5 mythes sur la gestation pour autrui

Le débat sur la légalisation de la GPA mérite mieux que des assertions à l’emporte-pièce non fondées.

Par Édouard H.

La légalisation de la GPA est un débat hautement sensible en France, et très souvent caricaturé par ses opposants de tous bords. Ce sujet mérite mieux que des assertions à l’emporte-pièce non fondées, nous allons donc étudier cinq mythes régulièrement énoncés à propos de la gestation pour autrui.

Mythe 1 : la GPA revient à traiter un enfant comme un objet

Il y a deux manières de répondre à cet argument.

  • Tout d’abord, les contrats de GPA ne consistent aucunement à traiter un enfant comme un objet mais consistent à la location du ventre de la gestatrice. À sa naissance, l’enfant n’est pas vendu mais remis à ses parents génétiques1. Même si on considère que c’est la remise de l’enfant aux parents commanditaires de la GPA qui déclenche le paiement, cela n’est toujours pas suffisant pour pouvoir la comparer à un achat d’être humain. Acheter une personne n’est plus possible depuis l’abolition de l’esclavage. La transaction porte sur l’achat des droits de garde de l’enfant, avec toutes les limites et responsabilités que comporte le droit des enfants. Lors d’un achat de voiture, le propriétaire peut jouir à loisir de son bien, et peut le détruire, ce qui heureusement est loin d’être le cas pour un enfant, qu’il ait été conçu par GPA ou non.
  • De plus, il s’agit ici d’un argument contre la GPA commerciale, où la gestatrice est rémunérée. Mais quid de la GPA altruiste, telle que pratiquée chez nos voisins anglais ou belges ? Par ignorance ou hypocrisie, les opposants refusent de reconnaître son existence.

Mythe 2 : les mères porteuses sont de pauvres femmes exploitées, qui souffrent d’être séparées de l’enfant

Lorsque l’on s’attarde sur les études menées sur les gestatrices, on se rend rapidement compte que la réalité même de la GPA commerciale est loin des fantasmes qu’on veut lui prêter. Les motivations les plus communes trouvées dans les études psychologiques des gestatrices sont « une appréciation de la grossesse, de l’empathie pour les couples infertiles, un désir de gagner de l’argent en étant mère au foyer, et un désir de faire quelque chose de « spécial » »2. On retrouve ce sentiment d’empathie pour les couples infertiles dans le témoignage de Mary Bailey qui fut gestatrice : « j’ai senti que j’étais dans de bonnes dispositions à présent dans ma vie pour aider un couple à fonder une famille. »

Bien que les motivations financières soient présentes, « seul un petit nombre de femmes mentionnent l’argent comme leur motivation principale »3. Malgré les nombreuses études effectuées en ce sens, il est impossible de déceler des profils psychologiques anormaux. Étude après étude, les gestatrices apparaissent des « adultes stables, intelligentes, et conscientes d’elles-mêmes »4. Une étude de 2002 démontre que les gestatrices sont « sûres d’elles-mêmes » et « contrôlent ce qu’elles font »5.

Mais quid du moment de l’accouchement, de la remise de l’enfant aux parents ? Selon les opposants à la GPA, ce moment est extrêmement difficile pour la gestatrice et laisse des séquelles. Qu’en est-il de la réalité ? Moins de 1% des gestations pour autrui finissent par un conflit se réglant au tribunal6. De nombreuses études montrent que la majorité des gestatrices considèrent ces expériences comme très positives, sans problème psychologique dû à la remise de l’enfant7. La plupart des gestatrices évoque le renoncement au bébé comme un événement heureux et envisagent de renouveler cette expérience 8. Des études longitudinales montrent que ces attitudes restent stables dans le temps9. Une étude récente qui analyse les relations de long terme entre les gestatrices et les familles qui accueillent l’enfant montre que les gestatrices maintiennent une relation qu’elles trouvent satisfaisante avec la majorité des familles10.

On est donc bien loin de l’image généralement répandue en France de femmes ignorantes et exploitées qui regrettent d’avoir procédé à une GPA.

