Grexit : taux, fondamentaux et béhaviourisme

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Grexit : taux, fondamentaux et béhaviourisme

Publié le 29 juillet 2015
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Par Jean-Pierre Chevallier.

wolfgang schauble credits european university institute (licence creative commons)
wolfgang schauble credits european university institute (licence creative commons)

Un petit rappel s’impose : les rendements des Notes à 10 ans et à 2 ans sont à la base de tous les marchés, ceux des autres taux, des marchés d’actions et des marchés dits réels, c’est-à-dire des taux de croissance… et des crises.

Dans la vieille Europe continentale, les rendements directeurs sont ceux de leurs homologues de Germanie : le Bund et le Schatz.

Comme je l’ai déjà écrit maintes fois, ces rendements annoncent depuis juillet 2007 le début de l’euro-crise car d’une part, les rendements du Bund ont alors commencé leur grand plongeon qui les conduit à des niveaux auparavant inimaginables, inconcevables, aux alentours de zéro, et d’autre part, ces rendements du Bund ont alors commencé à creuser des écarts significatifs par rapport à leurs homologues de la zone euro,

Document 1 :

Chevallier1

Les rendements du Bund ont miraculeusement bondi lorsque les gens de la Fed ont confirmé le 28 avril qu’ils allaient remonter leurs taux de base en 2015, échappant ainsi au zéro absolu et aux valeurs négatives,

Document 2 :

Chevallier2

Cependant, les apparences sont trompeuses car, hors les interventions énergiques des gens de la Fed, les rendements du Bund repartent toujours à la baisse dans leur tendance lourde commencée en juillet 2007.
L’écart entre les rendements du Bund et du Schatz tend lui aussi vers le zéro absolu qui aurait dû être atteint, sans les déclarations des gens de la Fed, fin août-début septembre,

Document 3 :

Chevallier3

Une telle configuration est totalement hors normes.
Elle ne peut s’interpréter que de la façon suivante : lorsque le Grexit se produira, ce tsunami se propagera dans toute la zone euro en y créant des dommages considérables y compris en Allemagne et même, mais dans une moindre mesure, dans le monde entier du fait de la mondialisation des marchés,

Document 4 :

Chevallier3

Les rendements des bons du Trésor helvète sont même passés en territoire négatif depuis le 23 juillet, ce qui signifie que les petits Suisses seront eux aussi touchés,

Document 5 :

chevallier5

Par contre, comme les fondamentaux ont bien été rétablis aux États-Unis, les effets négatifs de l’effondrement de l’euro ne s’y feront que faiblement sentir, avec l’avantage que les gens de la Fed ne seront pas obligés de remonter leurs taux de base pour contenir une croissance trop forte,

Document 6 :

Chevallier6

Ce scénario est d’autant plus plausible que la Grèce ne pourra pas se relever du fait de la double peine qu’elle doit supporter avec d’une part une monnaie, l’euro, beaucoup trop surévaluée pour elle et d’autre part un blocage létal de la circulation monétaire.
Ainsi par exemple, les entreprises ne peuvent pas payer librement leurs fournisseurs pour des montants dépassant 100 000 euros et les Grecs ne peuvent toujours pas retirer plus de 60 euros par jour auprès de leur banque.

La situation économique des Grecs ne peut que se détériorer gravement dans un avenir proche.
Seuls les pires idiots croient encore que la crise grecque est finie. Ils ne sont dépassés que par Wolfgang Schäuble qui préconise un Grexit temporaire de 5 ans.

Tout est simple.

Il est quand même étonnant que 300 millions de malheureux membres de l’eurozone aient pu être persuadés que l’adoption d’une monnaie unique aurait pu avoir pour eux des avantages. La force de la propagande de la nomenklatura de l’eurozone aura été plus forte que celle de la défunte nomenklatura soviétique. C’est là encore une preuve supplémentaire montrant que le behaviorisme joue un rôle essentiel (avec bien entendu le monétarisme) pour comprendre et résoudre les problèmes économiques, monétaires et financiers qui se posent de façon à agir à bon escient.

