Sociologue dans les sciences n’est que ruine de l’homme

Qu’est-ce que la sociologie a à dire sur les sciences ?

Par Michel Gay1
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Wooden sculputre of genetics science credits Epsos. de (CC BY 2.0)
Wooden sculpture of genetics science credits Epsos. de (CC BY 2.0)

Des sociologues veulent imposer les sciences humaines et sociales (SHS) en tant que « source de transformation2 » dans les disciplines scientifiques. Quel en est l’intérêt pour la science et pour les Français ?

Selon Sandra Laugier qui a dirigé l’École doctorale de Sciences Humaines et Sociales « les SHS cherchent à conquérir une forme d’égalité, à faire comprendre que le point de vue du chercheur en SHS sur l’environnement, les nanotechnologies ou la biologie synthétique par exemple, est tout aussi pertinent et valable que celui du chercheur en physique ou en biologie ». 

Or, les SHS posent un problème de fond :

  • quand elles se positionnent dans un rapport de pouvoir, et non de complémentarité,
  • quand elles font irruption dans des disciplines dont elles nient les lois et les méthodes,
  • quand elles ont la volonté d’imposer leur point de vue aux scientifiques.

En effet, certains sociologues se définissent en réaction contre la modernité et, souvent, les participants à des colloques ou les auteurs de publication appartiennent à la même chapelle. Les travaux sont fondés sur une base idéologique à laquelle nul ne peut se soustraire s’il souhaite publier, soutenir une thèse ou obtenir un poste3.

L’idée est que les experts des SHS, mais aussi les « profanes » dans les associations, doivent pouvoir apporter une valeur ajoutée en jouant un rôle d’observateurs critiques. Les scientifiques ne posséderaient pas les compétences pour rendre leurs travaux « acceptables » par la population. Leur supériorité supposée serait perçue par le public comme une arrogance qui viendrait d’un savoir que les autres n’ont pas. Des « approches participatives » ont donc été développées qui ont échoué4 lorsqu’elles ont été mises en pratique.

Le comportement, parfois quasi-sectaire, de certains sociologues aboutit à un rejet de toute critique venant de scientifiques (parfois qualifiés de « scientistes ») qui veulent respecter la méthode scientifique et distinguer le vrai du faux5. Ils installent une controverse qui s’érige en outil6 d’une « démocratie technique ». Elle consiste à organiser une soi-disant société civile de citoyens pour décider des choix de politique scientifique. Elles permettent aux différents avis de s’exprimer, mais alors… tout se vaut ! Et une compétence professionnelle de plusieurs dizaines d’années d’un scientifique ne pèsera pas plus lourd que l’opinion d’un simple citoyen qui découvre le sujet… Toutes les parties prenantes peuvent se positionner à égalité avec les experts et deviennent donc aussi légitimes qu’eux, y compris pour dénigrer la science…

Cependant, les Français n’ont généralement pas le temps, ni le goût, ni la motivation pour débattre. Dans les faits, cette société est donc constituée majoritairement par des militants associatifs qui s’autoproclament leurs représentants. Ils se définissent comme « parties prenantes » ou « lanceurs d’alerte » pour imposer des interdictions. Le risque est toujours considéré en soi, indépendamment du bénéfice. Dans Le principe responsabilité », Hans Jonas vante « l’heuristique de la peur » pour enseigner aux citoyens la crainte du risque. Les élus étant rarement présents dans ces organisations, le lobbying pour des intérêts privés et le militantisme y supplantent de plus en plus la démocratie représentative.

Ainsi le sociologue Yannick Barthe déclare : «… le traitement symétrique des savoirs experts et des savoirs profanes apparaît comme l’un des moyens de donner une forme concrète à la démocratie participative ». Pour Corinne Lepage (écologiste politique et avocate spécialisée dans l’environnement) : « des procédures d’enquêtes approfondies devraient être systématiquement organisées pour récolter tous les avis comme dans une salle d’audience ». On se rapproche du procès en sorcellerie de la science et les scientifiques ne seront pas en mesure de se faire entendre lors de débats de type « salle d’audience » d’une cour de justice.