Mythe 3 : les enfants nés de GPA souffrent de troubles psychologiques

La théorie veut que lors de chaque grossesse, un lien se forme entre la mère et l’enfant. La séparation de l’enfant et de la gestatrice serait donc doublement douloureuse à cause de la rupture de ce lien. Le premier problème avec cet argument est que ce lien n’a jamais pu être prouvé. Des anthropologistes ont depuis longtemps contesté cette théorie en expliquant que ce lien est une construction sociale11. À défaut de pouvoir prouver l’existence de ce lien, peut-on constater des problèmes psychologiques ? On a vu plus tôt que les gestatrices ne souffrent pas de problèmes mentaux liés à la GPA. Mais si ses opposants répètent sans cesse que les enfants souffrent de troubles liés à la séparation, c’est que cela doit être vrai ? Plusieurs études ont montré que ce n’est pas le cas.

  • « La gestation pour autrui n’apparaît pas impacter négativement l’éducation des enfants ou leur développement au sein de familles avec des enfants de 2 ans. » — “Surrogacy families : parental functioning, parent–child relationships and children’s psychological development at age 2” Susan Golombok, Fiona MacCallum, Clare Murray, Emma Lycett, Vasanti Jadva, Journal of Child Psychology and Psychiatry, 47:2 (2006).
  • « Les familles ayant procédé à une GPA ont maintenu une bonne relation dans le temps avec la gestatrice. Les enfants considéraient positivement leur mère porteuse et leur naissance par gestation pour autrui. » — “Surrogacy families 10 years on : relationship with the surrogate, decisions over disclosure and children’s understanding of their surrogacy origins” V., Jadva, L., Blake, P., Casey, S., Golombok, Human Reproduction, Vol.27, No.10 (2012).
  • « Bien que plusieurs études montrent que les parents de familles qui ont fait appel à des nouvelles technologies de reproduction sont plus engagées émotionnellement dans leur éducation que le sont les parents de familles conçues naturellement, aucune donnée empirique n’a été trouvée qui montrerait que le développement psychologique des enfants issus des nouvelles technologies de reproduction diffère de leurs homologues dans des familles conçues naturellement » — “Children of the new reproductive technologies : Social and genetic parenthood” Henny, Bos, Frank, van Balen, Patient Education and Counseling, 81 (2010).

Sur le sujet des enfants nés de GPA, on pourra lire avec intérêt l’interview sur Le Figaro de deux adolescents nés par GPA.

Mythe 4 : il n’existe pas de « droit à l’enfant », dès lors on ne doit pas légaliser la GPA

La liberté de procéder à la GPA n’est pas un droit créance, mais une liberté négative : ce que demandent les opposants à l’interdiction de la GPA, ce n’est pas qu’on leur garantisse un « droit à la GPA ». Un tel droit signifierait que l’État serait dans l’obligation de fournir un enfant aux couples infertiles, et serait illégitime à plus d’un titre. Ce que demandent les opposants à l’interdiction de la GPA, c’est que l’État français retire son interdiction illégitime d’une pratique non violente.

Le droit de procéder à une GPA n’est pas un droit créance supplémentaire mais le droit de procéder à une transaction volontaire entre adultes consentants qui vise à créer de la vie. Il n’est pas nécessaire de soutenir un faux « droit à l’enfant » pour soutenir la légalisation de la GPA.

Mythe 5 : une mère porteuse peut changer d’avis lors d’une GPA, donc l’interdiction de la GPA est légitime

Comme cela a été expliqué plus tôt, les conflits dans le cadre d’une GPA sont extrêmement rares. Ils font le tour des média occidentaux avides de sensationnalisme, mais n’ont statistiquement presque jamais lieu. Cependant, s’ils peuvent se produire, sont-ils une justification suffisante pour interdire la GPA ?

La GPA est un contrat entre des futurs parents et une gestatrice, qui loue son ventre. Comme tout contrat, un contrat de GPA « est un accord de volonté en vue de créer une ou des obligations juridiques » (wikipedia). Signer un contrat pour le futur accomplissement d’un acte ne nie pas que l’opinion d’un signataire puisse changer entre temps. Un contrat prévoit autant que possible de tels changements d’avis ou de conditions. En cas de conflit non résolu, le problème se traitera devant un tribunal.

