Les jeunes libéraux américains de moins en moins conservateurs

Le fossé entre libéraux et conservateurs se creuse aux États-Unis.

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Ronald reagan credits Brett Tatman (CC BY-NC-SA 2.0)

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Les jeunes libéraux américains de moins en moins conservateurs

Publié le 13 août 2015
- A +

Par Emmanuel Bourgerie.

Le Cato Institute et la Heritage Foundation, deux organisations respectivement libérale (ou « libertarienne ») et conservatrice, ont organisé un événement où ils ont eu l’opportunité de débattre de nombreux sujets, et en guise de conclusion un sondage a été réalisé auprès des spectateurs sur ce qu’ils ont pensé du débat, et quelles sont leurs opinions personnelles sur les sujets abordés.

Ce sondage n’a certainement pas la prétention d’être une étude représentative quelconque, mais elle permet de dessiner des tendances nettes, et de mieux comprendre comment les jeunes libéraux se positionnent sur des sujets clés. L’enseignement que j’en retiens est que le fossé entre libéraux et conservateurs se creuse, et ce n’est pas une chose dont je vais me plaindre.

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Alors que les jeunes libéraux s’identifient toujours comme « proches » des idées des républicains (63%), seuls 43% d’entre eux ont voté pour Mitt Romney en 2012 face à Gary Johnson (19%) et Barack Obama (6%).

Une entente sur l’économie et les impôts…

Les proximités idéologiques se retrouvent (sans surprise) sur de nombreux points économiques.

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À plus de 90%, les deux groupes soutiennent la nécessité de donner plus de marge de manœuvre à l’économie de marché, l’idée que l’intervention de l’État produit plus de dégâts qu’il n’aide réellement, ainsi que le souhait de vivre dans une société où l’État prélève moins d’impôts et fournisse moins de services publics. Tous deux sont opposés à l’augmentation des impôts pour les ménages gagnant plus de 250.000$ par an.

Mais une fois que l’on s’aventure hors des questions économiques et fiscales, on observe de nets écarts sur des questions clés.

… mais un divorce religieux

Le graphique ci-dessous reprend trois questions hautement médiatisées ces dernières années, à savoir la promotion des valeurs traditionnelles, le mariage homosexuel et l’IVG. D’autres questions soulignent aussi un désaccord, comme le rejet unanime par les libéraux de plus de place accordée à la religion dans la politique (96% se disent opposés à cette idée contre 28% des conservateurs), ou la nécessité d’accepter les personnes qui ont des valeurs morales différentes (96% de soutien contre 54% des conservateurs).

D’ailleurs, plus de 40% des libéraux (pour 2% des conservateurs) déclarent ne pas avoir de religion, ce qui est un chiffre étonnamment élevé pour un groupe politique américain.

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Note : à peine plus de 53% des jeunes libéraux en faveur de la légalisation de l’IVG reste un pourcentage faible dans l’absolu. C’est un sujet qui partage aussi les démocrates américains, avec seulement 67% d’entre eux en faveur d’une légalisation.

Drogues et conflits raciaux

Sur la question des drogues les conservateurs restent partagés quant à la dépénalisation du cannabis ou la remise en question des peines planchers (cf. graphique à droite), là où les libéraux considèrent unanimement que les sentences vont trop loin et que les drogues, même la cocaïne, devraient être légalisées (même s’ils sont 54% à souhaiter un encadrement légal).

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Comme l’actualité l’a prouvé, les problèmes de drogue sont fortement liés aux problèmes raciaux, et les différences de dynamiques entre libéraux et conservateurs se confirment ici, notamment sur le slogan très emblématique de « Black Lives Matter ».

Ils sont seulement 13% (contre 68% des conservateurs) à penser que le système judiciaire traite de façon égale les noirs et les blancs, et 85% (contre 32%) à penser que les policiers sont plus prompts à faire usage de la force à l’encontre des noirs que des blancs.

Surveillance généralisée et interventions militaires

Encore un point de divergence très symbolique : Edward Snowden, qui a révélé les écoutes illégales de la NSA sur le reste de la population, est considéré comme « traite à la nation » par 83% des conservateurs, même si moins de 50% d’entre eux considèrent ces écoutes comme légitimes.

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Sans surprise, les libéraux sont pour une présence militaire décrue dans le monde, et les conservateurs voudraient au moins conserver le niveau d’intervention actuel.

De même, seule une minorité de libéraux (22% contre 85%) soutient l’intervention militaire à l’encontre d’ISIS, ils s’opposent unanimement (96% contre 56%) à la militarisation de la police américaine, et considèrent à 96% (contre 32%) que la défense devrait participer aux efforts de réduction du déficit budgétaire.

