Canada : ne tirez pas sur le pétrole !

Le secteur pétrolier va mal : ce n’est pas le moment de le bombarder d’impôts !

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_MG_7823 credits Juan Fco. Marrero via Flickr ((CC BY-NC-ND 2.0))

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Canada : ne tirez pas sur le pétrole !

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 24 juillet 2015
- A +

Par Michel Kelly-Gagnon, depuis le Québec.
Un article de l’Institut économique de Montréal

_MG_7823 credits Juan Fco. Marrero via Flickr ((CC BY-NC-ND 2.0))
_MG_7823 credits Juan Fco. Marrero via Flickr ((CC BY-NC-ND 2.0))

La croissance économique de l’Alberta dépend beaucoup de la bonne santé du marché du pétrole. L’industrie pétrolière et gazière génère des milliards de dollars de revenus pour le gouvernement albertain, et également pour le gouvernement fédéral. Les autres provinces, dont le Québec, en profitent via les programmes du gouvernement fédéral comme la péréquation ou les transferts en santé, mais aussi par l’activité économique des nombreux fournisseurs de l’industrie pétrolière dans notre province.

Or, en ce moment, ça va mal. Les recettes du secteur, ainsi que les dépenses en immobilisations, devraient chuter d’environ 40 % cette année. Environ 35 000 emplois dans cette industrie ont déjà disparu cette année en Alberta, et on prévoit que le nombre de forages de puits diminuera de 50 %.

Quand on sait que plus de la moitié de tous les emplois qui ont été créés au Canada depuis 10 ans proviennent de l’Alberta, on peut s’attendre à ce que l’ensemble du pays subisse les conséquences d’un ralentissement dans ce secteur.

Il serait donc avisé, d’un point de vue de politiques publiques, de ne pas aggraver le problème avec, en plus, l’ajout de taxes et de réglementations nuisibles à l’industrie.

C’est pourtant la voie qu’a empruntée, en partie, l’Alberta. Le gouvernement a récemment augmenté l’impôt des sociétés, doublé le montant de la taxe carbone, et a ajouté une dose d’incertitude dans l’industrie en affirmant son intention de modifier le régime de redevances. (À ce propos, et contrairement à ce qu’avancent certains, les pétrolières sont loin d’être « largement subventionnées ».)

Dans une récente lettre ouverte, le président de l’Association canadienne des producteurs pétroliers, Tim McMillan, rappelait qu’en 2007, le gouvernement albertain avait augmenté les redevances exigibles. En conséquence, le nombre de puits creusés était passé de 16 000 en 2008 à seulement 6700 en 2009. L’investissement en capital avait aussi diminué de 50 % pendant la période. Au final, le gouvernement avait récolté moins de redevances en 2009-2010 que l’année précédente.

Il y a un parallèle à faire avec le Québec et le climat d’incertitude créé par les politiciens dans l’industrie minière en 2013, alors même que les prix des ressources baissaient et que le secteur connaissait des difficultés. Après avoir dénoncé l’industrie minière en campagne électorale et promis de doubler les redevances minières, le gouvernement en place à l’époque avait finalement mis la pédale douce sur ses nouvelles exigences de redevances. Le contexte mondial avait certes contribué à la baisse des investissements, mais cette posture politique n’a certainement pas aidé.

Dans les cas albertains et québécois, il y a une leçon : il est mal avisé de vouloir lever de nouvelles taxes ou de hausser les redevances exigibles lorsque ça va bien, en pensant générer d’importantes et « faciles », rentrées fiscales. Car le vent peut vite tourner dans le secteur des ressources. Pour attirer des investissements (et ainsi, stimuler une reprise du secteur), un environnement fiscal compétitif, minime, stable et prévisible demeure la meilleure politique.

Soyons clair : je ne propose nullement « d’aider » l’industrie des ressources en général, ou l’industrie pétrolière canadienne en particulier, mais, plutôt, de ne pas s’évertuer à lui nuire. D’elle-même, avec un environnement normal, elle saura rebondir, comme elle l’a fait à plusieurs reprises par le passé.


Sur le web. Article paru à l’origine sur le site du Huffington Post Québec.

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  • « Quand on sait que plus de la moitié de tous les emplois qui ont été créés au Canada depuis 10 ans proviennent de l’Alberta »

    Le Canada qui dépend autant d’un Etat, et même pas le plus peuplé ? Y a pas un souci là ? Quebec mis à part j’ai toujours pensé que le pays était très dynamique dans son ensemble.

    A noter que l’OPEC est dégoûté vu que leur stratégie pour stopper le pétrole de schiste US a échoué : la production n’augmente plus mais ne baisse pas, et le pétrole de schiste est désormais rentable à 55$ grâce aux fortes baisses de coûts et l’innovation pour lesquels les Américains sont si forts.
    Le Canada n’a pas cette chance semble-t-il…

    • Les Albertains ont eu la stupidité d’élire un parti d’extrême gauche, l’Alberta est en phase de Quebecisation.

      Au lieu de développer les ressources naturelles, le Québec préfère se faire vivre par l’Alberta. Voilà pourquoi l’économie dépend autant d’une seule province.

      • Pourquoi un Etat dynamique et prospère élirait il des mecs d’extrême gauche ? o_o

        • Des politiciens qui promettent des trucs avec l’argent des autres et j’imagine que le citoyen lambda s’imagine que vu que les voisins sont plus endetté encore ils peuvent s’endetter à leur tour et qu’ils ne paieront pas la note.

          La Californie est un état qui à tout et qui malgré tout trouve le moyen d’être en crise financière.

          Il y a aussi ceux qui quittent un État pour aller dans un meilleur endroit et qui une fois sur place vont voter pour des politiciens aussi pire que ceux qu’ils avaient dans l’état d’où ils viennent.
          Comme si ils s’ennuyaient de la médiocrité et sentait un besoin d’autodestruction. Comme ceux qui ont des mauvaises fréquentations, qui font la même erreur encore et encore…

  • L’Alberta a vote NDP mais ils sont très loin de se rapprocher du Québec Dieu merci. Même avec des cours de pétrole au fond du gouffre l’économie se porte relativement bien à l’échelle du Canada. Le parti Progressive Conservative a fait de la merde récemment et le NDP peut peut être arranger les choses. Notley n’est pas une extrême gauchiste comme on le conçoit en France. Et si ça dérape elle va se faire dégager. L’Alberta reste la province la plus libérale d’Amerique et je suis heureux d’y vivre.

  • Les commentaires sont fermés.

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