Libéral, conservateur et progressiste

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Edmund Burke (Atelier de Sir Joshua Reynolds, image libre de droits)

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Libéral, conservateur et progressiste

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 11 août 2015
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Par Marius-Joseph Marchetti.

Edmund Burke (Atelier de Sir Joshua Reynolds, image libre de droits)
Edmund Burke (Atelier de Sir Joshua Reynolds, image libre de droits)

Beaucoup de personnes s’agitent autour du concept de libéral-conservateur. Certaines diront que c’est antinomique, d’autres que l’alliance est essentielle.

Je répondrai : oui et oui. Laissez-moi m’expliquer.

Si on entend par conservateur quelqu’un qui défend une structure politique actuelle, un conservateur ne peut être libéral, car être conservateur, c’est défendre le jacobinisme, la planification du haut vers le bas, la volonté de transformer l’homme. Il n’y a donc rien de bien « libéral » dans tout cela. Dans ce sens un conservateur pourrait effectivement être libéral dans d’autres pays, comme aux États-Unis par exemple, où une personnalité comme Ayn Rand se qualifiait elle-même de « real conservative » (en opposition aux membres conservateurs de moins en moins respectueux de la Constitution).

« Un véritable conservateur, c’est quelqu’un qui vous explique que le gouvernement ne marche pas, qui est élu et qui prouve ainsi ses dires ! » Milton Friedman

Ainsi, un conservateur américain, dans un pays comme la France, serait au contraire un progressiste français (en termes d’innovation du système politique). Aucun libéral, qu’il se qualifie en parallèle de conservateur, ne peut tolérer le statu quo présent dans le pays. Il n’aspire donc pas au maintien des structures politiques seulement aptes à rassasier la volonté du pouvoir. Lord Acton disait que le libéralisme tendait vers ce qu’il devait être, sans égard pour ce qu’il est, et que les structures du passé n’étaient bonnes à conserver qu’à condition qu’elles soient conformes à la morale (comprendre conformes aux Droits Naturels). Les Droits Naturels (ou le principe d’utilité, pour les conséquentialistes) n’ayant jamais été défendus dans leur intégralité, il n’est pas difficile de comprendre qu’il n’y eut jamais de forme particulière de structure politique entièrement bonne à conserver.

« Le capitalisme n’est pas le système du passé, mais du futur. […] Ceux qui veulent lutter pour lui doivent abandonner le titre de ‘conservateurs’. Le ‘conservatisme’ a toujours été un nom portant à confusion, inappropriés aux États-Unis. Aujourd’hui, il n’y a plus rien à conserver : la philosophie politique établie, l’orthodoxie intellectuelle et le statu-quo sont le collectivisme. Ceux qui rejettent toutes les prémisses du collectivisme sont des radicaux. » Ayn Rand, 1960

conservateur liberal progressiste rené le honzecPhilippe Fabry sur son site historionomie nous explique parfaitement dans un billet portant sur les élections départementales du mois de mars que ce n’est pas la société qui s’est droitisée ou le Front National qui est de gauche, mais la gauche qui s’est droitisée : l’interventionnisme n’était pas un système à mettre en place, mais à conserver. Tous les partis français sont donc conservateurs, des frontistes aux socialistes, de Marine Le Pen à Gérard Filoche en passant par Éric Zemmour. Tous sont de droite, car tous sont jacobins et désireux de modeler l’homme.

« Aujourd’hui, les marxistes ne sont plus révolutionnaires, ni réformistes, ils sont conservateurs ou réactionnaires. Pour les lecteurs qui, malgré mes articles précédents, ont du mal à concevoir que les marxistes français soient au fond des conservateurs, ils en trouveront un bon exemple dans ‘Le suicide français’ d’Éric Zemmour. Dans les années 1960 et 1970, de nombreuses banlieues étaient tenues par le Parti communiste français, qui structurait la vie locale et les rapports sociaux, comme le faisait l’Église à la fin de l’Ancien Régime, et Éric Zemmour regrette ce temps ». Philippe Fabry

Qu’en est-il si nous interrogeons la définition de « conservateur » dans un autre domaine, celui par exemple des mœurs et coutumes ? Effectivement, le terme de libéral-conservateur peut se défendre, à une condition. Que la conviction personnelle n’interfère pas avec la philosophie politique de l’individu qu’est le libéralisme, c’est-à-dire qu’il ne s’agisse pas simplement de faire ce qui nous semble bon pour nous, car cela reviendrait à bafouer le principe des droits individuels inhérents à la philosophie libérale.

Un conservateur libéral est un conservateur qui serait à la fois capable de dire :

« oui, mes mœurs, mes valeurs, ne changent pas de celles de mes aïeux, et je les juge potentiellement supérieures aux vôtres d’un point de vue éthique » et « L’État manifeste une volonté d’empiétement  toujours plus forte et aboutie sur la vie privée, et l’imposition de mes valeurs à autrui par l’instrument coercitif ne ferait qu’accentuer cette tendance » Le conservateur libéral dira « L’homme est perfectible par une morale ancienne, mais rendre son application obligatoire c’est la vider de toute substance ».

Les libéraux-conservateurs seront ceux qui, à l’instar de leur ancêtre Edmund Burke, déclareront que « Les mauvaises lois sont la pire forme de tyrannie » 

« En tant que conservateur gay, je pense que si un boulanger dit par exemple ‘je suis chrétien, je ne crois pas au mariage gay’ il devrait avoir ce droit. Le couple gay, ou l’individu devrait dire d’accord, j’irai dépenser mon argent autre part » Ben Chapman

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  • « Tous sont de droite, car tous sont jacobins et désireux de modeler l’homme. »

    Tous type de société modèle l’individu de part son orientation et la pression sociale qui en découle.

