Kung Fury, le grand retour du cinéma d’auteur

Il est difficile de faire une recension rapide d’une œuvre aussi vaste que Kung Fury.

Par Nick de Cusa.

Kung Fury (affiche promotionnelle)

La renaissance du cinéma d’auteur suédois de qualité, attendue depuis Ingmar Bergman, est enfin arrivée. Un jeune auteur-réalisateur de ce pays, David Sandberg vient de révolutionner son art, aux yeux ébahis du monde, avec le déjà célèbre film Kung Fury. Le succès ne s’est d’ailleurs pas fait attendre. En témoignent, sur le site Rotten Tomatoes, une note de 98%, et sur IMDB, une note de 8,4.

Au-delà de cet engouement des foules, que peut écrire le critique sur une œuvre si novatrice ?

Étonnamment pour un débutant inconnu, le scénario est solide et cohérent. La cause soutenue est on ne peut plus juste, puisqu’il s’agit de tuer Hitler. Nous sommes dans la lignée du grand film d’action à message, dont le meilleur exemple reste, bien sûr, Cuirassé Potemkine. La thématique du petit groupe de personnages disparates projetés malgré eux dans le rôle d’improbables héros affrontant un mal supérieur, n’est bien entendu pas sans rappeler la trilogie Rio Bravo, Eldorado, Rio Lobo, de Hawks.

L’aspect laïcité est douteux puisqu’une image favorable est donnée d’un dieu qui joue un rôle positif. Cette constatation est tout de même atténuée par le fait qu’il appartient à un panthéon polythéiste, ce qui est moins grave. Sachons pardonner cette erreur de jeunesse.

Les dialogues sont d’une richesse qui engendrera, sans nul doute, de nombreuses études détaillées. Leur profondeur métaphysique détachée, toute scandinave, réjouira l’amateur du genre. De peur de trop en dévoiler, nous ne partagerons ici que deux lignes :

« C’est l’âge des Vikings
Ça explique les laser raptors »

En ce qui concerne le jeu des acteurs, on insistera sur la finesse de celui d’Eleni Young, qui incarne Barbarianna. Il est également tout à fait passionnant de constater à quel point l’interprétation d’Adolf Hitler par Jorma Taccone diffère de celle, désormais classique, du Suisse Bruno Ganz dans Der Untergang. On ne peut s’empêcher de constater que la confrontation des deux éclaire d’un jour nouveau la personne de cet atroce et infâme dictateur. Et n’est-ce pas justement bien là la mission du cinéma expérimental ?

Le film poursuit aussi, bien entendu et avant tout, un but culturel, c’est-à-dire la préservation du patrimoine esthétique des années 1980, au siècle dernier… L’ensemble est visuellement très réussi et permettra aux plus jeunes de découvrir l’imagerie de cette époque bénie de l’élégance et de la subtilité. Notons ici quelques anachronismes frappants. La mitrailleuse rotative Gatling et les dinosaures sont bien entendu des thèmes du cinéma de la décennie suivante, plus que des années 1980. Comptons que Sandberg parviendra à une rigueur plus poussée pour sa prochaine création. Au vu de sa première œuvre, nous l’en croyons capable.

Inhabituellement pour un film d’auteur, il s’agit aussi d’un film d’effets spéciaux. Ceci nous ramène à la tradition du grand Georges Méliès ou, plus près de nous, de David Cronenberg. Nous aurons peu de choses à ajouter sur ce point, tant les trucages se fondent dans la narration, se faisant ainsi oublier, ce qui est toujours la meilleure qualité qu’ils devraient avoir. La découpe du partenaire du héros en est un exemple brillant.

Gageons que le ministère de la Culture saura prendre chez nous toutes les mesures nécessaires pour aider à l’émergence de ce nouveau genre de cinéma d’auteur, pour une nouvelle Nouvelle Vague tant attendue.

Le film Kung Fury, une production Laser Unicorn.

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