L’information peut-elle battre la matière ?

Broken iphone 4 credits David via Flickr ((CC BY-SA 2.0))

Nous sommes désormais des prisonniers de l’Âge de l’Information.

Par Bill Bonner.

Broken iphone 4 credits David via Flickr ((CC BY-SA 2.0))
Broken iphone 4 credits David via Flickr ((CC BY-SA 2.0))

L’un des livres que nous avons amené en voyage pour y réfléchir est Knowledge and Power1 de George Gilder. Nous nous sommes moqués de Gilder il y a des années dans l’un de nos livres. Il s’était un peu emballé sur le boom des dot.com à la fin des années 1990. Comme bon nombre de personnes de l’époque, il en était venu à croire que l’information compte plus que la matière.

C’est peut-être vrai d’une certaine manière, mais nous ne nous sommes jamais tordus la cheville en butant sur une idée. Et quand six heures du soir arrive, nous ne nous asseyons pas pour déboucher une pensée.

À la fin des années 1990, on pensait que de l’information plus abondante et moins chère était la clé d’une croissance plus rapide. Gilder pense que l’information bat la physique, éliminant les contraintes ancestrales, le temps, l’énergie, les ressources, qui freinent le progrès.

« Au début était le verbe », écrit-il, faisant écho à un autre best-seller. Le verbe est ce qui fait la chair, non l’inverse, souligne-t-il. Mais quel verbe ? La plupart des mots que nous entendons sont du bruit. La plupart des idées qu’ils véhiculent ne sont que des fadaises. Ils ne créent ni richesse ni beauté. Ils se mettent en travers du chemin ; ils embrouillent ; ils remplissent les placards et les poubelles de l’esprit… après quoi ils doivent être jetés, salissant notre paysage mental, comme les terrils de l’Âge industriel, pendant de nombreuses années.

Plus d’un demi-siècle s’est écoulé depuis que Claude Shannon a découvert les principes de la théorie de l’information… et plus de 20 ans depuis les débuts de la révolution internet. Nous regardons autour de nous et nous nous demandons : pourquoi tout ce tapage ?

Des mots, des mots, des mots

On peut obtenir tous les mots qu’on veut sur internet, et gratuitement. Mais nous ne voyons pas en quoi cela améliore notre sort. Nous ne voyons ni richesse ni prospérité, sinon dans les secteurs possédant les tuyaux par lesquels ces mots sont transmis.

Google, Apple et Facebook construisent de nouveaux sites méga-luxueux pour célébrer leur succès… mais le citoyen moyen a vu son revenu décliner à partir des années 1970. Il peut oublier son triste sort grâce à des distractions bon marché provenant de la Silicon Valley. Mais il ne peut pas subvenir aux besoins d’une famille.

Tout ce que nous voyons, ce sont des « gâche-temps ». La plupart des gens utilisent ces nouveaux appareils pour se distraire ; ils deviennent moins productifs à cause du temps qu’ils passent à surfer sur des sites de rencontre ou à parler à leur réfrigérateur.

Nous travaillons avec les mots et les idées. Les médias électroniques, avec tant d’idées et tant d’informations si aisément disponibles, nous ont transformés en mineurs du temps de la ruée vers l’or. Nous devons creuser toutes les collines, briser tous les rochers et faire passer chaque grain de sable dans notre tamis. Nous ne savons pas où est l’or ; il pourrait être partout.

L’iPhone rapporte de plus en plus d’argent à Apple. Pour nous, il apporte plus d’informations qu’il faut traiter, étudier, mettre dans un dossier mental… puis oublier… introuvable à jamais. Pendant qu’on fait la queue… dans l’ascenseur… dans le taxi… en attendant le dîner ; pas une minute n’est épargnée… ni pour penser ni pour réfléchir. Au lieu de cela, chaque message demande de l’attention… immédiatement ! Oui ? Non ? Qu’en pensez-vous ? Que devriez-vous en penser ? Est-ce important ou bien ne sont-ce que des sottises ? Pourquoi ne pas simplement éteindre ce satané iPhone ? Pourquoi ne pas se passer d’informations additionnelles ? Pourquoi ne pas « juste dire non » à plus d’idées ?

La réponse est simple et évidente : nous sommes désormais des prisonniers de l’Âge de l’Information. Nous ne pouvons pas dire « non » parce que nous ne savons pas à quoi nous disons non. Disons-nous « non » à plus de bruit ? Ou bien au Verbe ? Eh oui, c’est là que nous en sommes. Maintenant que l’information est disponible, nous ne pouvons pas y résister. Et pourtant, si l’on en juge par le PIB, les salaires ou notre propre expérience, c’est un flop.


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  1. « Connaissance et Pouvoir », ndlr.