Immigration : une seule issue, ouvrir les voies légales

immigration libre (Crédits : cicilief, licence Creative Commons)

Face au caractère inéluctable de l’immigration en Europe et aux conditions désastreuses dans lesquelles elle s’opère actuellement, il est urgent de changer d’approche en légalisant l’immigration.

Par Anthony Végat.

immigration libre (Crédits : cicilief, licence Creative Commons)
immigration libre (Crédits : cicilief, licence Creative Commons)

Le projet de loi relatif à la réforme du droit d’asile revient à l’Assemblée, exacerbant une nouvelle fois le débat sur la capacité de notre pays à faire face à un afflux croissant d’immigrés.

Dans ce contexte, il apparaît essentiel de revenir à une réalité inéluctable : quelle que soit l’appétence des uns et des autres pour l’immigration, le nombre de personnes qui rejoindront notre continent dans les années et les décennies à venir va continuer à croître fortement. En effet, il y a d’un côté le besoin économique d’un apport de population dans une Europe vieillissante et de l’autre, la détermination, voire l’héroïsme, mis en œuvre par les individus qui cherchent à rejoindre le continent.

Le déni de réalité, les crispations, les circonvolutions actuelles se payent cher. En l’absence de dispositif légal à la hauteur du phénomène, l’aventure des migrants s’apparente à la traversée des Enfers. Lors du voyage d’abord : ils sont condamnés à des conditions de vie inhumaines. Ensuite, arrivés sur place : ils pénètrent des méandres administratifs qui les maintiennent dans une situation kafkaïenne. Ceux qui demandent l’asile se voient gratifiés provisoirement par l’État d’un subside symbolique, mais ont l’interdiction de subvenir par eux-mêmes à leurs besoins en travaillant. Cela donne naissance à des zones de campements sauvages où les migrants sont condamnés à attendre Godot. Mais cette attente est en général rapidement perturbée puisque la police se charge de les déloger et les voisins de leur reprocher de ne pas s’intégrer.

Pour les autochtones, ces images de rafiots à l’attaque des côtes européennes et la sensation que le denier public est dilapidé dans la gestion de l’immigration favorisent une posture de défiance, voire d’agressivité face aux arrivants.

Pourtant, le phénomène migratoire est inéluctable. Il peut y avoir encore quelques gesticulations politiciennes mais cela restera quantité négligeable face aux réalités de fond : le besoin économique en immigration et la détermination des migrants.
Alors, plutôt que d’infliger des souffrances stériles à tous les protagonistes, immigrants ou autochtones, il conviendrait de mettre en place urgemment les voies légales permettant d’accompagner dignement ces flux migratoires.

En quoi cela consisterait-il ? Il s’agirait simplement d’octroyer un titre de séjour à toute personne qui en ferait la demande. En contrepartie, le migrant aurait à s’assumer seul, par son propre travail ou la solidarité familiale. Dans un premier temps, 5 ans ?, il ne bénéficierait de la solidarité nationale que pour les services auxquels il aurait cotisé. Par exemple, un salarié migrant bénéficierait comme tout cotisant aujourd’hui, de l’assurance chômage, de la couverture santé, etc. En revanche, les autres dispositifs de redistribution ne lui seraient pas ouverts, soit actuellement, RSA, allocations familiales, ou autre subvention. Au terme de cette durée probatoire, il pourrait devenir pleinement membre de la communauté nationale.
Ce dispositif s’appliquerait quelle que soit la raison de la migration, politique, économique, familiale. Il permettrait d’une part d’éviter la sauvagerie des traversées en mer ou dans les trains d’atterrissage des avions, ainsi que la précarité et la dangerosité du statut de clandestin. Il favoriserait d’autre part l’intégration des migrants. En effet, ayant à s’assumer seuls, ils bénéficieraient de la sociabilisation par le travail ou s’appuieraient sur leur famille déjà présente sur place. De leur côté, les autochtones n’auraient plus à craindre que leurs impôts servent à entretenir les personnes immigrées.

Plutôt que d’essayer de construire des digues aussi minuscules qu’inefficaces et de se mette en position de subir les flux migratoires, l’Europe aurait tout à gagner à prendre acte du caractère incontournable de l’immigration, afin d’intégrer les arrivants dans les meilleures conditions, au bénéfice de tous.