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La culture de l’inflation

Publié le 17 septembre 2015
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Par Thibaut André

inflation - pouvoir d'achat (domaine public)

À l’écoute de nombreuses interventions publiques et à la lecture d’articles sur l’inflation et la déflation commis par d’éminents économistes, en tant que libertarien, permettez-moi de vous offrir mon opinion et de soulever quelques questions à ce sujet.

Je pense que les problèmes actuels de notre société sont la conséquence d’un modèle fondé sur la promotion unilatérale de ce que je nomme la « culture de l’inflation », à savoir sa prétendue validité scientifique et morale en tant que politique socio-économique, monétaire et fiscale soutenue par la classe dirigeante et relayée par le monde intellectuel, notamment les économistes mainstream (Krugman, Stiglitz, Piketty…). Mais quel est l’impact de l’inflation sur la redistribution des richesses ? Et tout d’abord, comment la définir ? De quoi résulte-t-elle ? Quelles sont ses conséquences sur notre vie de tous les jours et nos comportements ? Comment en sommes-nous arrivés à une situation aussi problématique, voire inextricable, quant au niveau de la dette publique ? Existe-t-il une autre voie ?

Le 20ème siècle a vu la consécration du rôle des banques centrales dans l’exercice du monopole de l’émission de monnaie accordé par l’État. Sous la domination de la pensée économique keynésienne et le relais pris par les néo-classiques, l’enseignement économique a dès lors fait la part belle à l’ingénierie sociale et la planification. Mais ceci était fortement restreint par l’étalon-or. Utilisé depuis plus de quatre mille ans, l’or était un frein naturel – son extraction étant difficile et sa rareté relative évidente – dans l’expansion de l’intervention de l’État, la dette publique et le dévoiement de la monnaie. Ce moyen d’échange issu de la coopération volontaire et de l’ordre spontané entre les individus (lire Les origines de la monnaie de Carl Menger à ce sujet) fut mis de côté par les autorités étatiques, soucieuses de ne plus avoir le moindre frein à l’expansion de leurs pouvoirs et de leurs plans.

L’inflation est une phénomène économique caractérisé par une hausse générale des prix, nous enseigne-t-on. En fait, ceci est la conséquence. La cause en est l’expansion de la masse monétaire. À quantité plus ou moins égale de biens et de services et à demande de monnaie constante, une augmentation de la quantité de monnaie a pour résultante une hausse des prix. Il est en fait plus correct de parler de perte de pouvoir d’achat de la monnaie, la quantité de biens et de services échangeables étant moindre à montant égal. Je ne ne nie pas que, à quantité égale de monnaie, sans manipulation de la masse monétaire, certains prix peuvent monter. Mais cela reflète avant tout les choix des consommateurs et la rareté relative des biens produits. Ceteris paribus, l’expansion de la masse monétaire est génératrice d’inflation à demande constante de monnaie. Le panier de la ménagère s’en trouve donc moins rempli. Il n’y a rien d’ésotérique là-dedans.

Cependant, il est important de noter que l’impact sur les prix ne se fait pas de manière égale et homogène. Les premiers receveurs de la monnaie nouvellement créée ex nihilo bénéficient d’un effet d’aubaine car ces utilisateurs peuvent acheter des biens et des services dont les prix n’intègrent pas ou peu les informations relatives à l’expansion de la masse monétaire. Ceci se fait au détriment des utilisateurs suivants qui, eux, devront supporter la hausse des prix. Ils devront même très probablement renoncer à certains achats devenus trop onéreux. Ce modèle est particulièrement avantageux pour ceux qui s’endettent et surconsomment contre ceux qui produisent, épargnent et font preuve de frugalité. En effet, les éternels débiteurs voient le niveau de leur dette fondre au fur-et-à-mesure que l’inflation s’instille dans la société, provoquant des comportements irresponsables dans la gestion des affaires comme du ménage.

