Quand « L’Obs » dénonçait l’écologie fondamentaliste

L’écologisme, tel qu’il est défendu actuellement, ne correspond plus à l’idéologie de gauche qui se voulait « progressiste ».

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Ashley Van Haeften-rat sur maïs(CC BY 2.0)

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Quand « L’Obs » dénonçait l’écologie fondamentaliste

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 28 septembre 2015
- A +

L’écologisme, tel qu’il est défendu actuellement, ne correspond plus à l’idéologie de gauche qui se voulait « progressiste », comme l’expliquait très justement l’éditorialiste du Nouvel Obs Jacques Julliard.

Un texte de Jacques Julliard présenté par Marcel Kuntz.

Ashley Van Haeften-rat sur maïs(CC BY 2.0)
Ashley Van Haeften-rat sur maïs(CC BY 2.0)

 

Il y a trois ans, le 19 septembre 2012, le Criigen, l’organisation anti-OGM créée par la politicienne et avocate Corinne Lepage, publiait sa fameuse « étude-choc » (Séralini et coll.) accompagnée d’une vaste opération médiatique. Il s’agissait de marteler que la consommation par des rats du maïs NK603 ou de l’herbicide associé provoquait des tumeurs. La publication montrait ainsi les images de ces rats, sans montrer les rats témoins (et pour cause, ces rats contrôles avaient les mêmes tumeurs, tout simplement car les rats âgés de cette race développent souvent des tumeurs !).

Il ne s’agit pas ici de rouvrir le débat, qui est scientifiquement clos.

Les allégations du Criigen ont été invalidées par une vague de réfutations sans précédent et la publication retirée par le Journal scientifique. Ce ne sont pas les théories du complot qui ont suivi ce retrait, ni la « republication » de l’article dans un journal de « science » parallèle qui changent quoi que ce soit sur le plan scientifique.

Ce qui mérite aujourd’hui réflexion, c’est que le fer de lance de l’opération médiatique du Criigen ait été le Nouvel Obs, magazine de gauche. Une gauche qui, il y a encore peu, se disait « progressiste » et revendiquait l’héritage de la « philosophie technicienne occidentale ».

À titre d’illustration, je reproduis ci-dessous un édito de Jacques Julliard dans le même magazine, trois ans auparavant… Trois ans pendant lesquels l’écologie d’idéologie – réactionnaire selon Julliard –  aura imposé son magistère à cette gauche sans doctrine depuis la chute du marxisme. Trois ans, mais précédés de 40 ans de « déconstructions » progressives par l’idéologie postmoderne, dans les sciences, l’éducation, la culture, l’histoire… au profit d’un relativisme généralisé qui ne sait plus distinguer le vrai du faux (comme le Nouvel Obs l’a illustré lors de l’affaire Séralini…).


Non à la déesse Nature !

Par Jacques Julliard
Nouvel Observateur, 3-9 décembre 2009

Le combat pour l’écologie ne doit pas dériver vers un fondamentalisme réactionnaire.

Nous sommes tous aujourd’hui plus ou moins écologistes, comme hier nous étions tous plus ou moins marxistes. L’air du temps nous y pousse autant que la raison. Mais il y a bien des façons d’être écolo, comme jadis il y avait bien des façons d’être marxiste.

En schématisant, on dira qu’on se trouve ici face à deux pentes différentes et même opposées de la pensée : l’une est fondée sur le droit de l’homme à un environnement naturel de qualité ; la seconde, sur le droit de la nature à être respectée par l’homme.

La première s’inscrit dans le droit-fil de la philosophie technicienne occidentale, du judéo-christianisme au marxisme et à l’industrialisme, en passant par Descartes ; la seconde, qui emprunte aux sagesses orientales mais aussi au romantisme allemand – de Fichte à Nietzsche
et même à Heidegger –, est une remise en question de l’anthropocentrisme occidental.

Que dit saint Paul ? « Le monde est à vous, vous êtes au Christ, le Christ est à Dieu. » Le mystère de l’Incarnation débouche ainsi sur une philosophie technicienne.

Que dit Descartes ? Que l’homme est « maître et possesseur de la nature ».

Que dit Marx ? Que la vocation de l’homme est de transformer la nature. La philosophie de l’Homo faber a fait de l’Occident le maître du monde et a servi de modèle aux anciens colonisés eux-mêmes. Qu’est-ce que l’écologie, dans cette perspective ? Un moyen de préserver l’outil de travail et le cadre de vie.

