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Le Mur grec, de Nicolas Verdan

Publié le 12 septembre 2015
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Par Francis Richard.

Nicolas Verdan le mur grecUn mur de 13,5 km a été érigé il y aura bientôt trois ans sur la seule partie de frontière terrestre entre la Grèce et la Turquie. Sinon, la frontière entre les deux pays est matérialisée par le fleuve Evros. L’histoire que raconte Nicolas Verdan, dans Le Mur grec, se passe avant la construction de ce mur, à la fin de l’année 2010 et au début de l’année 2011.

Cette même année 2010, la Grèce connaît un premier pic de crise économique dû au surendettement de l’État grec, à son fort déficit budgétaire et à son administration pléthorique. Tous éléments fauteurs de corruption, laquelle n’est ni de droite ni de gauche. Comme le disait le philosophe anglais, Lord Acton :

« Le pouvoir corrompt. Le pouvoir absolu corrompt absolument. »

Le roman de Nicolas Verdan est au fond un prétexte pour décrire ce contexte de crise, à laquelle, à l’époque, s’ajoute la volonté du gouvernement grec de dresser un mur pour contenir les flux migratoires qui ne cessent d’enfler en provenance de la Turquie. Le livre est donc doublement d’actualité…

Ce roman est aussi un roman policier. À proximité du fleuve Evros, près d’un bordel qui porte en lettres roses le nom d’Éros, une tête sans corps est retrouvée. Le prologue indique au lecteur qu’elle a été coupée à la hache lors d’une lutte confuse qui a mis aux prises une femme, qui s’avérera être une prostituée russe, et deux hommes.

L’enquête est confiée à Agent Evangelos, un policier athénien, dépêché sur place par sa hiérarchie. Il apparaît très vite que cette dernière ne lui demande pas tant d’éclaircir le crime que de faire en sorte que le financement du mur par l’Union européenne, que celle-ci refuse encore, ne soit pas compromis.

Or un des deux hommes du prologue, celui dont la tête est restée sur les épaules, est venu bousculer les intérêts financiers d’une personne, qui est de connivence avec des hommes politiques grecs de tous bords. Cette personne a fait une proposition hors de prix pour cette construction, défiant donc curieusement toute concurrence.

L’intrus de l’affaire, Nicholaus (Nikos) Strom, Allemand de mère grecque, représentant de commerce, fort de réalisations de murs précédentes, en partenariat avec une société israélienne, a en effet fait une proposition pour construire le mur à la moitié du prix de la proposition officielle, que cette personne d’influence réussit tout de même à faire accepter…

Ce roman serait bien noir, et sordide, si l’auteur ne parlait pas, récit faisant, de la Grèce qu’il aime :

Le temps va au beau. Au nord de la plaine centrale de l’Attique, cette immense brouette chargée d’éclats de marbres, le crâne chauve du Pentélique révèle sa face orientale au soleil.

De l’amour qu’Evangelos porte à sa fille qui fait de lui un grand-père en mettant au monde une fille :

Aussitôt parvenu à l’étage des nouveau-nés, Agent Evangelos se pose derrière un pilier, tout au fond, loin des ascenseurs. Andromède lui a envoyé un texto pour lui dire que sa mère était encore dans la chambre, avec son compagnon.

Des amours, même mortes, de Christina et de Nikos :

Christina buvait ses paroles et elle était surprise de s’y retrouver. Il n’y avait que Nikos qui parlait. Elle déjà, à sa manière, se taisait. Mais elle devait sourire et lui, il lisait dans son sourire à elle le seul langage qui alors comptait.

Le gouvernement grec obtiendra-t-il que l’Europe finance le Mur, dont la manne ne sera alors pas perdue pour tout le monde ?

Telle est la question à laquelle répond le livre de Nicolas Verdan, qui imagine un scénario machiavélique et vraisemblable. Ne sortent pas grandis de cette histoire les politiciens grecs, les hauts fonctionnaires du pays et, même, des gardes-frontières de la Frontex, l’Agence européenne chargée de la surveillance des frontières extérieures de l’Europe…

  • Nicolas Verdan, Le Mur grec, Bernard Campiche Éditeur, 256 pages.

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