Et l’on retrouve cette fuite en avant dans la gestion du budget de l’État qui, au gré des déficits, favorisera l’accroissement de la dette publique. Cette dernière est une dette, une énorme ardoise que l’on reporte sur les générations futures. Celles-ci étant prétendument signataires d’un fantomatique contrat social qui ne m’a jamais été produit, cette pratique a reçu le nom douteux de solidarité intergénérationnelle dans la novlangue. Comment ne pas voir dans un tel comportement irresponsable une forme ouverte de servitude ? Ce modèle sert en fait l’État, ses politiques, ses bureaucraties et satellites, les banques centrales et privées, les groupes de pression et toute une oligarchie contre les classes moyennes et travailleuses ainsi que contre les générations futures incapables de se défendre.

Ceci est d’autant plus alarmant et illégitime (même si tout le système repose sur une base légale) que le maintien d’un tel système pro-inflation nécessite la mise en place d’une société du contrôle des libertés individuelles. En effet, l’échange volontaire est progressivement balayé par le recours à la force publique pour capter la rente d’État qui nous semble due au détriment des autres et évincer les « concurrents » potentiels. On assiste donc à des comportements asociaux alimentés par un instinct grégaire et un esprit de convoitise. La préférence temporelle va crescendo en faveur de la consommation immédiate dans un environnement où, tel qu’énoncé par le sophisme de Montaigne, tout ce que qui est gagné se fait au détriment de l’autre. Et l’autre, c’est vous et moi. C’est la femme de ménage qui survit avec de maigres titres-services. C’est le chômeur en fin de droit – et à qui on interdit en fait de travailler – qui se retrouve acculé dans des activités rendues illégales (mais néanmoins légitimes). C’est l’ouvrier qui se demande s’il arrivera à boucler les fins de mois une fois que son salaire aura subi les ravages de la fiscalité et de l’inflation. C’est le petit pensionné qui panique au vu de la hausse des prix des denrées alimentaires quand le paiement de sa pension publique devient incertain et que son livret d’épargne lui rapporte un intérêt proche de 0%.

Une autre caractéristique de la hausse de la masse monétaire, à demande de monnaie constante, c’est d’abaisser le taux d’intérêt. Et ceci a pour objectif de permettre à l’alcoolique de la dette d’éviter la gueule de bois des lendemains de veille et de prolonger l’ivresse. C’est le credo de l’appareil d’État et de son système de financement qui opère ainsi, via l’inflation en tant que politique fiscale, une redistribution de la richesse en faveur des plus nantis et des plus proches du pouvoir central. L’impasse de ce système dont l’aboutissement est le niveau abyssal de la dette publique, des taux d’imposition abusifs et des engagements en termes de dépenses sociales intenables à court terme est en fait la résultante de ce que je peux nommer maintenant la crise de la culture de l’inflation. Nous sommes au point de rupture, acculés devant des choix difficiles. Soit nous continuons ainsi et nous taperons le mur sous peu inéluctablement, soit nous optons pour un nouveau paradigme : la déflation.

La déflation est-elle un monstre comme nombre d’économistes à la mode nous la décrivent ? Du point de vue des bénéficiaires du système abject que nous avons décrit ci-dessus, c’est en effet une situation cauchemardesque. Elle va mettre un terme à leur hégémonie et à leurs privilèges dérivant du captage de la rente publique via la séduction du pouvoir central et le dévoiement de la monnaie.

De mon point de vue, elle est donc un bienfait qui nous permettra de revoir les fondements de notre société et d’envisager une voie pérenne, celle du respect de l’échange volontaire, de la coopération sociale, des libertés individuelles et du fruit du travail de chacun.

La déflation opère en fait une redistribution des richesses mais dans l’autre sens. Elle sanctionne le débiteur au détriment de l’épargnant. Elle désavantage le rentier public au profit du travailleur frugal. Elle est une charge supérieure pour l’éternel endetté. Elle est un frein naturel pour les comportements à risques recourant à l’effet de levier.

Elle est surtout la résultante d’un système de monnaie saine, c’est-à-dire basé sur un actif librement choisi comme l’or ou l’argent. La masse monétaire étant ainsi sous contrôle, à production supérieure de biens et de services, la déflation est un bienfait qui permet à tout utilisateur de ressortir avec un panier mieux garni et de ne pas craindre pour l’érosion de son livret d’épargne avec le temps. L’étalon-or est aussi un frein naturel à l’expansion de l’État et à la perte de nos libertés individuelles.

