Immigration : l’Allemagne prend l’initiative

Girouette-Olibac (Creative common)

L’Allemagne ouvre une brèche dans le dispositif européen des demandes d’asile.

Par Anthony Végat

Girouette-Olibac (Creative common)
Girouette-Olibac (Creative common)

Comme elle le fait en matière économique, l’Allemagne montre le chemin en Europe en matière d’immigration, en commençant à déverrouiller un dispositif européen inadapté à la gestion des demandes d’asile.

Selon les accords de Dublin, lorsqu’un migrant arrive en Europe, c’est le pays dans lequel il pose le premier pied qui doit prendre en charge sa demande d’asile. Or, ces pays, à la frontière de l’Europe – Grèce et Italie en tête – ne sont pas en général la destination cible des migrants, mais seulement une étape vers des pays plus au nord comme l’Autriche, l’Allemagne, le Royaume-Uni.

En effet, en tant qu’individus rationnels, les migrants privilégient les pays les plus dynamiques économiquement, là où ils ont davantage de chance de trouver du travail et de s’établir. Ces accords de Dublin, actuellement en vigueur, conduisent à une situation totalement contre-productive, puisqu’ils contiennent artificiellement les migrants dans les pays du sud de l’Europe, alors que ce sont bien les pays du nord qui auraient davantage besoin de cet apport de population.

Lorsque malgré tout, les migrants parviennent à rejoindre leur pays cible, par exemple l’Autriche, ils sont renvoyés dans le premier pays d’arrivée, par exemple la Grèce, avec toutes les vicissitudes qui découlent de ces mouvements pendulaires : utilisation de la force, séparation des familles, allongement drastique des délais d’étude de la demande.

Ce verrouillage politique de la gestion des demandes d’asile prétend « protéger » les pays plus au nord de l’arrivée des migrants et ainsi contenter leurs poches électorales xénophobes. Pourtant, dans leur grande majorité, les Européens se montrent accueillants. À titre d’exemple, un dernier sondage, de la chaîne ZDF en Allemagne en date du 21 août, montrait que 60% des Allemands estimaient leur pays capable d’accueillir ces réfugiés.

C’est donc l’Allemagne qui a su ouvrir la première une brèche dans ce dispositif européen kafkaïen, en décidant de son propre chef de ne plus renvoyer un seul demandeur d’asile syrien dans le pays d’arrivée en Europe. Il s’agit d’une petite avancée, puisqu’elle ne concerne que les syriens, mais c’est un pas supplémentaire vers une régulation plus libre et plus cohérente de l’immigration. Les toutes prochaines étapes pourraient consister d’abord à généraliser cette mesure à toutes les nationalités d’origine, car il paraît difficile de hiérarchiser les motifs de demande d’asile : est-ce qu’il est plus légitime de faciliter l’accueil d’un individu menacé issu d’un pays en guerre comme la Syrie plutôt que d’un pays totalitaire comme l’Érythrée ou encore d’un pays en état d’implosion comme la Libye ? Il s’agirait également de transposer ce dispositif à toute l’Union Européenne : ce serait le pays souhaité par le réfugié et non le pays d’arrivée en Europe qui étudierait la demande d’asile. Cette ouverture européenne à l’asile politique aurait vocation ensuite à s’étendre à l’immigration économique.


Avertissement de modération : Les commentaires à caractère xénophobe ou raciste ne sont pas tolérés sur Contrepoints et déclencheront des bannissements.