    L’homme sera donc forcément modeler par la société où il vit, impossible d’y échapper. Droite, jacobin ou autres.

    Non ?

    • Je ne sus pas d’accord avec vous, mais vous avez raison.
      Mais j’ai trouvé une parade : je me définit comme un Anarchiste de droite !

      Cela n’existe pas, mais cette appellation à le mérite de résoudre tous les problèmes de localisation politiques.
      Ne pas se laisser modeler par notre environnement est n hélas, un travail de tous les jours.

    • Tout type de société modèle l’individu… C’est votre vision des choses. Soyez moins affirmatif dans vos conclusions. Qui plus est, tout dépend ce qu’on entend par modélisation de l’individu. Il y a une différence énorme entre « l’individu est modelé à travers les interactions qui a avec la société » et « l’individu est modelé par les prétentions constructivistes de certains individus » — à savoir, les jacobins. Je ne veux pas jouer les provocateurs, mais personnellement je ne sais pas ce que c’est une société. C’est quoi une société ? Je ne me sens pas modelé par la société. La société n’est pas un corps, n’est pas une personne. Si vous définissez la société comme un ensemble d’individus partageant un même territoire, alors je ne suis pas modelé par la société, mais par les individus qui coexistent sur le même territoire que moi. Et là encore, ça change la vision des choses. Ensuite, la pression sociale… C’est quoi la pression sociale ? N’est-ce pas quelque chose de bien subjectif que la « pression sociale » ? Ce n’est pas encore parce que mes choix obéissent à des paramètres extérieurs — et intérieurs —, que cela conditionne quoi que ce soit d’autre. À moins que vous considérez le devenir-homme comme déterminé par la société dans laquelle il vit ?

      • « À moins que vous considérez le devenir-homme comme déterminé par la société dans laquelle il vit ? »

        Je ne serais aussi catégorique. Comme dit sacapus on peut aussi essayer ne pas se laisser modeler, même si ça demande du travail.

        Mais prenez l’exemple de la France qui est devenue laïc et s’est séparée de l’église. Celà a engendré une augmentation de l’athéïsme, une baisse de la spiritualité et une primauté de la raison sur l’intuitif.

        En revanche si vous allez en Inde, les gens auront du mal à croire et à comprendre que vous ne croyez en un Dieu. Là bas le spirituel est important et le ressenti est loin d’être négligé par rapport à la raison.

        Donc au final j’y vois quand même une grande influence. Serions nous le même si l’on était né dans un pays radicalement différent du notre ?

        • René Le Honzec
          12 août 2015 at 0 h 55 min

          Vu que je suis le fils de Papa et Maman, je ne peux être né ailleurs, d’un autre Papa et d’une autre Maman. On appelle cela de la génétique.

  • Un article intéressant à lire en complément sur le site Center For a Stateless Society : https://c4ss.org/content/39598

  • Stéphane Boulots
    11 août 2015 at 15 h 10 min

    Cette querelle sur la définition du libéralisme droite, gauche, centre, progressiste ou conservateur devient usante et clairement est un véritable nœud qui paralyse tout le libéralisme dans ce pays.

    Pour ma part, je pense que cela est du à la volonté intellectuelle de réaliser la quadrature du cercle, en d’autre terme, la réflexion repose sur des mauvaises bases et ne sortira jamais de son microcosme.

    Le libéralisme historiquement est intimement lié à la religion : la séparation des pouvoirs prescrite par Locke concerne pouvoir spirituel, moral et pouvoir politique, légal. Les Français (bien orientés par les légalistes, par Rousseau, par les courants anticléricaux) ont refusé cette vision et on séparé exécutif et législatif, on séparé l’action et le droit.

    C’est cette vision du libéral à la Française qui ne va pas : elle ne résout rien du tout, elle amplifie la scission droite, gauche : la droite s’imposant dans l’exécutif (l’action, le pragmatisme, la réal politique…) , la gauche dans le législatif (les principes, le progrès, les évolutions de société…)

    C’est l’intrusion de la morale dans la politique que combattent les « libéraux conservateurs », intrusion dont ne sont pas exclus nombre de mouvements libéraux « modernes » qui refusent de déléguer le magistère moral et qui ainsi, ne sortent pas de l’ambiguïté.

    Tant que les libéraux en France continueront de refuser d’égratigner le dogme socialiste de la laïcité, ils tourneront en rond pour trouver où on met la morale et la spiritualité dans leur édifice.

  • « Un conservateur libéral est un conservateur qui serait à la fois capable de dire : « oui, mes mœurs, mes valeurs, ne changent pas de celles de mes aïeux, et je les juge potentiellement supérieures aux vôtres d’un point de vue éthique » et « [je suis contre l’imposition de mes valeurs à autrui par l’État]»

    Mesdames et Messieurs, j’ai l’honneur de vous annoncer qu’il existe désormais mieux qu’un tel libéral-conservateur. Je vous présente en exclusivité mondiale le libéral-conservateur NON-HYPOCRITE !
    Vous allez être bluffés par son honnêteté. Écoutez-le donc :

    « Oui, les traditions, la religion, la famille, la nation, sont des choses très importantes pour moi, car elles me garantissent qu’une femme me soit réservée et qu’elle soit humiliée si jamais elle me trompe.»

    • et en face, le liberal-progressiste non hypocrite:

      la tradition c’est clairement moins cool que le lobby LGBT non?
      et puis cette femme qui congele ses enfants, elle fait ce qu’elle veut de son corps non? comment ca ils etaient plus dans son corps? c’est un detail ca mon brave.

      PS: on peut etre conservateur et respecter les femmes. si si.

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