Jésus, un libéral… Vraiment ?

Jesus by James Shepard(CC BY 2.0)

Le message de Jésus était de nature religieuse et non politique.

Par Gérard-Michel Thermeau.

Jesus by James Shepard(CC BY 2.0)
Jesus by James Shepard(CC BY 2.0)

 

Jésus, cet homme incomparable, pour reprendre une expression célèbre, est considéré comme le Christ, Dieu incarné, par les chrétiens, et comme le prophète qui précède Mohammed pour les musulmans. Les croyants d’autres religions et les non-croyants ne sont pas restés insensibles à cette figure éminemment charismatique.

La tentation est grande, et il faut se méfier de la tentation quand on se réclame du christianisme, de fabriquer un Jésus à sa convenance. Les marxistes ont d’ailleurs essayé, non sans succès, de transformer, avec une certaine photo, un tortionnaire en figure christique.

Chacun voit Jésus à sa porte. Et certains catholiques libéraux ont façonné un Jésus chrétien et libéral, libéral car chrétien et vice-versa. Mais Jésus n’était ni chrétien ni libéral.

Jésus a vécu, pensé et est mort en juif. Et les premiers chrétiens se considéraient comme juifs. Ce n’est que progressivement que le christianisme s’est transformé de secte juive en Église universelle. Les textes des évangiles synoptiques ont été rédigés un certain temps, qui restent l’objet de discussions savantes, après la mort de Jésus, et témoignent de traditions parfois contradictoires mais aussi de polémiques.

Matthieu et Marc montrent un Jésus qui ne s’adresse qu’au peuple élu et ne s’intéresse guère aux Gentils : « il ne sied pas de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens. » Seul Luc évoque un intérêt, mais qui reste modéré, pour les Gentils. Jésus observait strictement la Loi mosaïque, considérant que le ciel et la terre passeraient avant que ne tombe le moindre élément de la loi (Matthieu, 5-18).

Jésus ne songeait nullement à la vie quotidienne : il n’avait que des préoccupations religieuses. Pour lui, le Royaume était proche et ses disciples vont attendre, désespérément, l’avènement des temps promis. Et de cette attente déçue devait naitre le christianisme.

Jesus liberal rené le honzecBien sûr, de ces textes contradictoires, où chacun peut trouver les formules qui lui conviennent, ainsi qu’en témoigne par exemple les deux citations que j’ai faites ci-dessus, on peut sortir de son chapeau un Jésus révolutionnaire, ami des pauvres et contempteur des riches ou bien un Jésus libéral, bon connaisseur des règles de l’économie de marché et adepte de l’esprit d’entreprise.

Si Jésus s’adressait en priorité aux pauvres et aux marginaux, il n’avait rien d’un révolutionnaire, et se contrefichait tout autant de favoriser les investissements fructueux. Les riches étaient fustigés pour leur attachement aux choses matérielles qui leur rendaient plus difficile de mener une vie conforme à leur salut.

Le message de Jésus était de nature religieuse : à trop l’oublier on s’expose à errer.

La recherche du premier libéral comme celle du premier homme se révèle toujours problématique. Si certains voient du capitalisme dans la Mésopotamie antique et d’autres du libéralisme dans la Rome un peu moins antique, les libéraux semblent vraiment pulluler à toutes les époques et sur tous les continents à en croire certains. Il n’est que de notre temps que leurs effectifs semblent quelque peu clairsemés.

La volonté de mettre en valeur les racines philosophiques et religieuses du libéralisme sont tout aussi louables qu’intéressantes, encore convient-il de raison garder.

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