Les bons spéculateurs sont ceux qui voient juste et loin.

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  • « comme les fondamentaux ont bien été rétablis aux États-Unis » : le grain de sable habituel du raisonnement de cet auteur.

    Quels fondamentaux seraient donc rétablis aux USA ? Le chômage ? 100 millions d’Américains sans emploi sur 250 millions ni fonctionnaires ni militaires en âge de travailler. Les marchés ? Survalorisés, presque autant qu’en 2000, déjà autant qu’en 1929 ! Le déficit ? Même s’il a baissé, il oscille entre 3% et 6%. La dette publique ? Plus de 100% du PIB. La croissance ? Elle s’effrite en tendance vers 0, et elle ne tardera plus à être négative à ce rythme. Les taux ? Mais Yellen nous joue la comédie de la hausse, alors que la Fed continue de monétiser la dette publique. Au moindre choc extérieur en guise d’excuse, le château de sable de la reprise fallacieuse des socialo-keynésiens de l’administration Obama et de la Fed va s’effondrer.

    • le touriste a nyc
      29 juillet 2015 at 16 h 18 min

      Effectivement c’est le seul passage qui m’a fait tiquer.
      Je trouve quand meme l’article tres bon, et regrette que ce niveau d’analyse ne soit pas present dans les journaux et emissions TV mainstream

    • Quelque chose cloche dans un analyse qui mène à une telle affirmation.
      Est-ce le monétarisme ?
      Est-ce ainsi que les gens de la Fed voient les choses ?
      Dans une vision autrichienne (ou bastiatienne…), fixer les taux à zéro pendant des années détruit l’économie de marché. Ils devraient être découverts par le marché en fonction de la réalité de l’épargne des projets d’investissement.
      La croissance sera aussi nulle que les taux, qui ne permettront donc pas longtemps de surseoir au défaut.
      L’épargne dilapidée, la réalité de sa carence s’imposera et les taux s’envoleront sous une forme ou une autre.

      • Il ne suffit pas de procéder à une analyse comparative des agrégats monétaires pour faire du monétarisme. L’essentiel est omis, à savoir la nécessaire critique des politiques discrétionnaires budgétaires ou monétaires. Au total, la situation aux USA, même si elle est différente, est aussi dégradée qu’en Europe.

      • Le calcul des leviers bancaires repose sur l’illusion que les dettes publiques sont sans risque et sont en conséquence comptées pour zéro dans le calcul du risque. Dûment informé par le cas grec, il n’est plus possible d’ignorer que les normes prudentielles sont de la poudre aux yeux.

        • C’est tout à fait vrai que cet auteur ne pondère pas les actifs bancaires selon les normes pestilentielles. Mes plus plates excuses sur ce point.

  • Banques centrales = bad banques…Même la BNS qui était la meilleure banque centrale au monde avec des fonds propres et de l’or en quantité importante est de la partie…A quand la concurence de monétaire?

  • « Seuls les pires idiots croient encore que la crise grecque est finie. Ils ne sont dépassés que par Wolfgang Schäuble qui préconise un Grexit temporaire de 5 ans. »

    En quoi c’est con un Grexit temporaire de 5 ans? Bon d’accord, il faudrait que les réformes soient entreprises.

    • 5 ans renouvelables combien de fois?

    • La proposition Schäuble est critiquée parce que c’est probablement la solution la plus satisfaisante, permettant de sauver en même temps l’euro et la Grèce, tout en préservant les Traités.

      Il y a deux sortes de collectivistes qui entendent exploiter l’affaire grecque pour espérer atteindre d’autres objectifs : les internationalistes d’une part, qui veulent collectiviser les dettes européennes pour fonder l’Etat obèse européen, et les nationalistes d’autre part, qui veulent faire exploser l’euro pour revenir aux monnaies nationales. Schäuble est également détesté par les deux camps parce qu’il propose une troisième voie, celle de la raison et du pragmatisme, au service des Européens comme des Grecs, loin des idéologies collectivistes des uns ou des autres.

