Science, Technology, & Government, de Murray Rothbard

Sur un plaidoyer de Rothbard en faveur de la privatisation de la recherche scientifique.

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Science, Technology, & Government, de Murray Rothbard

Publié le 5 septembre 2015
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Par Louis Rouanet.
Un article de l’Institut Coppet

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Murray Rothbard est incontestablement l’un des économistes les plus prolifiques du XXème siècle et beaucoup d’intellectuels aimeraient être aussi productif qu’un Murray Rothbard six pieds sous terre. En effet, malgré son décès précoce en 1995, ses oeuvres posthumes continuent à se multiplier. Cette année, un nouvel article inédit de Rothbard, écrit en 1959, a été publié par le Ludwig von Mises Institute. Cette monographie, nommée Science, Technology, & Government, répond à l’objection selon laquelle seul le gouvernement, dans une société moderne, est capable d’assurer un niveau de développement scientifique et technologique socialement bénéfique.

Rothbard écrivit cette monographie au moment où le développement de la science, avec la lancée du satellite Spoutnik, était reconnu comme un succès incontestable de régimes communistes. À cette époque, un économiste comme J.K. Galbraith affirmait que seul l’État pouvait s’occuper de la recherche scientifique de manière satisfaisante. Rothbard remet en cause ces postulats qui, encore aujourd’hui, constituent la pensée dominante.

Il commence son raisonnement par une question fondamentale : comment décide-t-on de la quantité de ressources allouée à la recherche scientifique ? Plus on dépense pour cela, moins on peut dépenser pour satisfaire d’autres besoins. La décision devrait donc être laissée à la discrétion des acteurs sur le marché libre plutôt qu’au gouvernement.

Mais Rothbard va bien plus loin. Il passe en revue les recherches scientifiques empiriques de son temps les plus récentes et les analyse à l’aide de la théorie économique. Par exemple, il montre que contrairement à un argument populaire, il n’y a pas de pénurie de scientifiques. Les salaires des ingénieurs entre 1939 et 1959, dit-il, ont diminué relativement aux salaires du reste de la population. Comment, dès lors, peut-on parler de pénurie ? De même, il montre que la recherche dans le nucléaire était complètement privée avant 1940. Ceci permit des avancées nécessaires pour le développement de cette technologie. Le gouvernement, inversement, dévoya la technologie nucléaire vers des usages militaires ne bénéficiant pas au consommateur. De plus, le secret qui entourait le développement du nucléaire, nous montre Rothbard, fut susceptible de freiner les améliorations de cette technologie.

L’étude que mène Rothbard est une véritable réhabilitation de l’inventeur individuel, cet « esprit libre et non dirigé  », à une époque où le planisme, le dirigisme et la centralisation gagnaient en popularité. Rothbard montre, en utilisant de nombreuses études et témoignages d’inventeurs, que la science a profondément besoin de liberté. Supprimer les entraves aux facultés humaines est le meilleur moyen d’assurer un développement technologique intensif. Il montre également que les découvertes scientifiques sont des productions très incertaines et par conséquent très peu adaptées à la planification. Mais même si les découvertes scientifiques pouvaient être planifiées, l’absence d’un système de prix propre aux économies de marché et permettant le calcul économique rationnel rendrait impossible le calcul des coûts et des avantages de telle ou telle technologie. Enfin, la planification amène à la politisation de la science. L’affaire Lyssenko en URSS est en cela révélatrice. Murray Rothbard souligne : « Le pouvoir, et sa promotion avec le développement d’une idéologie du pouvoir, devient l’objectif social le plus élevé, devant lequel toute vérité, toute intégrité, doit se soumettre. » (p.72)

La meilleure politique que puisse mener l’État est une politique de liberté permettant aux inventeurs individuels de prospérer.

Les arguments développés par Rothbard s’appliquent parfaitement au cas français. Il est par exemple fréquent que les grands projets industriels des années 1970, comme le Concorde, soient qualifiés de succès scientifiques et techniques. Aujourd’hui, la même rhétorique est utilisée pour justifier le financement public du TGV ou des centrales nucléaires. Mais sur quels critères ces projets sont-ils évalués ? Les ressources humaines et matérielles utilisées pour les développer n’auraient-elles pas pu être mieux utilisées pour répondre aux besoins les plus urgents des consommateurs ? De plus, qui peut affirmer que les individus ne préfèrent pas une plus grande consommation présente à une innovation future ? Pour qualifier de « succès » la recherche scientifique dirigée par l’État, il faut faire des jugements de valeur arbitraires sur les préférences des consommateurs, le coût d’opportunité des projets entrepris… Aussi merveilleuse que puisse être une innovation, elle ne peut être qualifiée de succès que si elle est évaluée comme utile, et donc utilisée, sur le marché libre.

De même, la France connaît une politisation de la recherche. Pensez donc au gouvernement, qui, dans les années 1990, envisageait d’interdire internet pour créer un internet « national ». Pensez aussi au minitel, encensé par les politiciens comme « réussite nationale » malgré son échec commercial.

Certains accusent Rothbard et les économistes autrichiens de ne pas s’intéresser aux études empiriques et de ne se consacrer qu’aux considérations d’ordre théorique. Une fois de plus, Rothbard nous démontre que c’est faux. Dans Science, Technology, & Government, Rothbard manie avec brio les illustrations empiriques, les arguments praxéologiques et l’analyse sociologique pour étudier le secteur de la R&D. Puisse cette monographie, courte mais plein de pistes de réflexion, développer l’intérêt des lecteurs pour l’étude de la science et de sa relation, souvent malheureuse, avec l’État.

 

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  • Dans le cas d’ une recherche étatique qui bloque des ressources sur certains projets en en enterrant d’ autres, il est possible de trouver l’ aérotrain dont les premiers développements étaient prometteurs, complètement abandonné au profit du TGV. Si techniquement le TGV est une réussite, il n’a en revanche ébloui personne commercialement de par l’obligation de construire de nouvelles voies ferrées rien que pour lui et par le fait qu’il s’est immédiatement heurté à la concurrence allemande ou japonaise…

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