Libéral, conservateur et progressiste

Edmund Burke (Atelier de Sir Joshua Reynolds, image libre de droits)

Comment le conservatisme libéral est-il possible ?

Par Marius-Joseph Marchetti.

Edmund Burke (Atelier de Sir Joshua Reynolds, image libre de droits)
Edmund Burke (Atelier de Sir Joshua Reynolds, image libre de droits)

Beaucoup de personnes s’agitent autour du concept de libéral-conservateur. Certaines diront que c’est antinomique, d’autres que l’alliance est essentielle.

Je répondrai : oui et oui. Laissez-moi m’expliquer.

Si on entend par conservateur quelqu’un qui défend une structure politique actuelle, un conservateur ne peut être libéral, car être conservateur, c’est défendre le jacobinisme, la planification du haut vers le bas, la volonté de transformer l’homme. Il n’y a donc rien de bien « libéral » dans tout cela. Dans ce sens un conservateur pourrait effectivement être libéral dans d’autres pays, comme aux États-Unis par exemple, où une personnalité comme Ayn Rand se qualifiait elle-même de « real conservative » (en opposition aux membres conservateurs de moins en moins respectueux de la Constitution).

« Un véritable conservateur, c’est quelqu’un qui vous explique que le gouvernement ne marche pas, qui est élu et qui prouve ainsi ses dires ! » Milton Friedman

Ainsi, un conservateur américain, dans un pays comme la France, serait au contraire un progressiste français (en termes d’innovation du système politique). Aucun libéral, qu’il se qualifie en parallèle de conservateur, ne peut tolérer le statu quo présent dans le pays. Il n’aspire donc pas au maintien des structures politiques seulement aptes à rassasier la volonté du pouvoir. Lord Acton disait que le libéralisme tendait vers ce qu’il devait être, sans égard pour ce qu’il est, et que les structures du passé n’étaient bonnes à conserver qu’à condition qu’elles soient conformes à la morale (comprendre conformes aux Droits Naturels). Les Droits Naturels (ou le principe d’utilité, pour les conséquentialistes) n’ayant jamais été défendus dans leur intégralité, il n’est pas difficile de comprendre qu’il n’y eut jamais de forme particulière de structure politique entièrement bonne à conserver.

« Le capitalisme n’est pas le système du passé, mais du futur. […] Ceux qui veulent lutter pour lui doivent abandonner le titre de ‘conservateurs’. Le ‘conservatisme’ a toujours été un nom portant à confusion, inappropriés aux États-Unis. Aujourd’hui, il n’y a plus rien à conserver : la philosophie politique établie, l’orthodoxie intellectuelle et le statu-quo sont le collectivisme. Ceux qui rejettent toutes les prémisses du collectivisme sont des radicaux. » Ayn Rand, 1960

conservateur liberal progressiste rené le honzecPhilippe Fabry sur son site historionomie nous explique parfaitement dans un billet portant sur les élections départementales du mois de mars que ce n’est pas la société qui s’est droitisée ou le Front National qui est de gauche, mais la gauche qui s’est droitisée : l’interventionnisme n’était pas un système à mettre en place, mais à conserver. Tous les partis français sont donc conservateurs, des frontistes aux socialistes, de Marine Le Pen à Gérard Filoche en passant par Éric Zemmour. Tous sont de droite, car tous sont jacobins et désireux de modeler l’homme.

« Aujourd’hui, les marxistes ne sont plus révolutionnaires, ni réformistes, ils sont conservateurs ou réactionnaires. Pour les lecteurs qui, malgré mes articles précédents, ont du mal à concevoir que les marxistes français soient au fond des conservateurs, ils en trouveront un bon exemple dans ‘Le suicide français’ d’Éric Zemmour. Dans les années 1960 et 1970, de nombreuses banlieues étaient tenues par le Parti communiste français, qui structurait la vie locale et les rapports sociaux, comme le faisait l’Église à la fin de l’Ancien Régime, et Éric Zemmour regrette ce temps ». Philippe Fabry

Qu’en est-il si nous interrogeons la définition de « conservateur » dans un autre domaine, celui par exemple des mœurs et coutumes ? Effectivement, le terme de libéral-conservateur peut se défendre, à une condition. Que la conviction personnelle n’interfère pas avec la philosophie politique de l’individu qu’est le libéralisme, c’est-à-dire qu’il ne s’agisse pas simplement de faire ce qui nous semble bon pour nous, car cela reviendrait à bafouer le principe des droits individuels inhérents à la philosophie libérale.

Un conservateur libéral est un conservateur qui serait à la fois capable de dire :

« oui, mes mœurs, mes valeurs, ne changent pas de celles de mes aïeux, et je les juge potentiellement supérieures aux vôtres d’un point de vue éthique » et « L’État manifeste une volonté d’empiétement  toujours plus forte et aboutie sur la vie privée, et l’imposition de mes valeurs à autrui par l’instrument coercitif ne ferait qu’accentuer cette tendance » Le conservateur libéral dira « L’homme est perfectible par une morale ancienne, mais rendre son application obligatoire c’est la vider de toute substance ».

Les libéraux-conservateurs seront ceux qui, à l’instar de leur ancêtre Edmund Burke, déclareront que « Les mauvaises lois sont la pire forme de tyrannie » 

« En tant que conservateur gay, je pense que si un boulanger dit par exemple ‘je suis chrétien, je ne crois pas au mariage gay’ il devrait avoir ce droit. Le couple gay, ou l’individu devrait dire d’accord, j’irai dépenser mon argent autre part » Ben Chapman