Mais cette voie exige énormément de courage dans la réintroduction de la flexibilité via :

  • la refonte générale de la fiscalité,
  • la réforme complète du droit du travail dans une logique de libre négociation entre employeurs et salariés,
  • la promotion de l’entrepreneuriat et de l’échange volontaire dans le respect du libre contrat,
  • la fin de la monnaie-papier et l’abolition du monopole d’émission de la banque centrale,
  • l’abolition des privilèges de castes et rentes publiques de situation.

Nous devons donc apprendre à coopérer tout en nous passant progressivement de l’État.

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  • « d’un système de monnaie saine, c’est-à-dire basé sur un actif librement choisi comme l’or ou l’argent. La masse monétaire étant ainsi sous contrôle »

    Sans remettre en cause votre raisonnement, je pense que vous faites un raccourci un peu rapide vers l’or et l’argent : combien pesait la derniere livre d’argent en circulation? Je crains que c’etait bien loin de 500 grammes…

    • Je n’avais que peu del ignes pour m’exprimer. Les monnaies ont toujours été dvéoyées sour l’action du mkonarque ou du gouvernement, voire les deux suivant les régimes. A ce titre, il faut lire et relire De Moneta de Nicolas Oresme, L’Ethique de la Production de Monnaie de Guido Hulsmann, A history of Money and Banking in the USA de Murray Rothbard et Monnaie, Crédit Bancaire et Cycles Economiques de Jesus Huerta de Soto.

  • Excellent exposé à propos de l’inflation. Malheureusement, l’auteur s’égare en posant en substance que la déflation serait bonne, par contraste avec une inflation démontrée mauvaise. Est-il encore nécessaire de le rappeler que l’inflation comme la déflation sont également mauvaises ? On ne peut favoriser l’enrichissement d’un groupe d’individus par le truchement de la monnaie, en faisant en sorte que ce groupe n’ait pas besoin de produire, sans pénaliser un autre groupe d’individus. Il n’y a aucune différence entre la redistribution monétaire de l’inflation ou de la déflation et la redistribution socialiste collectiviste. Totalement improductive et immorale, toute redistribution conduit à décourager, voire à empêcher la création des richesses.

    La température du corps humain peut servir d’analogie pour comprendre de quoi il retourne : trop chaud ou trop froid, vous finissez dans le même état.

    Dans ces conditions, aucun bien physique (forcément limité, forcément déflationniste) ne peut servir d’étalon monétaire. On doit oublier l’étalon-or. Pour supprimer également l’inflation et la déflation, nous sommes obligés d’avoir recours aux monnaies fiduciaires créées ex-nihilo afin d’égaliser monnaie et croissance. A cette condition, la monnaie est neutralisée. Il reste à inventer le système d’émission qui permettra de contourner l’écueil des cycles économiques artificiels, bulles suivies de dépressions, conséquences directes des politiques discrétionnaires monétaires et budgétaires des gouvernements et des banques centrales.

    • L’auteur ne s’égare pas, je vous rassure. 🙂

      A ce titre, je ne favorise pas un groupe par rapport à l’autre. Je pose le pincipe morale que la propriété privée (y compris le fruit du travial de chacun) doit êtr respectée que tout épargnant doit voir son épargne respectée et protégée contre l’inflation.

      L’étalon-or pur n’est pas parfait. Il n’existe pas de biens et services parfaits. C’est néanmoins le meilleur rermpart contre l’érosion, l’interventionnisme gouvernemental et la perte des libertés civiles.

      A ce titre, il faut lire et relire Deflation & Liberty et L’Ethique de La Production de Monnaie de Guido Hulsmann. La Théorie de la Monnaie et du Crédit de Ludwig von Mises est également essentielle, ainsi que Monnaie, Crédit Bancaire et Cycles Economiques de Jesus Huerta de Soto.