Immigration et libre-échange

Là encore, pas de réelle surprise. Les conservateurs restent très sceptiques sur l’idée de laisser entrer plus d’étrangers sur le sol américain, avec des idées… préconçues (restons polis) sur les Mexicains.
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Cependant, la différence n’est pas aussi nette sur les questions de libre-échange. Les libéraux restent cohérents, et sont sans exception en faveur d’un plus grand libre-échange : 93% d’entre eux affirment ne pas avoir d’état d’âme à acheter un produit moins cher produit à l’étranger, plutôt qu’un produit américain. En revanche, 37% des conservateurs préfèrent acheter local.

Conclusion

Comme je l’ai écrit précédemment, ce sondage montre que libéraux et conservateurs ne sont pas souvent sur la même longueur d’onde. Même s’ils ont de réels points d’accroche, ce sont deux philosophies politiques distinctes, et ce débat donne quelques éléments chiffrés pour l’illustrer.

Je suis personnellement globalement satisfait de ces résultats. L’ironie est que malgré un profil plus « jeune homme blanc diplômé », les libéraux sont bien plus en faveur des mesures qui feraient avancer la justice sociale.

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  • Je me sens très proche des jeunes libéraux US, sauf sur le combat contre l’État Islamique, qui est un fléau qu’on ne peut laisser en paix.

    Heureusement que les libéraux sont dans le GOP car cela influence très nettement le parti en faveur du libre échange.

    • waouh… faut aller casser la figure chez eux à ceux qui font pas comme nous.
      Ca doit être du libéral-interventionnisme.

      • Non, casser la gueule de ceux qui veulent se faire exploser chez nous en pleine rue pour imposer leur vision des choses. Eh oui, la réalité mon cher 🙂

        • Et leur donner de bonnes raisons de venir se faire exploser chez nous ?

          • Justement, leur casser la figure au point qu’ils seront trop affaiblis pour s’occuper d’autres choses que de leurs oignons 🙂

            • Selon certains chiffres, Daesh a une armée de 200.000 hommes, des chars, des avions de chasses… etc… et gouverne sur une population de 12.000.000 de personnes.

              C’est la première fois depuis très longtemps qu’un Etat se créé à partir de rien. Je trouve ça assez fascinant.

              En tout cas, cet Etat qui est entrain de se créer est pour moi plus légitime que tous les Etats fantoches créés au crayon par les Etat coloniaux en Afrique.

              Mais évidemment tout ça, c’est le résultat des guerres Etats-Uniennes et des pays coalisés, qui pensent que bombarder et réfléchir après marche encore contre les tactiques de guérilla.

              • Une intervention efficace et réelle contre Daesh passerait obligatoirement par un déploiement de troupes au sol. Étant dans la tranche d’âge mobilisable, je comprend parfaitement la position des Jeunes Libéraux. La connerie du retrait accéléré par Obama est un problème presque insoluble par les moyens militaires conventionnels.

  • Je ne sais pas pourquoi, mais cet article m’a fait plaisir.

  • Cela dit, ce n’est pas un mystère. Celui qui connait un peu la pensée libérale et l’histoire du libéralisme sait que c’est une idéologie de gauche, qui a été bousculé sur la droite par les socialistes en raison des positions économiques des libéraux, qui pourtant, encore une fois, sont des positions 20x plus cohérentes et de « gauche » que ne le sera jamais le collectivisme : libre association, free enterprise, libertés d’échanger et de circuler.

    • ah ok les libéraux ont une position économique de gauche mais la gauche les a poussés à droite et le collectivisme n’est pas de gauche ou alors il est de gauche mais pas cohérent… wah…

      Oubliez le débat gauche – droite

      • Bah en France en tout cas, la position très progressiste qu’arbore les libéraux américains serait perçue comme de gauche en France. Notamment la position sur le mariage gay, le cannabis et l’immigration.

        Je pense que cette position progressiste serait un atout pour un parti libéral français. Histoire d’éviter d’être assimilé aux vieux cons libéraux Etats-Uniens que la majorité des Français (et moi donc) a en horreur.

        • Bah en France en tout cas, la position très progressiste qu’arbore les libéraux américains serait perçue comme de gauche en France. Notamment la position sur le mariage gay, le cannabis et l’immigration.

          En fait…. pas du tout.

          Les trucs « de gauche » c’est que le gouvernement doit donner des droits aux gays pour qu’ils se marient. Que le gouvernement doit « légaliser » le cannabis, qu’il doit « favoriser l’immigration ».

          L position libérale c’est que le gouvernement n’a rien à faire dans ces domaines de la vie des gens. Donc que le mariage est une affaire privée. Que ça soit entre une femme et un homme ou un homme et un poney n’est pas un problème. Seule la filiation pourrait vaguement intéresser le gouvernement s’il y a taxation sur l’héritage. Mais c’est assez « limite ».

