Grèce : les trois erreurs de Varoufakis

Yanis Varoufakis à Berlin le 5 février 2015 (Crédits : Jörg Rüger, licence CC-BY 3.0)

Les trois erreurs de Varoufakis que l’Histoire retiendra.

Par Nikos Tsafos.
Un article de Greek Default Watch

Yanis Varoufakis à Berlin le 5 février 2015 (Crédits : Jörg Rüger, licence CC-BY 3.0)
Yanis Varoufakis à Berlin le 5 février 2015 (Crédits : Jörg Rüger, licence CC-BY 3.0)

À propos de Varoufakis, je me souviens d’un sarcasme de Sam Brown : « Ne blessez jamais quelqu’un avec style si vous pouvez le faire avec du contenu. » Autrement dit, il n’y a pas besoin de parler des chemises de Varoufakis, de sa moto et de son casque, de ses opérations photographiques, de ses nombreux entretiens, de son échappée à Égine le soir d’un vote historique, etc. Son dossier à charge est simple et contient trois pièces.

Premièrement, tout son positionnement de négociation était basé sur l’idée que l’Eurozone cèderait pour éviter un Grexit. Bien sûr, Varoufakis nous a bien dit que le ministre des Finances allemand Wolfgang Schäuble l’avait bien averti qu’il pousserait pour un tel Grexit – ce qui veut dire ou bien que Varoufakis ne le croyait pas, ou bien qu’il n’accordait aucune crédibilité à la menace de Schäuble. N’importe quel observateur sensé de la politique européenne comprend que, bien que l’Eurozone soit prête à faire beaucoup pour préserver l’union monétaire, elle n’en est pas au point de capituler face à un membre qui réclame de l’argent sans rien en retour. Autrement dit, l’idée de base était, dès le départ, irréaliste et en la conservant dans sa stratégie de négociation, il a causé grand tort à la Grèce.

Deuxièmement, Varoufakis n’a rien fait pour renforcer la position de la Grèce pendant les négociations. Il a confondu sermonner les autres ministres des Finances avec de la « diplomatie » et est même parvenu à faire se retourner chaque pays de la zone euro contre la Grèce. Quant à sa diplomatie publique, elle n’a guère été bénéfique si ce n’est en le transformant en rock star, mais sans aucune amélioration diplomatique palpable pour la Grèce. Je n’arrive pas à trouver un autre pays qui a ainsi dilapidé son capital si vite. D’autant qu’il n’a pas non plus trouvé d’autres moyens de renforcer la position grecque ; son « Plan B », par exemple, aurait pu aider la Grèce à supporter la pression appliquée par la Banque centrale européenne, pour quelques jours ou quelques semaines ; mais on voit mal ce qui aurait justifié que ses opposants lâchent le morceau en premier.

Troisièmement, Varoufakis était/est à ce point obnubilé par l’idée d’un allègement de la dette qu’il semble incapable d’étudier autre chose. Il s’est montré incapable de discuter des spécificités du budget, de même qu’il était incapable de produire un plan chiffré concrétisant les réformes proposées en résultats et objectifs fiscaux. En définitive, il a été non pas un technocrate (la technocratie suppose quelques compétences) mais un artiste. Ses seules idées dont nous nous souviendrons sont les plus ridicules (les collecteurs d’impôts secrets) ou dangereuses (reconnaissances de dettes grecques, système bancaire parallèle).

En résumé, il a commencé avec un préjugé faux sur le fonctionnement de la zone euro, n’est pas parvenu à construire des coalitions ou une entente en faveur de ses idées, et s’est montré incapable de voir plus loin que l’ « allègement de la dette » pour construire une stratégie afin d’aider la Grèce à sortir de sa crise actuelle. Ce sont ces erreurs que l’histoire retiendra, en plus des conséquences catastrophiques pour l’économie grecque de son passage au ministère des Finances.

Traduction Contrepoints de « The Case Against Varoufakis »