Syrie, quatre ans de conflits

La Syrie actuelle est un pays éclaté, dans lequel chaque région est contrôlée par un groupe différent. État des lieux des conflits.

Par Cassandre Lebouc 

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La Syrie actuelle est un pays éclaté, dans lequel chaque région est contrôlée par un groupe différent, de manière totalement anarchique.

La guerre a déjà fait plus de 240 000 morts et forcé 12 millions de Syriens à quitter leur foyer. La situation humanitaire est catastrophique, tandis que l’économie est à l’arrêt. Les intérêts en jeu sont significatifs. Le conflit semble insoluble. Voici un état des lieux.

La complexité des conflits

La situation en Syrie a beaucoup évolué depuis le début des conflits en mars 2011. À l’époque le régime de Bachar Al-Assad luttait contre les rebelles dans certaines régions de la Syrie. Peu à peu, des groupes extérieurs ont profité des affrontements en cours et instrumentalisé un conflit initialement interne. La guerre s’est donc fortement complexifiée pour regrouper aujourd’hui huit principaux conflits.

Un premier front oppose Bachar Al-Assad, soutenu par l’armée syrienne, le Hezbollah libanais, des milices chiites iraniennes, les gouvernements russe et iranien, aux forces rebelles du régime, brigades majoritairement islamistes, soutenues par les États-Unis, l’Arabie Saoudite, le Qatar et la Turquie. Les affrontements se déroulent dans les régions d’Alep, de Deraa, de Damas et à la frontière libanaise.

Sur le deuxième front, les rebelles, aidés par les bombardements de la coalition internationale (conduite par les États-Unis), combattent l’État islamique (Daech) dirigé par Abou Bakr Al-Baghdadi. Les rebelles ont attaqué les bases de l’État islamique dans les régions de Hama, Idlib et Alep, qui s’est alors retranché dans sa nouvelle capitale, Rakka.

L’État islamique (EI) combat aussi l’armée syrienne, afin d’étendre son pouvoir dans cette région. En retour, le gouvernement syrien bombarde les bases de l’EI pour gagner les faveurs des occidentaux qui le combattent activement.

@Karybdamoid (Institute for United Conflict Analysts) - 9 août 2015

 

Sur un quatrième front, l’EI s’oppose aux Kurdes, soutenus par les Américains et des rebelles modérés. Dans ce conflit, les intérêts sont primordiaux car les combats ont lieu dans des zones stratégiques du nord-est de la Syrie (en raison de la production d’armes et de pétrole).

Un autre acteur, le Front Al-nosra, la branche syrienne d’Al-Qaida, affronte l’EI dans un combat hégémonique pour le contrôle de la Syrie. Les deux opposants sont des forces islamistes, mais l’État islamique d’Abou Bakr Al-Baghdadi a rompu avec Al-Qaida dans les années 2000. Ici aussi, des intérêts pétroliers sont en jeu.

En revanche, ces deux protagonistes sont alliés dans le front contre le Hezbollah à la frontière libanaise. Le Hezbollah chiite lutte effectivement contre les djihadistes pour préserver ses intérêts.

L’État islamique est également impliqué dans un septième conflit avec des tribus de l’est de la Syrie qui contrôlent les nombreuses ressources pétrolières de la région. Le conflit a débuté avec l’exécution par Daech de plusieurs dizaines de dirigeants de ces tribus.

Enfin, le dernier front oppose le Front Al-Nosra, qui a l’intention de contrôler de vastes territoires, aux rebelles modérés soutenus par les États-Unis. Les affrontements se déroulent dans l’ouest du pays.

La question de l’intervention occidentale

Il est très difficile pour les Occidentaux de choisir quels groupes combattre, car lutter contre un camp, revient mécaniquement à rendre service à un autre. Toutefois, certains dirigeants européens souhaitent désormais négocier avec le régime afin d’associer le gouvernement syrien à la lutte contre l’État islamique.

La France qui ne souhaitait pas s’impliquer dans ce conflit pourrait changer d’avis, puisque François Hollande a annoncé dans sa conférence de presse du 7 septembre des vols de reconnaissance au-dessus de la Syrie pour envisager des frappes contre l’EI. Le Président évoque un enjeu de sécurité intérieure, en raison de la sérieuse menace sur le territoire national causée par les djihadistes formés en Syrie. Cependant, pour l’instant, il n’est pas question pour l’État français d’entrer dans la coalition internationale dirigée par les États-Unis.


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