À l’inverse, l’écologie fondamentaliste ou deep ecology1 se refuse à tout céder à l’exception humaine. Elle considère l’homme comme partie intégrante de la nature et ne craint pas de faire son procès chaque fois qu’il se révolte contre sa mère. Elle dénonce « l’espécisme », qui fait de l’homme la valeur unique et ne montre aucun respect envers les espèces inférieures. Ce procès de l’artificialisme humain est déjà tout entier dans le Deuxième Discours de Rousseau, et l’on connaît sa formule provocatrice : « L’homme qui médite est un animal dépravé » (Premier Discours). Seulement, il est de la nature de l’homme de méditer. Rousseau en convient à regret ; il est même le premier à souligner la perfectibilité de l’homme, c’est-à-dire sa tendance naturelle à dépasser sa nature.

Désormais, l’affrontement entre le donné – la nature – et le construit – la culture – est au centre du débat intellectuel et social. Le XVIIIe siècle est encore trop attaché à cette instance immuable qu’est la nature pour concevoir clairement l’idée de progrès. C’est le XIXe siècle qui sera, malgré le romantisme, le grand siècle de cette idée sous sa double face intellectuelle et morale. C’est lui, le progrès, qui est la base de la philosophie républicaine; c’est sur lui que la gauche fonde aujourd’hui encore son identité.

Les fondamentalistes de l’écologie développent des tendances proprement religieuses.

C’est donc une grande nouveauté que l’irruption en son sein d’une philosophie conservatrice comme l’écologie : pour la première fois dans l’histoire surgit un parti de gauche qui ne se réclame pas principalement de la transformation de la nature mais de sa préservation. Il y a désormais deux écologies : l’une qui s’efforce de concilier la sauvegarde de la nature avec le progrès ; l’autre qui constitue un véritable tête-à-queue par rapport à l’humanisme occidental classique.

Les fondamentalistes de l’écologie développent des tendances proprement religieuses ; ils diffusent un millénarisme catastrophiste et inquisitorial qui transforme le tri sélectif des ordures ménagères en religion de salut.

On se souviendra que dans sa phase ascendante le nazisme s’est complu dans un bric-à-brac naturiste, sur fond de forêt primitive et de sources sacrées, de Wandervögel, de Walkyries et de Walhalla.

Et il n’est guère de secte new age qui ne s’adonne au culte de la Lune, ou du Soleil, ou des étoiles. Oui, donc, à l’écologie rationnelle, oui à un nouveau pacte2 entre l’homme, la nature et l’animal (Michel Serres parle de contrat naturel) ; non à la réintroduction en contrebande d’une philosophie irrationaliste, anti-industrialiste, réactionnaire, à relents fascistes.


Sur le web.

  1. Voir le livre lucide de Luc Ferry : Le Nouvel Ordre écologique (Grasset, 1992).
  2.  Voir le beau livre d’Hélène et Jean Bastaire, Pour un Christ vert, Salvator, 2009.
Voir les commentaires (16)

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  • bah , dans toutes les religions il y a des déviants , maitre Julliard en fait partie et ce n’est pas mieux ni pire . c’est lamentable de croire que la nature a des droits( et des devoirs?) et que l’écologiste défend ses droits alors qu’il ne défend qu’une croyance morbide comme toutes les autres .
    un truc de bête , le lapin est une bête sans foi , il trie ses déchets..mais je doute fort qu’il soit écolo pour autant car il le fait par nécessité , pour vivre , pas pour plaire a Dame Nature et acquérir la vie éternelle !

  • En commençant par :

    « Nous sommes tous aujourd’hui plus ou moins écologistes, comme hier nous étions tous plus ou moins marxistes. »

    pour finir par (je traduis pour simplifier) : « la nouvelle écologie est irrationnelle et fasciste »

    je crains fort que cette analyse laisse un peu froid les lecteurs de contrepoints.

    Juliard affirme en effet qu’on est tous écologistes, soit à tendance marxiste, soit à tendance fasciste ! Ca fait un peu tâche ici …

    • « je crains fort que cette analyse laisse un peu froid les lecteurs de contrepoints »

      A moins que votre désir soit de rester entre vous, il y a de nouveaux lecteurs ici -euh, soyons modestes, il n’y a peut-être que moi 🙂 – qui sont très intéressés et satisfaits de découvrir une autre approche, une autre façon de penser mais viennent d’un monde où les chimères socialo-étatistes étaient/sont la norme. Voir qu’un des grands prêtres médiatiques de la gauche s’interroge sur le délire écolo a un côté rassurant. Je pense comme Jacques Henry plus bas que nous allons droit vers un totalitarisme de magnitude 9 sur une échelle de 8 et que dans ce cas, toutes les prises de conscience sont les bienvenues et Julliard pointe quelques vérités, discours assez rare chez les démago de la gauche arc-en-ciel et autres fadaises socialo-électoralistes

      • « Voir qu’un des grands prêtres médiatiques de la gauche s’interroge sur le délire écolo a un côté rassurant. »

        +1

        Jacques Julliard tient d’ailleurs régulièrement des propos critiques à l’égard de l’écologisme. Il a par ailleurs été l’un des rares éditorialistes à soutenir les prises de position de climato-sceptiques comme Courtillot ou Allègre.

