4 leçons sur le divorce entre Europe et Grèce

Tsipras credits Lorenzo Gaudenzi (CC BY-NC-ND 2.0)

L’Europe joue sans aucun doute sa survie.

Par Michel Faure.

Tsipras credits Lorenzo Gaudenzi (CC BY-NC-ND 2.0)
Tsipras credits Lorenzo Gaudenzi (CC BY-NC-ND 2.0)

 

1. L’austérité, on en fait ce qu’on veut. On peut garder, comme les Grecs, une fonction publique surdimensionnée, un budget militaire déraisonnable, un système de retraites qui va droit dans le mur, un système fiscal inopérant et inéquitable, on peut décider de tenter de réduire les déficits en accablant d’impôts le seul cercle étroit du secteur privé et l’essentiel de la classe moyenne ne relevant pas de l’administration publique, et ainsi ne fabriquer que de la récession, des faillites, du chômage et de la pauvreté. On peut également traiter ceux qui malgré tout vous aident encore de « terroristes », mais cela n’aide pas vraiment à trouver une solution. Laquelle s’appelle la croissance.

On peut aussi faire de la rigueur l’instrument d’une reconstruction vertueuse d’un système à la dérive et renouer avec cette croissance. Élargir la base fiscale et réduire la charge des impôts des secteurs les plus productifs et créateurs d’emplois, réduire la surface du secteur public et le montant des dépenses publiques, éliminer la corruption, libérer le marché du travail de ses archaïsmes et s’ouvrir aux investissements étrangers. C’est ce qu’ont fait l’Irlande, l’Espagne et le Portugal. Ce n’a pas été un chemin facile, mais il a conduit au retour à la croissance.

2. L’Europe, dans sa dernière proposition à la Grèce, a incité le pays à s’ouvrir à la modernité bien plus qu’à l’austérité. Pour réduire le déficit budgétaire de la Grèce, elle demandait une augmentation temporaire du taux de base de la TVA à 23% (incluant les restaurants), avec un taux réduit à 13% pour l’alimentation, l’eau, l’énergie et le secteur hôtelier, et un troisième taux super-réduit de 6% pour les médicaments, les livres et le théâtre. Les créanciers ont également incité Athènes à moderniser sa fiscalité en supprimant les avantages réservés aux agriculteurs, aux armateurs et aux habitants des îles, en augmentant les taxes sur les assurances, en portant de 26 à 28% le taux d’imposition des sociétés et en simplifiant l’impôt sur le revenu. Les dernières propositions insistent sur la lutte contre la fraude, la réduction du budget de l’armée d’au moins 400 millions d’euros, un impôt sur les bateaux de luxe et un âge de la retraite amené à 67 ans avec quelques exceptions pour les travaux pénibles et les mères d’enfants handicapés. Elles consistent également à demander aux autorités grecques de décourager les départs anticipés à la retraite, préconiser une réforme des rémunérations du secteur public basées sur le mérite et la performance, l’autonomie de l’administration fiscale, une amélioration de la réglementation des faillites, l’adoption des meilleures pratiques européennes en matière de droit du travail, la sauvegarde de la concurrence et, enfin, un engagement sur un plan de privatisations.

De la rigueur, certes, mais surtout des réformes de modernisation et une promesse d’avenir. C’est à ce plan que la majorité des électeurs grecs a répondu « non ».

3. C’est son droit démocratique le plus absolu. C’est son droit de rejeter une proposition raisonnable, modérée et modernisatrice, susceptible de renouer bientôt avec la croissance sans laquelle il est impossible de sortir de la crise.

Mais la démocratie n’est pas une exclusivité grecque. Les contribuables européens ont aussi leur mot à dire, car c’est leur argent qui est en jeu. Ils sont en droit de penser que les options qui restent désormais aux Grecs – la fuite en avant de la dépense publique, l’approfondissement d’un socialisme étatiste cherchant l’équilibre par l’impôt et non par le déblocage des archaïsmes économiques et sociaux – ne feront qu’aggraver la crise dans laquelle se débat le pays. Dans ces conditions, la poursuite de l’aide à la Grèce (en dehors de l’éventualité d’une aide humanitaire) encouragerait Athènes à poursuivre une politique inadaptée, et sa crise deviendrait alors la crise de la zone euro toute entière.

4. La solidarité européenne repose sur l’idée d’une convergence de la bonne gouvernance et les vertus des réformes. Elle est toujours une construction en devenir, un consensus sur l’économie de marché, sur la libre concurrence et la rigueur budgétaire. Par sa réponse négative au référendum du 5 juillet, la majorité des électeurs grecs s’est détachée de ce consensus. L’Europe n’a pas à se laisser entraîner dans cette dérive, elle doit s’en prémunir.

La poursuite du soutien aux populistes grecs donnerait une légitimité nouvelle aux populismes européens et à leurs propositions aussi radicales qu’irréalistes. Si nous sommes solidaires des errements du gouvernement grec actuel, nous serons responsables de la montée en puissance de mouvements comme Podemos en Espagne, du Front National et du Front de Gauche en France, pour ne citer qu’eux. Nous pourrons alors dire adieu à l’Europe, à l’euro, à la croissance, au grand marché, au libre commerce, aux illusions de la paix durable et de l’harmonie, adieu à la démocratie continentale.