      • Mais la déflation provoquée par la monnaie (et non par l’innovation) ne respecte pas plus la propriété privée que l’inflation. Dans un cas comme dans l’autre, un groupe ou un autre est artificiellement avantagé, lui conférant un surplus de pouvoir d’achat ne correspondant pas à une création de richesse effective.

        • Vous ne nous dites toujours pas en quoi la déflation serait mauvaise.

          Ah oui, elle récompense ceux qui épargnent. Selon vous, c’ est mal ?

          Qui d’ autre favorise-t’elle ?

  • « L’inflation est une phénomène économique caractérisé par une hausse générale des prix, nous enseigne-t-on. En fait, ceci est la conséquence. La cause en est l’expansion de la masse monétaire. »

    Non !

    L’expansion de la masse monétaire n’a rien à voir avec l’inflation, ce sont les taux d’intérêts qui déterminent l’inflation : un taux d’intérêt trop bas crée de l’inflation, un taux trop haut de la déflation : l’argent devient « chère » ou « bon marché ».

    En cela il est complétement illusoire de considérer un taux d’intérêt de façon intrinsèque : il n’y a pas de bon ou de mauvais taux, tout dépend du contexte économique et de la vitesse de cycle d’utilisation de monnaie, du cycle investissement – retour sur investissement, qui dépend compétemment de l’économie : la vitesse de ROI d’un Airbus ou d’une centrale nucléaire n’a rien à voir avec celle de la plantation de radis qui produisent en 18 jours, la valeur produite non plus.

    A certaine période, le « bon » taux d’intérêt pour ne pas avoir d’effet néfaste sur l’économie sera de 0%, à certain moment de 20%. C’est quand les prix changent (inflation ou déflation) que la monnaie a un effet néfaste sur l’économie.

    L’inflation est aussi perverse que la déflation: l’un touche les préteurs, l’autre les créanciers. Dans les deux cas, c’est le citoyen qui paie les frais (chômage, perte de niveau de vie, taxe déguisée, etc…)

    • Pendant des siecles, les taux d interest etaient des taux de marche, ie un prix fixé librement en fonction de l offre et de la demande de credit.
      Dans ce cadre la seulle variable d ajustement a la dispostion des Gouvernants etaient de rogner sur la quantite de metal precieux dans chaque piece, creant une augmentation de la masse monetaire et donc une hausse des prix. C est dans ce cadre que, dans l analyse classique, la hausse generale des prix etait bien correle a la hausse de la masse monetaire.

      Aujourd hui, les banques centrales utilisent lessentielement le taux d interet directeur pour inciter les banques a creer ou pas de la masse monetaire (simplification mais mais suffisament proche de la realite). C est cette manipulation d un prix qui fait qu indirectement vous avez raison en correlant taux directeur et inflation. Notons egalement que ce taux directeur influe egalement sur la velocite de la monnaie qui est un parametre a prendre en compte dans les mesures d inflation.

      l’inflation est toujours et partout un phénomène monétaire disait Milton Friedman.
      Ma phrase préférée reste celle de Von MIses :
      the final outcome of credit expansion is geneal impoverishment
      Le resultat final de toute augmentation de la masse de la dette est un appauvrissement général.
      Cordialement
      Larry

      • « les banques centrales utilisent essentiellement le taux d intérêt directeur pour inciter les banques a créer ou pas de la masse monétaire  »

        C’est en effet un peu plus compliqué parce que les banques sont aussi présentes sur le marché interbancaire et donc un taux directeur très faible dissuade les banques de se prêter entre elles (elles ont clairement plus intérêt à placer dans les dettes souveraines), ce qui de facto fait se raréfier le crédit pour l’économie.

        L’argent « peu cher » devient rare, ce qui est assez paradoxal, sauf si on différencie l’argent qui provient des banques et celui qui provient de la BC, d’où le QE.

        La solution consisterait à séparer les deux aux interdisant aux banques de créer de la monnaie « régalienne », en interdisant les réserves fractionnaires … Voyons si les Suisses lancent le débat si le référendum monnaie pleine abouti.

    • C’est une thèse hasardeuse d’affirmer que le taux d’intérêt est le facteur déterminant de l’inflation et de la déflation, ne dépendant en aucune manière de la masse monétaire, comme si les prix et les quantités n’étaient pas intrinsèquement liés.

