Le Kenya abuse dangereusement des emprunts

Les emprunts contractés par le Kenya ne servent pas toujours la population kenyane.

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Le Kenya abuse dangereusement des emprunts

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 30 août 2015
- A +

Par David Barissa, analyste pour Africanexecutives.

Kenyan flag-tyler spague (Creative Common)
Kenyan flag-tyler spague (Creative Common)

Il ne serait pas sage de planifier l’alimentation de votre famille sur la base de ce que vous allez trouver dans le grenier de vos voisins. Malheureusement, c’est le chemin que nos dirigeants ont choisi d’emprunter. L’endettement n’est pas mauvais en soi, mais il doit être fait avec beaucoup de prudence. Il est inquiétant de constater qu’au bout de deux ans, le gouvernement kenyan a emprunté 874,5 milliards de Shellings (Sh), plus que ce que le régime prédécesseur a emprunté (738 milliards Sh) durant son dernier mandat (5 ans).

Notons que l’appétit du gouvernement pour les emprunts extérieurs ne régresse pas, puisque d’autres plans d’emprunt sont prévus dans le budget actuel, soit 569 milliards sh. Un enfant né au Kenya aujourd’hui va porter sur ses épaules un fardeau de la dette estimé à 62 000 sh. Si l’endettement actuel se poursuit, cette charge est susceptible de monter à 71 000 sh en 2016, en supposant une population moyenne de 42 millions. Qui va payer la note ?

Financer des projets de méga-infrastructures est la raison officielle des emprunts, mais la vérité est que tout n’est pas investi dans des projets constructifs pour les Kenyans. Un part des sommes finit par se retrouver dans les poches de quelques individus corrompus, dont certains sont farouchement couverts par le système. Avec un corps anti-corruption avorté soumis à l’exécutif comme au législatif, les Kenyans peuvent s’attendre à plusieurs scandales de corruption puisque les dirigeants actuels pratiquent la connivence pour amasser des ressources en préparation des élections générales de 2017.

Avec une masse salariale galopante et insoutenable dans la fonction publique couplée à une forte inflation, on se serait attendu à ce que nos gestionnaires soient vigilants quant à la rationalisation des dépenses qui aideront notre économie à rester sur une trajectoire de croissance soutenue. Au contraire, les députés sont en train de réclamer un salaire et des avantages sociaux plus élevés, se montant à 1,99 million Sh par mois, plus que ce que le président gagne actuellement, soit 1,7 million Sh. Le rapport de l’inspecteur général a indiqué que la majeure partie de l’argent alloué aux comtés a été consacrée à des dépenses non admissibles, tels que le financement de nombreux voyages « inutiles » à l’étranger. Cette avidité de la fonction publique explique la course à l’endettement, et mérite la condamnation la plus vive de la part de tous les citoyens patriotes. Pas étonnant ces derniers temps que le shilling ait continuellement perdu de sa valeur par rapport au dollar et à la livre.

Le FMI et la Banque mondiale ont récemment agité le drapeau rouge au sujet de la dette du Kenya, avertissant que le pays doit trouver des alternatives pour le financement de ses infrastructures. La charge de la dette au Kenya a franchi la barre de 50% du PIB atteignant 2,11 milliards Sh, soit 57 % du PIB à fin de décembre 2013. Les institutions de Bretton Woods recommandent que le ratio de la dette soit maintenu en deçà de 50% du PIB, un conseil qui ne semble pas arriver aux oreilles l’administration actuelle. Dans des transactions qui pourraient facilement être qualifiées de commerce par troc moderne, certains pays africains ont récemment signé des conventions avec des économies développées comme la Chine, pour financer de grands projets d’infrastructure en échange de l’exploitation de leurs riches ressources minérales. Il ne serait pas étonnant que la relation apparemment étroite entre le Kenya et la Chine s’inscrive dans ce nouveau paradigme.

En conclusion, un père qui ne peut pas enseigner à sa famille comment vivre selon ses moyens constitue non seulement un échec, mais une honte pour la société. Le Kenya n’est pas un pays pauvre, mais un pays riche avec des millions de personnes condamnées à vivre dans la pauvreté et l’exclusion à cause de l’égoïsme des dirigeants. Nous devons oser dire la vérité à nos décideurs : leurs choix et leurs décisions ont des conséquences très graves. N’est-il pas temps que les citoyens de ce pays se lèvent pour interpeller le gouvernement sur les décisions de ses choix politiques ?

Le Kenya doit marquer une pause en matière d’endettement et se débarrasser de tous ses gaspillages chroniques déguisés en dépenses récurrentes pour s’éloigner de cette trajectoire dangereuse. Et pour ce faire, le président doit en rendre compte aux citoyens.

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  • Les emprunts de la France ont-ils tous profités aux Français ??

    • A certains plus que d’autres…
      En tout cas, c’est vrai qu’en changeant le mot Kenya par France dans l’article, les modifications à faire dans le texte sont minimes.

  • Les commentaires sont fermés.

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