Quand la science s’égare (1)

Mad scientist - Savant fou - Crédit photo : Kit via Flickr (CC BY-NC 2.0)

Premier épisode de la série qui remet en perspective les progrès scientifiques.

Par Le Minarchiste

Mad scientist - Savant fou - Kit (CC BY-NC 2.0)
Mad scientist – Savant fou – Crédit photo : Kit via Flickr (CC BY-NC 2.0)

 

La science a été au cours de l’histoire une source incroyable de découvertes fascinantes et d’inventions stupéfiantes. Il arrive cependant qu’elle s’égare dans un labyrinthe où elle est déroutée par des considérations politiques, des égos surdimensionnés et des personnalités trop influentes. Quand on place quelques exemples de ces errances en perspective, on se rend compte qu’il est malsain de faire aveuglément confiance en la science et d’adopter les politiques qu’elle nous suggère sans poser de questions.

La physique… une science exacte ?

En 1859, le mathématicien Urain Le Verrier avait décelé une anomalie dans l’orbite de Mercure, laquelle ne semblait pas obéir à la loi de la gravité de Newton. Que fit-il alors ? Plutôt que de remettre en question la loi de Newton, il conclut qu’il devait exister une autre planète entre le Soleil et Mercure, qu’il nomma Vulcain. Ce n’est qu’en 1915, bien après la mort de Le Verrier, grâce à la théorie générale de la relativité d’Einstein, que l’on put finalement conclure que Vulcain n’existait pas ! Autrement dit, une connaissance « démontrée scientifiquement » a pu persister pendant plus d’un demi-siècle avant que l’on ne réussisse à l’invalider. On a préféré inventer une planète imaginaire plutôt que remettre Newton en question !

De nos jours, plusieurs observations du comportement de l’univers ne correspondent pas aux théories considérées comme « scientifiquement valides ». Par exemple, l’expansion de l’univers est en accélération. Quelle solution a-t-on adopté ? On a supposé l’existence de la matière sombre et de l’énergie sombre, lesquelles n’ont jamais été observées. Est-ce que le consensus des astrophysiciens est en train de répéter la même erreur que Le Verrier ?

Tous les chercheurs qui travaillent présentement à tenter de prouver ces concepts gaspillent peut-être leur temps. Selon le chercheur Mordehai Milgrom, de l’Institut Weizmann en Israël, « les gens qui travaillent sur la matière sombre n’arrêteront pas par eux-mêmes, ils vont arrêter quand on arrêtera de les financer ». Évidemment, il faudra une personnalité solide pour ébranler la théorie d’Einstein. Mais est-ce que l’écosystème actuel de la science favorise l’émergence de cette théorie révolutionnaire ? En fait, même la théorie du Big Bang est présentement sérieusement remise en question (voir ceci entre autres). Pour une excellente lecture sur le sujet, je vous recommande « Hidden in Plain Sight » 1 et 2, par Andrew Thomas.

Les idées reçues en médecine

En 1946, le Dr Benjamin Spock écrivait dans son livre Baby and Child Care que selon lui, les nouveaux-nés devaient dormir sur le ventre. Cette affirmation non vérifiée scientifiquement, mais qui faisait tout de même « consensus », a malheureusement causé des milliers de décès par la mort subite du nourrisson, et ce pendant des décennies.

Au début du 20ème siècle, la seule méthode connue pour éradiquer un cancer était la chirurgie. Celui qui est passé maître en la matière est un dénommé William Halsted, qui a mis en oeuvre un processus d’augmentation extrême de l’ampleur de la chirurgie. Il avait observé que si le cancer récidivait après la chirurgie, c’était généralement aux abords de l’endroit où il se situait. Son raisonnement fut donc qu’il fallait enlever encore et encore plus de chair pour s’assurer que le cancer ne récidive pas. Halsted a perfectionné sa technique concernant le cancer du sein jusqu’à parvenir à ce qu’il nommait la « mastectomie radicale », qui consistait à retirer le sein entier, le muscle pectoral, les glandes lymphatiques, le cartilage et même les os environnants (côtes et clavicule). C’était une opération très morbide et traumatisante.

Halsted n’avait pas compris que si le cancer récidivait, c’était du fait des métastases qu’aucune chirurgie ne pouvait éradiquer. Aucune expérimentation valide n’avait pu confirmer que la chirurgie radicale était le traitement le plus efficace contre le cancer du sein car Halster choisissait bien ses patientes, rejetant les cas plus complexes. L’influence d’Halsted suffisait à faire taire toutes les critiques, à tel point que les chercheurs ayant tenté de tester des méthodes alternatives, comme la chimiothérapie, ne parvenaient pas à recruter médecins et patients. Ceci dit, dans les années 1920, Geoffrey Keynes, un médecin de Londres, où Halsted était moins influent, avait publié des résultats démontrant qu’une combinaison de chirurgie locale légère et de chimiothérapie accomplissait le même résultat que la mastectomie radicale. Le chirurgien américain George Crile Jr avait corroboré les résultats obtenus par Keynes, mais ne parvint pas à mettre sur pied une étude pour le démontrer scientifiquement, faute de collaboration des chirurgiens sous l’influence d’Halsted.