      Par leurs politiques discrétionnaires, les BC agissent concomitamment sur les quantités et les prix, mais ce sont des fausses quantités (fausse monnaie) et des faux prix (tarifs administratifs) n’ayant rien à voir avec les processus concurrentiels sains des marchés libres. Les politiques discrétionnaires falsifient les marchés sans qu’il y ait lieu de distinguer entre les effets nocifs des QE (quantité) et ceux des ZIRP (prix).

      Certains ont cru pouvoir dénoncer l’analyse autrichienne par l’absence apparente d’inflation suite aux QE. C’est une analyse à courte vue qui se berce d’illusions. En réalité, l’inflation est bel et bien présente mais elle est dissimulée. Elle se traduit d’abord par du chômage de masse, mettant en lumière la perte de pertinence des indicateurs statistiques traditionnels de mesure de l’inflation comme du chômage, ensuite par des bulles de prix sur les marchés financiers qui devront fatalement corriger, enfin par la dépression qui gagne progressivement l’ensemble de l’économie mondiale.

      Les politiques discrétionnaires, destinées exclusivement à sauver les Obèses impécunieux de leur fin pourtant inéluctable, finiront tôt ou tard par laminer les économies, lorsque les parasites étatiques auront dépassé le seuil d’épuisement de leurs hôtes. Alors, les montagnes insensées d’actifs publics correspondant aux injections de fausse monnaie rejoindront leur valeur intrinsèque, c’est-à-dire proche de zéro, et l’hyperinflation emportera l’ensemble des économies, aggravant encore plus la dépression. Le moyen d’éviter cette crise qui menace consiste à réduire rapidement les dépenses publiques afin de cesser de s’endetter et de rembourser progressivement les actifs publics dénués de valeur, réduisant de ce fait la masse de fausse monnaie tant qu’il est encore temps. Autrement dit, nous avons le choix entre une correction désordonnée et brutale par les prix ou une correction ordonnée et progressive par les quantités, par le dégonflement volontariste des Etats obèses.

      • Vous avez raison : il n’y a que les aveugles de l’ENA pour ne pas admettre que le chômage est avant tout une question de déperdition de la valeur, c’est à dire une question de taxes et de dettes publiques et encore croire aux chimères du volume monétaire (dont le PIB et sa sacro sainte croissance)

        Par contre je ne vous suit pas sur le QE qui en gros consiste à remplacer de la monnaie bancaire par de la monnaie centrale, il n’y a donc pas de création monétaire, mais plutôt destruction en fin de compte (très faible vu le taux des BC, mais destruction quand même) : quand une banque touche des intérêts cet argent a besoin d’être fabriqué, quand une BC touche des intérêts, elle retire ceux ci de la circulation.

    • Votre vision mécaniste fait l’impasse sur un élément praxéologique essentiel: l’aciton humaine. Les taux d’intérêt, non manipulés par la banque centrale, sont la résultante de la confrontation entre l’offre et la demande de capitaux, reflétant ainsi les taux sociaux de préférence temporelle des invidivdus.

      A ce titre, il faut lire et relire Capital & Interest d’Eugen von Böhm-Bawerk, Deflation & Liberty et L’Ethique de la Production de Monnaie de Guido Hulsmann, A history of Money and Banking in the USA de Murray Rothbard et Monnaie, Crédit Bancaire et Cycles Economiques de Jesus Huerta de Soto.

      • Je n’aime pas cette rhétorique, je ne crois pas que les taux soient liés à la demande de monnaie : un taux d’intérêt est avant tout un élément de création/destruction monétaire.