Dans le cas spécifique de la GPA, est régulièrement évoquée la crainte que la mère porteuse souhaite garder l’enfant. Il reste alors au tribunal à arbitrer entre l’application stricte des termes du contrat ou la reconnaissance de son droit inaliénable à exercer son droit de garde jusqu’à la remise physique de l’enfant à ses parents biologiques. Peu importe la décision du tribunal, en aucun cas la possibilité de conflit ne peut justifier l’interdiction de la GPA.

  1. Dans les cas des gestations pour autrui « complètes », les parents sont tous deux les parents génétiques de l’enfant ayant été conçu par fécondation in vitro avec les gamètes du père et de la mère. Dans le cas des gestations pour autrui « partielles », le père est génétiquement lié à l’enfant, tandis que la mère est une donneuse ou la gestatrice elle-même.
  2. “The social construction of surrogacy research : An anthropological critique of the psychosocial scholarship on surrogate motherhood”, Elly Teman, Social Science & Medicine, 67 (2008).
  3. “Navigating Rough Waters : An Overview of Psychological Aspects of Surrogacy”, Janice C. Ciccarelli, Linda J. Beckman, Journal of Social Issues, Vol. 61, No. 1 (2005).
  4. “Who becomes a surrogate : personality characteristics” Einwohner, J., in J. Offerman-Zuckerberg (Ed.), Gender in transition : A new frontier (pp. 123–133) (1989).
  5. “The social organization of surrogacy : relinquishing a baby and the role of payment in the psychological detachment process.” Baslington, H., Journal of Health Psychology, 7(1) (2002).
  6. Surrogate relishes unique role. USA Today.
  7. “The social organization of surrogacy : relinquishing a baby and the role of payment in the psychological detachment process.” Baslington, H., Journal of Health Psychology, 7(1) (2002) ; “‘I wanted to be interesting. I wanted to be able to say ‘I’ve done something interesting with my life’ : interviews with surrogate mothers in Britain.” Blyth, E., Journal of Reproductive and Infant Psychology, 12(3) (1994) ; “Who becomes a surrogate : personality characteristics.” Einwohner, J., In J. Offerman-Zuckerberg (Ed.), Gender in transition : A new frontier (1989) ; “Surrogacy : the experiences of surrogate mothers.” Jadva, V., Murray, C., Lycett, E., MacCallum, F., & Golombok, S., Human Reproduction, 18(10) (2003) ; “Surrogate motherhood : personality traits and satisfaction with service providers” Kleinpeter, C. H., & Hohman, M. M., Psychological Reports, 87(3, pt 1) (2000).
  8. “Psychological aspects of surrogate motherhood.” van den Akker, O., Human Reproduction, 13(1) (2007) ; “The birth of a mother: mythologies of surrogate motherhood in Israel” Teman, E., PhD Dissertation. Dept of Sociology and Anthropology. The Hebrew University of Jerusalem. (2006).
  9. “Psychological aspects of surrogate motherhood.” van den Akker, O., Human Reproduction, 13(1) (2007) ; “The surrogate mother: a post-birth follow-up.” Ciccarelli, J. C., Dissertation Abstracts International, 58(3-B) (1997) ; “The birth of a mother: mythologies of surrogate motherhood in Israel” Teman, E., PhD Dissertation. Dept of Sociology and Anthropology. The Hebrew University of Jerusalem. (2006).
  10. “The long-term experiences of surrogates: relationships and contact with surrogacy families in genetic and gestational surrogacy arrangements” Imrie, S., Vasanti, J., Reproductive BioMedicine Online (2014) 29.
  11. “Death without weeping : The violence of everyday life in Brazil.” Scheper-Hughes, N., Berkeley : University of California Press (1992) ; “Conditional love : Parents’ attitudes toward handicapped children.” Weiss, M., Westport, Connecticut : Bergin & Garvey (1994).