Fait divers, terrorisme, et un mahométan

grenade terrorisme credits Israel defense forces (licence creative commons)

Avez-vous déjà songé à quel point le « fait divers » est révélateur des évolutions de notre société ?

Par Michel Desgranges

grenade terrorisme credits Israel defense forces (licence creative commons)
grenade terrorisme credits Israel defense forces (licence creative commons)

J’ai toujours éprouvé pour les faits-divers le plus vif intérêt, aussi étais-je fort heureux de collaborer, il y a quelques décennies, à un hebdomadaire spécialisé en ce matériau, apprenant des reporters envoyés sur le terrain la réalité d’affaires souvent sanguinolentes, ce qui était ensuite écrit et publié, that’s another story.

Le fait divers n’est autre que la révélation d’une action humaine qui sort de l’ordinaire, ordinaire des conduites ou des normes sociales, et qui donc nous instruit sur la capacité de l’être humain à bafouer ces règles, sur les motivations qui l’y conduisent et, parfois, sur la rare ingéniosité qu’il y emploie.

Au-delà de l’auteur de l’acte, généralement criminel, le fait divers est un puissant indicateur des mœurs et coutumes, et état d’esprit (ce que l’on nomme aujourd’hui mentalités) des individus qui vont y être mêlés pour enquêter, punir et raconter, et ce traitement apporté à une action humaine singulière est le plus exact miroir d’une société.

La caractéristique première de ce traitement est qu’il tend à grossir l’affaire ; comme le pêcheur qui augmente la taille de la carpe prise, policiers et magistrats se valorisent, tant à leurs propres yeux qu’à ceux du public, en déguisant le banal en exceptionnel, rien de plus humain, et dont il faut se résigner à s’accommoder. Quant aux journalistes, que le sensationnel fasse vendre est le b-a ba de leur métier, et ils savent que ce sont les mots (particulièrement les adjectifs) qui créent le sensationnel, non le fait en soi, de ces mots, ils ont une ample réserve, c’est même leur capital.

À ces catégories professionnelles, dont nous constatons l’activité déformante (mensongère ?) dans les Histoires (dès l’invention de l’écriture) et les gazettes (dès M. Renaudot) se sont ajoutés, depuis peu…, les politiciens, pour qui certains faits divers qu’ils rendent spectaculaires par des artifices rhétoriques bien connus sont une occasion miraculeuse d’affermir et augmenter (rattraper ?) leur pouvoir.

Les politiciens ont, sur les autres conteurs de faits-divers, l’avantage de pouvoir édicter des lois au service de leurs intérêts, ainsi de cette loi donnant à un certain crime une définition si large et si imprécise que l’on peut y faire tomber bien des actes qui, selon le simple bon sens, et un honnête dictionnaire, n’en relèvent pas ; il s’agit du terrorisme.

Si, selon la définition du grand Leopold von Ranke, l’Histoire consiste à écrire ce qui s’est réellement passé, on aura compris qu’il n’en va pas de même pour le récit journalistique ou le touitt de politicien (ni pour le blogueur militant , qu’il soit « de gauche » ou « de droite »), et le souci de l’information s’efface comme le sourire du chat de Cheshire, de celui-ci, il demeure une délicieuse image, de celui-là, rien.

C’était mon commentaire sur l’affaire d’un mahométan imbécile qui a tué son employeur, pour avoir eu l’audace de lui reprocher de mal travailler.

P.S.- J’ai commencé de regarder la série The newsroom, écrite par M. Aaron Sorkin,  qui est d’une grande qualité intellectuelle, et dont le sujet est la possibilité d’une information objective ; voilà qui mériterait une analyse argumentée, que, par paresse, je ne ferai pas.