        Via une banque émettrice de monnaie (BC ou autre), l’intérêt conduit à une destruction monétaire, via un préteur non émetteur de monnaie, l’intérêt conduit à une création monétaire. Dans ces conditions il est illusoire de dire que le marché peut réguler les taux : selon l’origine du préteur on a inflation ou déflation de la masse monétaire. La solution serait alors de réserver le prêt aux banques émettrices de monnaie (ce qui ne me semble pas très libéral comme système : il n’y aurait alors plus aucune régulation des taux par le marché possible)

        Le seul élément qui me semble raisonnable afin de stabiliser un système monétaire est le volume : une monnaie diffusée en grand volume se régule plus naturellement qu’une monnaie rare. D’ailleurs c’était le cas pour l’or : toute la vitalité dans le système de change d’une monnaie indexée sur l’or reposait sur le volume d’or en réserve et non sur le ratio or/monnaie en circulation.

        Le système de Law s’est effondré parce que le volume (de monnaie et d’or en réserve) n’était pas suffisant et qu’il était donc exposé à la spéculation.

      • Milton Friedman a très bien expliqué en large et en travers cette nécessité de faire coïncider augmentation de monnaie et augmentation de production.

        Je vous accorde (et surtout à Cavaignac) que les Etats étant majoritairement improductifs, faussent complétement le système, pour cette même raison.

  • Non, la déflation n’est pas la panacée. Qu’il existe des périodes avec une petite inflation ou petite déflation, ce n’est pas trop nuisible. Si l’inflation a tendance a spolier l’entrepreneur en incitant le client a payer le plus tard possible, la déflation aura d’autres d’effet sur l’entrepreneur. Le client exigera une baisse du prix que l’entrepreneur ne pourra pas forcément répercuter selon son marché. Et pour quelle raison investir si la déflation est de 10% et qu’il suffit d’attendre ❓

    Tout comme l’inflation excessive, la déflation est un frein envers l’économie.

    • Autant je comprend les dangers de l’inflation, autant je ne visualise pas ceux de la déflation. En quoi un phénomène qui se traduit par une baisse des prix peut-il être négatif ?

      • Les entrepreneurs pas assez rapides, ou ayant des stocks trop importants seraient coulés.
        Vous me direz : Darwin… place au plus malin… ou retord. Certains produits rares doivent être stockés.

        Et pourquoi investir s’il suffit de garder ses sous dans un coffre?
        Vous me direz : cela fera plaisir aux écologistes de voir le tissu économique… se réduire.

        1% de déflation ne saurait nuire, et gênera nos socialistes, mais 10% c’est plus probable que cela crée une « anti-bulle » si tout le monde s’y met.

        • PhilippeMurrayRothbard
          17 septembre 2015 at 23 h 21 min

          « Et pourquoi investir s’il suffit de garder ses sous dans un coffre? »

          C’est le même type d’argutie qu’utilisent les keynésiens lorsqu’ils évoquent la consommation qui serait selon eux reportée indéfiniment en cas de déflation.

          Ben voyons! C’est « évident » que les gens n’ont aucun désir aucun rêve où bien vont les emporter avec eux dans leur tombe…

          Je ne comprend vraiment pas comment l’on peu souscrire a un tel scénario….

          • La vraie déflation, c’est la diminution de la masse monétaire, car cette diminution peut empêcher le financement de l’économie.

            Vous trouverez cela dans un article de Vladimir Vodarevski de 2009. Il distingue bien les problèmes.
            Ne pas confondre avec baisse des prix générée par l’augmentation de la productivité, si c’est à cela que vous pensez qui elle reste saine, vous avez raison.

      • L’entrepreneur dans nos belles socialies ne pourront aisément baisser les salaires pour adapter les prix.
        Encore une fois, l’entrepreneur sera pris entre 2 feux.
        Dans un monde plus libéral, l’entrepreneur pourrait changer les salaires en temps réel. Mais dans notre belle socialie, on préfère l’égalité ou plutôt l’égalitude : tout le monde au chômage, comme cela pas de jaloux…

        Il convient aussi d’examiner la situation des prêteurs qui font la marge sur intérêt. Crédit devenant trop cher, plus de marge suffisante, plus de banquier. Et pourquoi prêter et prendre un risque non rémunéré s’il suffit d’attendre ❓ La encore cela devrait réjouir nos gauchistes extrêmes du FdG ou écologistes franchouillards de voir les méchants banquiers disparaître : ils pourront encore brailler plus fort contre les riches, le chômage explosant.

