Crise grecque : UE et FMI, boucs émissaires faciles

Grèce Credit RG1033 (Creative Commons)

Les politiciens grecs rejettent la responsabilité des difficultés de leur pays sur d’autres.

Par Vladimir Vodarevski

Grèce Credit RG1033 (Creative Commons)
Grèce Credit RG1033 (Creative Commons)

 

Dans un reportage de BFM, sur la pénurie de médicaments en Grèce, c’est bien sûr l’Europe, l’Union Européenne plus précisément, qui est, de façon sous entendue, accusée de cette pénurie. De nombreux médias relaient les accusations contre l’Union Européenne, et le FMI, et surtout la terrible Allemagne, qui impose l’austérité à la Grèce. La rock star (selon le Financial Times) Thomas Piketty se rappelle au bon souvenir des médias en disant qu’un pays comme l’Allemagne, qui a bénéficié en son temps d’un effacement de ses dettes, devrait être plus indulgent avec la Grèce. Le Pape y va de son sermon, avec tout le respect que j’ai pour le catholicisme, d’où vient une partie de mon éducation, fustigeant le FMI et ceux qui portent atteinte à la souveraineté des peuples en imposant des plans d’austérité.

Cependant, toutes ces allégations sont fausses. Complètement fausses.

Pourquoi la Grèce, et d’autres pays, appellent-ils à l’aide ? Parce que leur économie s’écroule. Ce n’est pas le FMI qui impose l’austérité, ce n’est pas l’Europe qui impose la rigueur, à la Grèce notamment. La Grèce ne peut plus payer ses retraités, ni ses fonctionnaires, non pas à cause de l’Europe, mais parce que son économie s’écroule. Et l’Europe ne vient pas imposer plus d’austérité à la Grèce, mais, au contraire, apporte des fonds pour soulager ce pays, et lui permettre de payer en partie les retraites et les fonctionnaires. L’Europe atténue les souffrances des Grecs. Accuser l’Europe d’imposer l’austérité, c’est comme accuser les pompiers des dégâts du feu qu’ils viennent éteindre.

Concernant la Grèce, comme le montre Guillaume Nicoulaud sur Contrepoints, ce sont 107 milliards d’euros de dettes grecques qui ont été effacées en 2012, tandis que depuis, 231,2 milliards lui ont été versés, dont plus de 200 milliards par l’Europe et le FMI (plus de 180 milliards en ce qui concerne l’Europe).

Ces chiffres établissent plusieurs choses.

D’une part, accuser l’Allemagne de manquer d’indulgence en refusant d’effacer une partie de la dette grecque, comme on aurait effacé une partie de sa dette, est sans fondement. L’Allemagne a, au sein de l’Union Européenne, participé à l’effacement d’une grande partie de la dette grecque. On s’étonne que les médias qui rapportent les propos de Piketty ne le rappellent pas.

D’autre part, ces chiffres montrent que l’Europe a injecté des milliards dans l’économie grecque. Exactement comme le lui demandent les keynésiens, et tous ceux qui la fustigent en la rendant responsable des malheurs des grecs. Or, les Grecs souffrent malgré les milliards déversés par l’Europe. On s’étonne que les médias ne le soulignent pas.

Ensuite, ces milliards déversés sur la Grèce n’ont pas entraîné cette fameuse relance keynésienne, qu’ils auraient dû provoquer selon la théorie keynésienne, et d’éminents économistes tel Paul Krugman. Ce qui montre l’ineptie de cette théorie. D’ailleurs, d’où viennent les problèmes de la Grèce ? De la politique de dépense publique et de déficit budgétaire menée par ses dirigeants. Si la dépense publique apportait la croissance, la Grèce serait un des pays les plus prospères de la Terre. On s’étonne que les médias ne le rappellent pas.

Grèce ruinée rené le honzecFaut-il néanmoins financer les fonctionnaires grecs, les retraités grecs, toute l’économie grecque, par solidarité ? La première question est de savoir si on en a les moyens, sachant que c’est de l’argent perdu, qui n’entraînera aucune relance keynésienne. La deuxième question est de savoir s’il est juste que la Grèce vive aux crochets de l’Europe, dont de nombreux habitants ont consenti des sacrifices pour relancer l’économie. Enfin, ce serait un chèque en blanc donné à des politiciens qui utiliseraient cet argent pour asseoir leur pouvoir sur les gens. Serait-ce juste ? Serait-ce éthique ?

Les politiciens ont l’habitude de rejeter la responsabilité des difficultés de leur pays sur d’autres. Le FMI, l’Union Européenne, les marchés financiers, cet ennemi sans visage qu’est la finance. C’est ce que fait la Grèce. C’est ce que fait la France. C’est ce que font tous ceux qui veulent s’attirer la sympathie des gens confrontés aux difficultés économiques. Mais, dans des économies qui n’ont jamais été aussi dirigistes, ce sont les politiques internes qui sont responsables des difficultés. L’aide extérieure peut les atténuer, mais pas les résoudre. Tout dépend de chacun des pays. De la Grèce. De la France aussi.


Sur le web.