Dépasser la démocratie (2)

démocratie périclès credits tim brauhn (licence creative commons)

Faut-il vraiment que la force aille au peuple ? Second épisode d’une petite réflexion intempestive de Philippe Bouchat.

Par Philippe Bouchat.

démocratie périclès credits tim brauhn (licence creative commons)
démocratie périclès credits tim brauhn (licence creative commons)

Cet article est la suite d’un premier article, consultable en ligne ici.

Lors de mon précédent article, j’avais conclu que la démocratie et l’autocratie se caractérisent comme étant des régimes politiques basés sur la contrainte imposée au peuple1. J’en avais alors tiré la leçon que la démocratie doit être dépassée pour fonder un nouveau régime politique fondé sur des valeurs et principes.

Concrètement, je vois 3 valeurs fondamentales et 3 principes d’actions essentiels, d’égale importance :

  • Valeur 1 – Responsabilité : polysémique à souhait – comme toutes les valeurs déclinées ci-après –, je vois la responsabilité comme étant le devoir de ne pas être à charge d’autrui. Ainsi, en tant que citoyen responsable, je fais le maximum pour ne pas commettre de dommages à autrui qui lui procurerait une créance à mon encontre ; en tant qu’allocataire social, je ne me contente pas de percevoir passivement des aides financières et je mets tout en œuvre (pro)activement pour quitter au plus vite le filet de sécurité que constitue la protection sociale ; en tant que réfugié, je fais les efforts nécessaires pour m’assimiler (apprentissage de la langue, culture, Histoire, patrimoine, etc.) et ne pas dépendre de la collectivité accueillante ; en tant que responsables politiques, je vise à l’indépendance de mon pays (énergétique, militaire, etc.) ; etc.
  • Valeur 2 – Solidarité : indissolublement liée à la valeur Responsabilité, la Solidarité c’est aider autrui à être responsable, à ne pas dépendre d’autrui. La Solidarité ainsi bien comprise, s’appuie d’abord sur la prévention (éviter qu’autrui ne dépende d’un autre) et ensuite sur l’aide sociale (rétablir une personne dépendante dans son état d’indépendance, de responsabilité. Ainsi, être solidaire avec les migrants, c’est d’abord tout mettre en œuvre pour qu’ils demeurent dans leurs pays respectifs (via des politiques concomitantes de rétablissement de la paix qui passe inévitablement par l’envoi de troupes au sol, et de coopération au développement), puis les accueillir en s’assurant de leur intégration (apprentissage obligatoire de la langue, formation conforme aux besoins des entreprises, etc.). Autre exemple : financer l’accès aux droits fondamentaux via la demande de services (càd en octroyant un montant au citoyen qui choisira, de manière autonome, de recourir à tel marché) plutôt que via l’offre de services comme actuellement. 
  • Valeur 3 – Liberté : j’entends par ‘liberté’ la faculté – et en certain sens l’obligation même – de développer ses capacités personnelles2. Les chrétiens ont un beau mot pour cela : charisme. Le charisme, c’est un don que nous avons reçu de l’Esprit3 et que nous devons mettre au service de l’Eglise. Personne ne doit être empêché de faire fructifier son don et d’en vivre en le mettant au service d’autrui. Voilà pourquoi l’Etat doit intervenir avec le plus de parcimonie possible dans les sphères de l’économie et du travail.

 

  • Principe d’action 1 – Subsidiarité : ce principe bien connu est le corollaire du précédent et consiste en l’obligation d’agir par priorité au niveau le plus proche de l’individu quand cela est possible et souhaitable ou, pour le dire autrement, ce principe consiste en l’interdiction pour un niveau de pouvoir supérieur d’intervenir si son intervention n’apporte aucune plus-value par rapport au niveau inférieur 
  • Principe d’action 2 – Consensus sur dissensus : comme il ne peut plus y avoir de dictature d’un seul (autocratie) ou d’une multitude (démocratie), il convient que la nécessaire prise de décision légitime à la fois les opinions divergentes (dissensus) et la solution qui a finalement émergé de ces opinions divergentes et à laquelle tous se rallient in fine (consensus). Le consensus se distingue du vote majoritaire en ce que la minorité est respectée et qu’elle soutient la solution retenue (souvent mais pas exclusivement un compromis), même si elle n’est pas d’accord initialement avec cette solution. 
  • Principe d’action 3 – Caractère itératif, évolutif des décisions : une solution fixée par consensus est toujours provisoire, car à la dictature de la contrainte, on ne peut ajouter la dictature du temps. Si le contexte et/ou les enjeux changent, alors la solution doit pouvoir être amendée, voire remplacée facilement et rapidement.

Ces valeurs4 et principes d’action5 doivent faire l’objet de l’assentiment du peuple, car il s’agit de valeurs et principes qui constituent également le fondement de la cohésion sociale sans laquelle il n’y a pas de communauté de destins, de collectivité politique.

Pour obtenir cette adhésion populaire, je ne vois que la voie du referendum avec un double quorum de 75% (75% de votants et min.75% de votes favorables), pour s’assurer que la majorité absolue de la population (56,25% dans ce cas) soit favorable.  Cela confèrera aux valeurs et principes d’action une dimension constituante, voire constitutionnelle.

Dès lors que le peuple s’est ainsi massivement prononcé pour ces valeurs et principes d’action, ils entrent immédiatement en vigueur abrogeant ainsi de jure le régime démocratique, portant ainsi sur les fonts baptismaux un nouveau régime que je qualifie d’axiomatique, faute de mieux.

Voilà très (trop !) brièvement décrit ce nouveau régime que j’appelle de mes vœux. Dans le prochain et dernier article consacré au nécessaire dépassement de la démocratie, j’esquisserai les conséquences pratiques de ce nouveau régime.

  1.  Je ne m’étends pas ici sur la dichotomie “constructivistes – libéraux”.  Pour cela, j’invite le lecteur à se reporter aux excellents articles et commentaires publiés dans Contrepoints.
  2. En aucun cas, la liberté, chez moi, signifie la faculté de faire ce que je veux qui est plutôt la définition de la licence et non de la liberté authentique. Voir mon précédent article « Libre, oui ! Faire ce que je veux, non ! » paru également dans Contrepoints.
  3. Et la foi chrétienne professe que nous avons reçu TOUS un don, à charge pour nous de le découvrir.
  4.  Le lecteur attentif aura remarqué que je ne pose pas l’égalité comme valeur fondamentale. Pour moi, viser l’égalité (laquelle : formelle ? de résultats ? des chances ?) revient à faire entrer par la fenêtre le constructivisme, et son arme préférée qu’est la contrainte, que nous avons chassé par la porte ! La seule égalité qui n’engendre pas de contrainte à mes yeux est l’égalité de traitement (égalité procédurale), mais il s’agit plus d’une conséquence pratique des valeurs et principes d’action évoqués ci-dessus qu’une valeur fondamentale.
  5.  J’ai hésité à citer également un Droit moderne (simple, orienté ‘client’ et supplétif) comme principe d’action, mais il me semble après réflexion qu’il s’agisse plus d’une conséquence pratique. C’est donc dans mon prochain article  que j’évoque le Droit.