          Pareil pour la drogue, cannabis ou autre. Il ne s’agit pas pour le gouvernement de prendre par la main les drogués pour leur permettre d’avoir le suivi médical, le truc et le ça, mais tout simplement laisser les gens se détruire s’ils le veulent, tant que ça ne nuit pas aux autres. Donc pourchasser sans merci les drogués qui agressent des gens, ne pas se servir de la drogue comme circonstance atténuante, ne pas payer un centime pour les « réhabiliter » etc.

          Itou l’immigration. Certes, les gens doivent pouvoir s’installer là où ils le veulent. Mais les locaux (propriétaires de chez eux, après tout) peuvent très bien dire non. Discriminer tant qu’ils veulent, tenir des propos racistes, tant qu’il n’y a pas d’actes, c’est leur problème et celui des immigrés. De même les salaires doivent être libres, et le smic supprimé si l’on veut une immigration libre. Sinon c’est de l’arnaque…

          Bref, sur le papier ça peut sembler trois secondes « de gauche »… Sauf que très vite, ça n’a plus du tout l’air compatible. Peut-être, en fait, plus compatible même avec les positions « de droite » (même si, comme le sondage le montre, ça n’est pas super simple pour autant).

        • @Whoohoohoo : vous soulevez un vrai problème : la propagande anti US a été tellement radicale et efficace qu’elle a instillé une énorme quantité de mythes et de préjugés même chez les libéraux…

          Pour le Français moyen, le libéral US est une vraie caricature absolument pas « libéral » pour un sou (capitaliste, esclavagiste, puritain, etc…)

          A chaque fois que je sors des trucs qui contredisent ce mythe, du genre … ce sont les quakers qui ont été les fers de lance de l’abolition de l’esclavage … je risque de me faire lyncher.

          http://iipdigital.usembassy.gov/st/french/article/2008/11/20081128145658abretnuh0.6213343.html#axzz3iper2KA2

          • En même temps, les républicains et leur Donald Trump se font bien de la propagande anti-US tout seuls.

            • @whoohoohoo :

              Méfiez vous de la lunette déformante de la presse et de la politique Française.
              Le débat américain ne se porte pas sur les mêmes sujets que le débat Français.

              • Je sais pas, mais personnellement je trouve ce type au mieux drôle, au pire insupportable. La question que je me pose étant de savoir s’il se prend au sérieux.

                • Je ne suis pas sûr que pourrez un jour répondre à cette question.

                  Trump dit ce que les gens ont envie d’entendre.

  • C’est très amusant comme les tendances gauchistes de certains libéraux ressortent assez rapidement dans les interprétations. Ou est-ce du simple entrisme (« j’arrive chez les libéraux, je fait un peu d’agit-prop et hop, ni vu ni connu j’en fait des gauchistes comme moi, hé hé hé » -rire machiavélique) ?

    Le fait est que l’interprétation de ce « débat-sondage » est sujet à grande caution. Il en ressort en effet que sur certains points les « libertariens » ont une distribution d’opinions qui ne colle pas exactement à celle des « conservateurs ». Mais ils discutent, ils sont « liés » et on peut aussi lire que sur quasiment tous les points l’opinion d’un conservateur aurait pu être celle d’un libertarien et inversement, même si la tendance générale n’est pas exactement identique.

    L’auteur souligne l’IVG comme un truc genre « ah, ben même les libertariens sont pas aussi progressistes qu’ils le devraient ». On peut pourtant voir que même entre libéraux « extra convaincus » et avancés le sujet est très très loin d’être tranché sur le plan philosophique. Deux principes s’affrontent et selon le statut que chacun peut/veut donner à l’embryon (et pourtant la génétique y répond de façon claire, m’enfin, c’est pas le débat ici) la réponse va dans un sens ou dans un autre : non-agression vs. liberté sur mon corps. Et dans l’ensemble les philosophes/libéraux académiques s’étant penchés sur le sujet reconnaissent que ce n’est pas forcément terriblement clair, et que c’est souvent de toutes façons une solutions d’urgence, un expédient, pas un truc génial à promouvoir.

    Surtout, les libertariens se mêlent aux conservateurs au sein du GOP (et sont traqués comme des bêtes chez les « libéraux » du DP) et ont une influence sur eux. Qu’ils y soient et discutent de leurs différences avec les jeunes conservateurs est LA raison qui permet d’avoir des candidats comme les Paul père et fils relativement au premier plan alors qu’en France leur équivalent (qui n’existe en fait pas, mais disons Madelin pour la discussion) est marginalisé.

    A vouloir une pureté libérale parfaite, les libéraux français se sont condamnés à un statut de zombie. A se vouloir alliés/proches de la gauche ça serait pire : des zombies avaleurs de couleuvres permanents…

    • @Franz : absolument d’accord sur toute la ligne … le camembert du début de l’article et l’explication poussive sur le mode « le monde est sauvé » parce que 19% des « libertariens » ont votés pour le candidat libertarien officiel et 6% pour le candidat socialiste m’a bien fait rire.

  • Les commentaires sont fermés.

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