À chaque fois que des sciences humaines teintées d’idéologie politique ou religieuse se sont immiscées dans la science, ce fut au détriment des libertés.

Or, de plus en plus de sociologues partisans tentent de mettre la main sur la science pour lui faire épouser une idéologie environnementaliste en utilisant la peur comme instrument. Les risques sont montés en épingle pour imposer l’idée que notre planète serait menacée… puis ils s’arrogent le devoir moral de la sauver !

La sociologue Annie Thébaud-Mony, par exemple, se présente dans la revue Sciences et Avenir n° 822 d’août 2015 comme directrice de recherche à l’INSERM, « spécialiste en santé publique», ce qui pour le lecteur non informé signifie « compétente en médecine et en biologie ». Dans un article tendancieux mêlant le vrai et le faux, elle présente comme établies de simples hypothèses sur les effets des rayonnements. En réalité, c’est une sociologue française de la santé, connue pour ses recherches militantes et son travail associatif sur les maladies professionnelles. Le nucléaire n’est pas sa seule cible. Elle dénonce régulièrement  une épidémie de cancers dans diverses revues des sciences sociales où elle a accumulé une abondante production littéraire. Elle propose des thèmes de recherche sur les cancers professionnels aux agences qui ont quelquefois la faiblesse de les financer. Il n’y a jamais eu la moindre démonstration scientifique des hypothèses qu’elle a formulées, ni la moindre méthode acceptable pour en vérifier la plausibilité. Elle semble convaincue de la théorie du complot qui place les toxicologues académiques dans la classe de profiteurs d’intérêts inavoués, ce qui fait d’elle une interlocutrice écoutée dans le monde des sciences sociales, fort friand de ces gourmandises.

Ainsi, non seulement les sciences humaines et sociales peuvent être préjudiciables à l’image de la science, mais une dérive militante idéologique, proche du « Lyssenkisme »7 comporte le risque bien réel d’une dévalorisation de l’esprit scientifique qui serait dangereuse pour la société.

  1. Inspiré par l’article de Marcel Kuntz sur le site :
    http://www.marcel-kuntz-ogm.fr/2015/03/volonte-mainmise-sur-science.html
  2.  Selon Sandra Laugier, membre du comité de pilotage de la Mission interdisciplinarité du CNRS qui s’exprime dans la lettre d’Athena de janvier 2015.
  3. Note de lecture AFIS sur le livre Plantes transgéniques : quelle évaluation éthique »
  4.  Article Controverses autour de la transgénèse végétale : des visions du monde différentes »de Marcel Kuntz.
  5. Article Why the postmodern attitude towards science should be denounced  ».
  6.  Livre Agir dans un monde incertain » de Michel Callon et coll.
  7. Lyssenkisme : métaphore utilisée pour dénoncer la manipulation ou la déformation de la méthode scientifique afin de soutenir une conclusion prédéterminée, souvent liée à un objectif social ou politique. « Comment Lyssenko a-t-il pu acquérir assez d’influence et de pouvoir pour subjuguer ses collègues, conquérir l’appui de la radio et de la presse, l’approbation du Comité central et de Staline en personne, au point qu’aujourd’hui tout ce qui s’en écarte est « irrévocablement banni » de la science soviétique ? (…) Tout cela est insensé, démesuré, invraisemblable. C’est vrai pourtant. Que s’est-il passé ? » (Jacques Monod, article du quotidien Combat, 19 septembre 1948). Le bilan de Lyssenko est accablant : « Apport scientifique nul, paralysie de la biologie et de l’agronomie soviétiques pendant près de trente ans, mise à l’écart et assassinats de savants mondialement réputés » (Joël et Dan Kotek, L’Affaire Lyssenko, p. 95).