Accord avec l’Iran : 2 avantages, 1 inconvénient

Centrale nucléaire- Peter Gabriel (CC BY-SA 2.0)

Malgré ses avantages, l’accord conclu avec l’Iran renforce l’hégémonie américaine.

Par Sheldon Richman, depuis les États-Unis.

Centrale nucléaire- Peter Gabriel (CC BY-SA 2.0)
Centrale nucléaire- Peter Gabriel (CC BY-SA 2.0)

Le bien qui sortira de cet accord ne peut être surestimé mais il comporte un grave inconvénient. L’accord nucléaire avec l’Iran est bon pour deux raisons : il réduit les risques de guerre et il permet la levée des sanctions qui pénalisent la population iranienne.

Bien que les responsables américains affirment toujours que la guerre reste une option, le risque en est maintenant faible. Même le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu sait que militairement il ne peut porter un coup décisif à l’Iran. Pour cela, il a besoin des États-Unis et il ne peut plus guère compter maintenant sur ce partenaire.

Que les Iraniens voient lever les sanctions ne peut qu’être bien accueilli par tout être humain. Selon le Président Obama, les sanctions ont « paralysé l’économie iranienne…  Leur économie est sinistrée en raison des sanctions ». Mais il a tort. Le terme « économie » est une abstraction : elle ne peut être paralysée ou sinistrée. C’est la vie des Iraniens innocents qui a été paralysée ou sinistrée, ce sont eux qui ont manqué de nourriture et de médicaments. Le régime des sanctions est une forme de guerre contre les non-combattants. En outre, comme l’a montré Gareth Porter, il n’a même pas atteint les objectifs qu’Obama lui avait assignés.

Le bien qui sortira de cet accord ne peut être surestimé. Il y a eu lieu de se réjouir d’une situation qui voit diminuer la perspective d’un Moyen-Orient embrasé avec des difficultés pour le reste du monde et l’amélioration de la vie quotidienne des Iraniens ordinaires.

Iran Teheran city of lights Arash Razzagh Karimi  (CC BY-NC-ND 2.0)
Iran-Teheran city of lights Arash Razzagh Karimi (CC BY-NC-ND 2.0)

Mais l’accord a un grave inconvénient qui est de renforcer l’hégémonie américaine. Le gouvernement américain est considéré par les médias, entre autres, comme l’instance légitime pour accuser, juger et surveiller le gouvernement de l’Iran. Le gouvernement des États-Unis, bien sûr, dispose d’une puissance militaire écrasante, et ce seul élément lui donne la capacité d’imposer ses exigences aux autres. Mais cela ne signifie pas que le président Américain ait l’autorité morale pour le faire.

Selon quelle norme morale un gouvernement peut-il faire pression sur d’autres quand il a semé la mort et la destruction sur d’innombrables sociétés avec sa puissance militaire, en lâchant deux bombes atomiques sur des civils japonais ; en soutenant certains des pires dictateurs de l’époque contemporaine ; en rendant possible l’utilisation d’escadrons de la mort et d’autres formes de terreur ; en renversant des gouvernements (dont celui de l’Iran en 1953) afin d’installer des régimes fantoches ; en déclenchant des guerres d’agression et soutenant certaines d’entre elles (telles que la guerre menée par l’Irak utilisant des armes chimiques contre l’Iran dans les années 1980 ; d’Israël contre le Liban, ce qui engendré le Hezbollah et maintenant la guerre des Saoudiens au Yémen) ; en facilitant des opérations secrètes, des guerres par procuration ou cybernétiques (par exemple, contre l’Iran) ; et en soutenant l’occupation de territoires de gens innocents (l’exemple le plus pertinent, l’occupation israélienne de la Palestine par le nettoyage ethnique et la conquête militaire, ce qui a engendré le Hamas) ?

L’Iran n’a jamais menacé les États-Unis ou Israël. Il n’a pas essayé de construire une bombe atomique, et même s’il devait le faire, cette arme ne serait d’aucune utilité sauf peut-être comme arme de dissuasion. Pourtant, les États-Unis, puissance militaire atomique, et son allié Israël – qui a le monopole de l’arme nucléaire au Moyen-Orient – ont la prétention de dicter à l’Iran ce qu’il peut et ce qu’il ne peut pas faire. Le système de souveraineté de l’État que nous subissons est illégitime, mais tant qu’il existe, le gouvernement américain ne fera que provoquer le chaos en violant la « souveraineté » des autres nations. En vertu des lois en vigueur, l’Iran est une nation souveraine, de sorte que le gouvernement américain ne devrait pas avoir plus d’autorité pour exiger que l’Iran lui ouvre, pour les inspecter, ses installations militaires et scientifiques que l’Iran ne pourrait exiger la réciproque du gouvernement américain. (En fait, ce ne serait peut-être pas une mauvaise chose).

Il est particulièrement scandaleux de voir Israël, qui a agressé tous ses voisins, siéger parmi les juges de l’Iran. L’Iran a signé le Traité de non-prolifération nucléaire et a été soumis à des inspections avant les dernières négociations. Israël n’a pas signé ce traité. On préfère ne pas savoir ce qui est connu depuis longtemps : il existe des centaines d’armes nucléaires, qui ont été réalisées avec des composants passés en contrebande grâce à la complicité de fonctionnaires et de partisans américains d’Israël dans la plus complète illégalité. Israël, comme les États-Unis, sont hostiles à la dénécluarisation militaire du Moyen-Orient, position soutenue par l’Iran.

Donc, trinquons à cet accord. Mais restons vigilants tant que l’hégémonie américaine ne sera pas réduite à l’impuissance.

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Sur le web. Traduction pour Contrepoints par Gérard Michel Thermeau