        Enfin, je l’ai déjà entendu expliquer que le « socialisme démocratique » avait une dette philosophique et morale à l’égard du libéralisme politique quant aux fondements des principes démocratiques.

        Bref, si toute la gauche médiatique était du même calibre que Jacques Julliard, la France se porterait certainement mieux…

        • Je trouve quand même que sa démarche vis à vis du libéralisme est condescendante et aussi celle vis à vis de l’écologie : il ne considère en fait l’écologie que d’un point de vue politique. Il est incapable de juger l’écologie bonne, mauvaise, utile, inutile, exacte ou fausse autrement que de ce point de vue. C’est un peu comme si on décidait du RCA ou de la technologie par référendum …

  • J’avais laissé un billet dans mon blog sur l’origine des mouvements écologistes politiques et cet article de Marcel Kuntz ne le contredit en rien :
    https://jacqueshenry.wordpress.com/2015/08/26/perturbation-climatique-globale-episode-5-lorigine-philosophique-de-la-supercherie-et-ses-retombees-politiques-planetaires/
    Avec l’ONU et le pape qui s’en mêle on est très mal barré … Étant un blogueur niant ouvertement le réchauffement climatique je risque bientôt le goulag !

    • Et bien on est au i moins 2 à penser que le totalitarisme vert sera bien pire que tout ce qui a existé et mettra Adolphe Staline et Mao au rang de petit joueurs

    • Je pense comme un certain nombre de commentateurs qe l’écologisme est le fer de lance d’un totalitarisme planétaire. On peut lire avec intérêt l’ « étude sur la nature des mouvements écologistes et leurs objectifs ». Ne pas oublier que la peur et l’endoctrinement sont deux armes majeures de tout totalitarisme.

  • Il ne faut en effet plus se faire d’illusion, l’humanité entière est en marche vers un totalitarisme bien plus effroyable que tout ce que l’histoire récente nous a montré …

  • je pense que l’écologie du catastrophisme n’a pas d’avenir car elle nous déprime et désespère;

    en France, nous cherchons encore des accords
    sur ces domaines qui ressemblent de plus à des marche-pieds à fourre-tout, en désordre;

    la sortie du tunnel se fera
    en montrant que l’on peut profiter du changement
    de nos habitudes consumériste destructrice inégalitaire
    pour créer une société plus juste (on peut tjs faire pire certes)
    et plus autonome;

    les petits animaux humains viennent (en tout cas partie)
    juste de se rendre compte que les pays et le océans
    sont des maisons cote à cote, que la terre est un tout petit quartier interdépendant;

    pour le moment presque tout pays fonctionne
    de façon arriéré avec un totalitarisme plus ou moins bien camouflé
    et une oligarchie anti-démocratique bien huilée..

    notre sortie de la maternelle connait une nette accélération avec nos imprévus humains…

    • Florian est bien dans la ligne qui m’effraie… Voilà un gaillard prêt pour devenir un bon petit khmer vert dans son quartier, un membre du contrôle citoyen des bonnes pratiques écologiques. Je préfèrerais encore que la démocratie soit confisquée comme il le prétend par une oligarchie (ce qui est factuellement faux même si répété à l’envie par nos 2 extrèmes) que déléguée à ses amis c’est à dire confisquée par des ONG incompétentes et sans compte à rendre à personne

  • et l’écologie va devenir une excuse…nous nous appauvrissons? c’est une bonne chose voyons,et rien à voir avec les politiques que nous avons mené…
    les réfugiés? c’est le climat voyons…rien à voir avec la politiques que nous avons mené…

    on a pas assez lutté contre les conneries avancées par les écologistes au départ, comme on a pas assez dénoncé les faucheurs volontaires ou autres…

  • Le radicalisme écolo viennent de faire une belle prise, pas un radical mais un lobotomisé. J’entends à l’instant notre grand Président Hollande déclarer solennellement à la tribune de l’ONU que les tsunamis et tremblements de terre sont la conséquence du dérèglement climatique. La science progresse à grand pas. Mais ouf ! l’argent des contribuables Français pour lutter contre ce satané réchauffement vient au secours de la Planète en danger de tsunami généralisé, l’enveloppe passera de 3 à 5 milliards d’€/an.

  • Les points Godwin sont en promotion?

    • pensez ce que vous voulez…mais une idéologie qui repose sur des affirmations telle que la surpopulation sent TRÈS mauvais… la deep écologie est antihumaine rien de moins….

      le point godwin est censé récompenser une analogie bancale avec le nazisme…pas l’impression que ce soit si bancal que ça.

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