La Suède dans l’union européenne : une implication frileuse

suède drapeau-magNoug (CC BY-NC 2.0)

L’appartenance à l’union européenne n’est pas un sentiment très développé en Suède.

Par Cassandre Lebouc
Un article de Trop Libre

suède-mll (CC BY-NC 2.0)
suède-mll (CC BY-NC 2.0)

 

Il faut bien l’admettre, la Suède n’est pas le premier pays qui vient à l’esprit lorsque l’on pense à l’Union Européenne. C’est un État discret et assez peu investi dans l’UE. Mais cette impression n’est pas uniquement externe, puisqu’au sein même de la Suède l’appartenance à l’UE n’est pas un sentiment particulièrement développé.

Une adhésion à reculons

C’est seulement au début des années 1990 que la Suède revint sur sa décision de rester en dehors de la construction européenne. Ce refus a une origine historique ; en effet, depuis la Campagne de Norvège en 1814, la Suède prône le principe de neutralité afin de conserver ses intérêts. Sa position neutre lors des Grandes Guerres l’a mise à l’écart des prémices de l’UE. Cependant, la Suède a toujours œuvré au maintien de la paix et à la solidarité internationale (d’où son adhésion à la Société des Nations ainsi qu’à l’ONU, mais pas à l’OTAN).

C’est en 1994 que fut organisé le référendum suédois sur l’adhésion à l’UE. L’entrée dans l’Union fut votée, mais l’avance était relativement courte avec 52,3% de votes positifs. Cette victoire a été suscitée par la prise de conscience que la situation géographique et économique du pays pourrait tirer profit d’une participation à l’Union.

Préserver le modèle suédois

En plus de sa neutralité historique, la Suède cultive une méfiance envers l’UE et les pays membres (particulièrement les pays du Sud). Les Suédois sont en effet conscients d’être performants en termes d’économie, d’éducation, d’environnement, d’égalité des sexes, de service public, etc. Ils pensent que leur Welfare State est supérieur à celui des autres pays européens et souhaitent le préserver d’un éventuel « nivellement par le bas ».

Cette idée renvoie à l’élitisme nordique, c’est-à-dire la volonté d’aider d’autres États (solidarité internationale) à condition que leurs propres intérêts ne soient pas mis en jeu. D’ailleurs la Suède fait partie du Conseil Nordique (Norden), une association d’États du Nord de l’Europe qui développent des coopérations internationales dans plusieurs domaines (économie, environnement, éducation).

Le refus de l’euro

Ces craintes se vérifient clairement avec le refus d’adopter la monnaie européenne. En 2003, lors du référendum sur l’entrée dans la zone euro, seuls 41,8% des votants se sont prononcés en faveur de celle-ci. Pourtant les principaux partis politiques ont activement soutenu l’adoption de l’euro, en accord avec les attentes des acteurs économiques qui y ont vu une opportunité d’agrandir leur marché. À l’inverse les opposants ont mis en avant la meilleure santé économique de la Suède par rapport aux pays de la zone, ainsi qu’une croissance plus importante et un chômage plus bas.

À la crainte d’être touchée par la situation économique mitigée de la zone euro s’est ajoutée la crainte de devoir payer pour les autres États et de cette manière réduire la performance de l’État-providence suédois en agissant négativement sur les dépenses publiques.
Le passage à l’euro ne devrait pas être prochainement un projet du gouvernement au vu de la situation de la zone euro depuis la crise, qui présente la monnaie unique plus comme une monnaie-fardeau que comme une opportunité économique.

Par ailleurs, il faut rappeler que la Suède est un petit pays de 9 millions d’habitants, peu urbanisé et situé en périphérie de l’Europe, trois critères qui contribuent à reléguer cet État au second plan dans l’UE. De plus, avec seulement vingt députés au Parlement Européen, les Suédois peuvent difficilement espérer influer sur les décisions législatives européennes. L’enjeu de la participation suédoise à l’UE est donc moindre comparé aux États du cœur de l’Union.

Références :


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