        Dans une spirale déflationniste, le problème est plus la baisse de l’activité que la déflation.

        La vraie déflation, c’est la diminution de la masse monétaire, car cette diminution peut empêcher le financement de l’économie.

        Vous trouverez cela dans un article de Vladimir Vodarevski de 2009.

        On peut se demander si l’inflation de taxes et d’impôts accompagnés de réglementations délirantes ne génère pas un équivalent de déflation dans l’économie française : moins de masse monétaire disponible dans le secteur privé, bien sûr plus dans le secteur public peu performant, donc moins de production utile, ou plus assez pour rester à flot, plus assez d’exportations : le chômage reste élevé.

    • Il faut considérer la déflation dans une perspective de banque libre, de libre concurrence dans la production et émission de monnaie et, finalement, de ré-émergence de l’étalon-or pur (comme il est apparu spontanément selon le théorème de la régression énoncé par Carl Menger).

      Les monnaies ont toujours été dévoyées sour l’action du monarque ou du gouvernement, voire les deux suivant les régimes. A ce titre, il faut lire et relire De Moneta de Nicolas Oresme, L’Ethique de la Production de Monnaie de Guido Hulsmann, A history of Money and Banking in the USA de Murray Rothbard et Monnaie, Crédit Bancaire et Cycles Economiques de Jesus Huerta de Soto.

  • Pas la peine de tourner autour du pot. Pour ne prendre que deux exemples, la BCE et la FED, leur mandat est la stabilité des prix, qu’ils ont allègrement décliné (sous l’approbation silencieuse mais complice des états et autres obligés) en objectif de 2%.
    Or 2%/an, c’est la perte de la moitié de la valeur de la monnaie sur 30 ans… la spoliation organique des uns au profit des autres donc.
    Et je ne rentrerai même pas dans la mésallocation d’actif et autre créations exogène d’oligopoles financiers et de capitaux qui permet cette manip.

    • Absolument ! A mettre en relation avec l’objectif de déficit public de 3% : une taxe silencieuse qui au passage permet de stocker les excédents en dettes, donc de créer une gigantesque machine à intérêt.

      Inflation et intérêts de la dette étant gentillement payés par les citoyens.

  • Il me semble que vous avez une conception trop quantitativiste, trop mécanique de la relation entre variation de la masse monétaire et variation des prix, notamment lorsque vous écrivez que la hausse générale des prix est causée par « l’expansion de la masse monétaire ». A. Aftalion, un des plus brillants économistes de l’entre-deux guerres s’est intéressé à ce lien supposé (cf. Monnaie, prix et changes. Expériences récentes et théorie) et mis en évidence une absence de corrélation entre les deux. Plus précisément, en étudiant plusieurs périodes historiques, il a observé que la corrélation positive entre variation monétaire et variation des prix était vérifiée pour certaines et non pour d’autres. Il va même jusqu’à énoncer que si relation il existe, celle-ci est inverse de la relation énoncée traditionnellement. Ainsi ce ne serait pas la variation monétaire qui déterminerait la variation des prix mais la variation des prix qui conditionnerait la variation monétaire. On peut d’ailleurs trouver confirmation lorsqu’on regarde de près la crise hyperinflationniste allemande des années 20. L’augmentation de la masse monétaire a suivi la hausse des prix, tout simplement parce que les banques privées avaient d’énormes besoin de refinancement du fait de la hausse vertigineuse des prix. Cependant, Aftalion ne nie pas un lien causal entre monnaie et prix, « dans le bon sens », mais ce lien n’est ni quantitatif ni mécanique. Il explique que ce qui compte c’est l’appréciation subjective, psychologique de la valeur de l’unité monétaire. Les crises inflationnistes s’expliquent alors par une perte de confiance dans la monnaie (peut que le lendemain elle permette d’acheter moins que lorsqu’on l’a reçue la veille, peur qu’elle ne soit pas acceptée, etc), perte de confiance qui se traduit par une augmentation des prix pour compenser l’incertitude.

