Des élus recasés à l’IGEN

Certaines des personnalités nommées au tour extérieur sont si dérangeantes que leur nomination avait suscité un courrier de la Cour des comptes, en 2011. Le site Rue 89 avait publié la copie d’un document envoyé par Didier Migaud, président de la Cour, à François Fillon, alors Premier ministre. Il s’étonnait que deux inspecteurs nommés au tour extérieur – feu Jean Germain, ancien maire socialiste de Tours (nommé à l’IGEN en 1993) et Léon Bertrand, ex-ministre UMP du Tourisme sous Chirac (nommé en 2008) – aient pu bénéficier de rémunérations versées par l’Éducation nationale alors « qu’il n’a été possible de retrouver que des traces matérielles minimes attestant de leur activité effective au sein de l’IGEN ».

Depuis, Léon Bertrand a été condamné en appel par la Cour de Fort-de-France à 16 mois de prison ferme pour « favoritisme et corruption ». Il s’est pourvu en cassation. La Cour s’étonnait aussi de deux nominations, maintenues en dépit de la réserve de la commission chargée d’évaluer leurs compétences. À savoir, selon Rue 89, Juliana Rimane, ex-député UMP de Guyane (en tant que suppléante de Léon Bertrand) et Abderrahmane Dahmane, l’ex-conseiller en charge de la diversité auprès de Nicolas Sarkozy.

En 2008, François Perret, alors doyen de l’IGEN, avait mis en doute les aptitudes de nombreux inspecteurs promus au tour extérieur par l’exécutif entre septembre 2002 et août 2008. Preuve que, si elle veut faire le bonheur des cancres à l’école, l’IGEN préfère les sortir de ses propres rangs…

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