      • Perso, l’option nationale me plaît bcp plus.
        Le pouvoir attirant les socialistes, un État central sera toujours infesté des pires spécimens, fascinés par la possibilité d’éradiquer la liberté sur un plus grand territoire (et la nécessité de le faire, sinon les zones restées libres démontrent la supériorité de la liberté).
        Je comprends mal le congé de 5 ans.
        Je préférerais une coexistence de l’Euro et d’autres monnaies, émises notamment par les États qui le veulent.

        • 5 ans, c’est probablement histoire de donner matière au caractère temporaire en vue de la négociation du Grexit.

          La coexistence de monopoles monétaires organisée autour d’un panier de devises de référence a déjà été tentée avec l’ECU, pour un résultat pas franchement glorieux.

          L’Europe, tant que ses institutions resteront plutôt confédérales, permet de retirer aux pouvoirs nationaux certaines de leurs prérogatives, sans pour autant qu’un pouvoir fédéral centralisé n’en dispose à son niveau, en l’absence de tout contrepouvoir. Il suffit d’observer notre propre parlement, ou ceux d’autres pays, pour comprendre la futilité de l’argument des fédéralistes à propos du contrepouvoir que constituerait le parlement européen. L’équilibre actuel n’est finalement pas si mauvais, parce qu’il impose la négociation et le compromis. Exemple : le Traité Constitutionnel aurait été adopté, au mépris des refus français et néerlandais, s’il avait été voté à la majorité au niveau européen. Malgré Lisbonne ensuite, les institutions européennes ne sont toujours pas fédérales, et c’est très bien ainsi. L’Europe ne survivra pas au fédéralisme s’il devient réalité. L’équilibre actuel mérite d’être préservé.

      • Parce qu’avec l’euro, nonobstant le QE scandaleux de SuperMariole, la monnaie n’est pas aux mains avides de pouvoir de Culbuto ou Zébulon, pour ne citer que les deux derniers affreux ayant attrapé la queue de Mickey élyséenne. Imaginez les dégâts s’ils pouvaient imprimer sans contrainte.

        L’atout de cette institution, plutôt confédérale dans sa construction, est d’échapper aux pouvoirs locaux de telle sorte qu’aucun ne domine les autres sans devoir composer avec ses concurrents, comme on l’a vu avec l’affaire grecque. Si jamais un pouvoir réellement fédéral devait émerger en Europe, tuant la concurrence politique et surtout la concurrence fiscale, ce serait absolument catastrophique. Le fédéralisme uniforme, ce serait la fin de l’Europe.

        • La dévaluation se fait au détriment des producteurs qui perdent leur pouvoir d’achat, tandis que l’Etat obèse maintient son pouvoir de nuisance. Il peut ainsi continuer à parasiter la population, du moins jusqu’à ce que l’hyperinflation sape le régime politique inefficient, bientôt remplacé par un régime pire encore.

          En outre, l’ajustement de la compétitivité par le taux de change est une vue de l’esprit, une excuse de l’Obèse afin de faire payer la population productive à sa place, pour qu’il n’ait pas à baisser les dépenses publiques.

          Des produits non compétitifs le resteront quel que soit le taux de change. En effet, peu importe les prix des produits, personne n’achètera volontairement :
          – une Trabant quand il peut rouler en Merco
          – un Minitel quand il peut bénéficier d’Internet
          – un produit quelconque dont le coût est majoritairement composé de charges fiscales et sociales ineptes, quand il peut obtenir un produit concurrent comportant principalement de temps de travail d’ingénieurs et d’ouvriers qualifiés

          Enfin, le QE a l’effet non négligeable d’avoir ouvert une brèche dans l’esprit des Traités, sinon dans la lettre. Le QE contribue au maintien de taux artificiellement bas alors qu’ils auraient dû monter en flèche, rendant la dette publique insupportable. SuperMariole a mis la monnaie au service des Etats impécunieux. Parce que le QE permet de retarder les réformes nécessaires dans les pays européens mal gérés, il a trahi sa mission.

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