Mistral gagnant

Vladivostok Mistral RLH

Nos dirigeants trop optimistes surestiment la croissance de l’économie et se réjouissent trop tôt de la croissance des ventes d’armes.

Les responsables politiques français ont une qualité : l’optimisme. Être optimiste n’est pas un métier, mais ils en ont fait le leur. Et ils ont tout misé dessus. Ils vendent de l’optimisme à leurs électeurs, et inondent les Français d’optimisme une fois au pouvoir.

Le service après-vente des élections ressemble à s’y méprendre à un bon gros foutage de gueule, qui a récemment pris des proportions indécentes.

Le budget 2016 table ainsi sur une croissance à 1,5%, sans qu’on sache bien d’où elle viendra. Les modèles de prévisions de croissance de la majorité socialiste seraient récemment devenus assez précis pour justifier un désaccord à la virgule près avec l’OCDE, qui table sur 1,4%, alors qu’ils ont jusque-là été d’une capacité prédictive limitée :

  • 0,5% prévus en 2012 vs. 0% en réalité,
  • 1,7% prévus en 2013 vs. 0,1% en réalité,
  • 2% prévus en 2014 vs. 0,2% en réalité.

Mais les hypothèses de croissance « prudentes » du budget 2016 ne sont pas la seule interrogation qu’on peut avoir quant à la lucidité de nos élites. Récemment, on pouvait les entendre se congratuler de l’accord avec la Russie sur le défaut de livraison des porte-hélicoptères Mistral et les pénalités auquel il donnera lieu.

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La vente aurait rapporté 1 milliard d’euros, somme coquette et bienvenue en ces temps difficiles, si vente il y avait eu. Mais non. Mieux, la France remboursera à la Russie plus que ce que celle-ci avait payé (le chiffre de 200 millions d’euros est une hypothèse prudente : un milliard versés à la Russie contre 800 millions reçus). Mieux encore, la Russie gagne au change – au taux de change plus exactement. Encore encore mieux : la Russie dispose des plans et pourra donc quand même se construire ses bateaux.

La France, elle, rate une occasion de démontrer son savoir-faire, mais saisit l’occasion de se ridiculiser une fois de plus sur la scène internationale. Les dirigeants français ont négocié le droit de vendre les bateaux à d’autres nations, et se félicitent de vendre des armes comme des petits pains.

Chantal Guittet, députée PS, a d’ailleurs trouvé la nouvelle si bonne qu’elle méritait d’être annoncée à la télévision. Présidente du groupe d’amitié franco-russe de l’Assemblée Nationale, elle ne manque pas de rappeler que le risque de guerre avec la Russie justifiait d’empêcher la vente – c’est le genre d’amie sur qui on peut vraiment compter.

Elle ne manque pas non plus de rappeler qu’une telle situation s’était déjà produite quand la majorité précédente, déjà visionnaire en matière géopolitique, souhaitait vendre des missiles à la Libye. La vente avait été annulée, mais la comparaison s’arrête là. Les montants n’ont rien de comparable – 300 millions d’euros, soit un tiers de la somme actuellement en jeu. Les technologies des missiles étaient plus anciennes et amorties, à l’inverse de nos fiers bateaux. Qui, pour l’instant, nous restent sur les bras.

Pas pour longtemps, selon notre Président adoré, en cette illustre période où les ventes d’armes explosent. Il faudrait apparemment s’en réjouir, et se réjouir que les pays tous recommandables qui lui achètent des armes ces jours-ci ne tiennent apparemment pas rigueur à la France de ne pas honorer ses contrats. Enfin, peut-être que si ; peut-être que nous aurions vendu encore plus d’armes – au moins un milliard de plus, en fait – sans cette mésaventure. Résumons : quand on ne vend pas d’armes, c’est bien. Quand on vend des armes, c’est bien. L’optimisme, c’est plutôt simple.

Mais nos dirigeants savent se montrer fermes et courageux. La Russie pourrait être impliquée dans des conflits visant à maintenir ou étendre son influence dans la région, et il est donc hors de question de lui vendre des armes. Mais comme la même chose ne pourrait absolument pas être dite de l’Arabie Saoudite par exemple, il est tout à fait raisonnable de lui fournir toutes les armes qu’elle voudra. Et la même chose ne pourrait absolument pas être dite au sujet de la France en Afrique, puisqu’il est tout à fait inimaginable que nous ne soyons pas les gentils.

Faisons donc preuve d’un peu d’optimisme, et espérons que tout cela ne nous explosera pas monumentalement à la figure. Prenons des hypothèses prudentes de croissance, flambons quelques centaines de millions d’euros, vendons des armes de pointe au plus offrant, et croisons les doigts.