    Je tiens à signaler également que la création monétaire n’est pas réservée aux banques centrales, toutes les banques créent de la monnaie via le crédit notamment. J’ajoute au passage que contrairement à l’idée communément admise, la monnaie créée par les banques privées n’est pas déterminée par la base monétaire créée par les banques centrales (c’est ce qu’on appelle le multiplicateur monétaire). Là encore c’est la relation inverse qui prévaut comme l’ont montré empiriquement Kydland et Prescott, la variation de la base monétaire accompagne et même suit la variation de la monnaie créée par les banques privées. Il faut bien comprendre que la création monétaire est nécessaire à l’existence du profit, c’est ce que démontrent les circuitistes notamment Minsky ou Kalecki ou encore des auteurs comme Marx, Schumpeter ou Keynes. En gros la création monétaire est la contrepartie, l’anticipation du profit.

    Je suis également gêné lorsque vous dites que la monnaie émerge de « la coopération volontaire des individus ». Tout dépend de ce que vous entendez par là, mais il me semble qu’en tous les cas la monnaie n’est pas de nature contractuelle. Elle est l’objet d’un contrat mais elle-même ne naît pas d’un contrat. Elle est bien plutôt de nature sociale, collective. Originellement, elle ne s’impose pas parce que chacun la désire mais parce que chacun estime que c’est ce que ce sera accepté et désiré par les autres. La nature de la monnaie est profondément mimétique, ce n’est donc pas tant la volonté individuelle qui la fait émerger mais la volonté du groupe, on désire la monnaie parce qu’elle est désirée par les autres et non pas pour le bien qu’elle est. Ce qui explique pourquoi la monnaie n’a aucune valeur d’usage, contrairement par exemple à un télescope pour reprendre un exemple issu de C. Menger (si on veut être très tatillon on peut tout de même estimer que les pièces de monnaie ont une valeur d’usage comme permettre de visser/dévisser une visse plate, les billets peuvent permettre de faire du feu ou peuvent avoir une utilisation plus scatologique…).

    Enfin, les faits sont là. La courbe de Phillips, les travaux de Lucas (malgré lui, il a été obligé d’inventer le concept fumeux d’anticipations rationnelles) montrent bien une relation négative entre inflation et chômage (inflation importante est reliée à faible chômage). L’inflation est néfaste pour les rentiers mais pas pour ceux qui travaillent. C’est grâce à l’inflation des glorieuses que les ménages ont pu s’équiper, devenir propriétaire (à la condition d’avoir une indexation des salaires).

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Le monstre de l’inflation est sorti de son placard dans les pays occidentaux. Et pas sûr qu’il y retourne gentiment.

La dérive des prix a atteint 7 % l’an dernier aux États-Unis, du jamais vu depuis… 39 ans. En zone euro, elle est passé en douze mois de presque zéro à 5 %, un niveau atteint pour la dernière fois il y a trente ans sur le continent. La France est en retrait, à 2,8 %, mais sans doute plus pour longtemps.

Cette flambée est essentiellement la conséquence des restrictions imposées suites au covid. Les confinements, fe... Poursuivre la lecture

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L'habitude a été prise d'utiliser les deux expressions "hausse des prix" et "inflation" de  manière quasiment interchangeable. C'est une erreur.  

Les deux phénomènes se confondent lorsque la cause des hausses de prix observées est une inflation de la monnaie. Mais les hausses de prix que l'on observe peuvent ne rien  avoir avec la monnaie, et être liées à d'autres problèmes économiques de nature non  monétaire - comme par exemple l'emballement des matières premières en 1950 lors du  déclenchement de la guerre de Corée, une réduction s... Poursuivre la lecture

Par Jp Cortez. Un article de la Foundation of Economic Education

Les sombres photos et vidéos qui ont été diffusées en Afghanistan cette année ont poussé de nombreuses personnes à se demander si ce conflit de 20 ans en valait la peine.

Selon Associated Press, jusqu'en avril, plus de 172 000 personnes (américaines et autres) sont mortes au cours de la guerre en Afghanistan. Le montant estimé des coûts directs de la guerre en Afghanistan et en Irak, que les États-Unis ont financés par la dette, est estimé à plus de 2000 milliards ... Poursuivre la lecture

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