Ce n’est que beaucoup plus tard que l’oncologue Paul Carbone, du National Cancer Institute, pût démontrer que la chirurgie radicale n’était pas plus efficace qu’une chirurgie locale combinée à la chimiothérapie. Entre 1891 et 1981, environ 500.000 femmes ont dû subir l’horrible procédure d’Halsted, et voir leur corps complètement déformé.

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Dans les années 1970, Robin Warren, un pathologiste australien, écrivait ceci :« Depuis la naissance de la bactériologie médicale il y a plus d’un siècle, on enseigne qu’aucune bactérie ne peut croître dans l’estomac (en raison de l’acidité trop élevée). Quand j’étais étudiant, c’était un ‘fait connu’, comme ‘tout le monde sait que la terre est plate’ ».

Cette boutade illustrait le scepticisme de Warren à l’égard d’une « vérité » considérée comme scientifiquement valide depuis plus d’un siècle. Warren croyait que des colonies de bactéries vivaient dans le halo bleuté entourant les ulcères d’estomac, mais échouait à les isoler in vitro. De son côté, le médecin Barry Marshall y parvint. Les deux hommes nommèrent cette bactérie Helicobacter pylori, en raison de sa forme (helico) et de son emplacement à l’embouchure de l’estomac (pylorus en latin signifiant « gardien de la porte »). Une autre « certitude scientifique » venait de s’écrouler !

Fait intéressant, pour prouver que cette bactérie était à l’origine des gastrites, Marshall a lui-même ingéré un bouillon contaminé, provoquant ainsi une sévère gastrite. Il fut alors établi que cette bactérie causait les ulcères d’estomac (non, ce n’est pas le stress, comme on le croyait auparavant), qui eux-mêmes pouvaient mener au cancer.

En 1995, Werner Bezwoda, un chercheur Sud-Africain publia des résultats de recherche stupéfiants. Il avait réussi à démontrer que l’utilisation de la chimiothérapie à dose élevée (HDC) combinée avec une transplantation autologue de moelle épinière (ABMT) permettait d’obtenir de meilleurs résultats contre le cancer du sein métastasé. Des 45 patientes ayant reçu la combinaison HDC/ABMT, 23 avaient atteint la rémission. Sur la base de ces résultats, environ 40.000 femmes partout dans le monde ont subi ce traitement. Il était impossible de compléter d’autres études cliniques puisque toutes exigeaient le traitement au lieu d’être assignées au groupe de contrôle. Bezwoda avait atteint la célébrité et son article de 1995 a été cité plus de 350 fois en à peine plus de 5 ans.

Puis, en 1999, des chercheurs américains sont partis en Afrique du Sud pour vérifier l’étude menée par Bezwoda et la solidité de ses résultats. C’est avec horreur qu’ils découvrirent que les résultats de Bezwoda avait été falsifiés. Il ne disposait que de 61 des 90 dossiers de patients. Seuls 27 des dossiers comportaient une évaluation d’éligibilité à l’étude, dont 18 n’auraient pas dû être éligibles. Seulement 25 patients avaient reçu un traitement, donc 22 le traitement expérimental. Aucun formulaire de consentement n’avait été signé et les patients n’avaient évidemment pas été assignés de manière aléatoire. L’article désormais célèbre du Journal of Clinical Oncology  fut démenti en avril 2001. Ce traitement n’est désormais plus utilisé.

Pour davantage de détails sur l’histoire fascinante du cancer et des traitements visant à l’éradiquer, je vous recommande fortement le superbe ouvrage de Siddhartha Mukherjee, The Emperor of All Maladies, A Biography of Cancer.

Ceci dit, le cancer est loin d’être le seul sujet sur lequel la science s’est trompée. Considérez la cprépartition des papilles gustatives sur la langue. On a longtemps pensé que le salé pouvait être ressenti sur les côtés à l’avant de la langue, l’acide sur les côtés arrières, le sucré au centre-avant et l’amer au centre-arrière. Cette théorie d’un scientifique Allemand, D.P. Hanig date de 1901 ; il a publié les résultats de son expérience basée sur les « impressions » des participants quant à l’intensité des goûts. Cette théorie fut consolidée par Edwin Boring, de l’Université Harvard, en 1942. Ce n’est qu’en 1974 que Virginia Collings, chercheur, a découvert qu’en fait, les quatre saveurs peuvent être perçues indifféremment partout sur la langue. On sait maintenant aussi qu’existe une cinquième saveur détectée par la langue, le « umami », et qu’il y en aurait peut-être une sixième pour le gras. Plusieurs ouvrages de référence continuent tout de même de véhiculer ce mythe de la « carte des saveurs »… (voir ceci)

À suivre.

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