Réforme du collège : le mur de l’argent

Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’Éducation nationale - Photo : Julien Paisley via Flickr (CC BY-NC-ND 2.0

La réforme Vallaud-Belkacem coûte 1 milliard d’euros. L’État n’a pas l’argent pour la financer. Elle est donc vouée à l’échec.

Par Jean-Baptiste Noé

Najat Vallaud-Belkacem - Credits Julien Paisley  (CC BY-NC-ND 2.0)
Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’Éducation nationale – Photo : Julien Paisley via Flickr (CC BY-NC-ND 2.0)

 

Dans la réforme du collège proposée par le ministère de l’Éducation Nationale on a un peu parlé pédagogie, histoire et langues anciennes, mais pas du tout argent. C’est dommage, car c’est sur ce mur de l’argent que la réforme va se fracasser, comme avant elle celle des rythmes scolaires. Nous n’avons vu nulle part évoqué le coût de la réforme Vallaud-Belkacem. Il est pourtant faramineux et l’on voit mal comment, vu l’état des finances publiques, elle pourrait être réalisée. Prenons les principaux éléments.

Les EPI

Il est prévu 3 professeurs pour animer une heure d’EPI (Enseignements Pratiques Interdisciplinaires). Donc chaque heure de cours va coûter 3 fois plus cher. Il semblerait que, pour pallier ce coût, les horaires du collège soient diminués de trois heures. Je dis bien il semblerait, car la lecture des textes officiels n’est pas vraiment claire et que l’on a encore du mal à discerner ce que le gouvernement veut faire.

La création de 4 000 postes

Le candidat Hollande prévoyait la création de 60 000 postes dans l’enseignement. Le problème c’est qu’il y a de moins en moins de candidats : on ne trouve personne pour occuper ces postes. La réforme Vallaud-Belkacem prévoit la création de 4.000 postes d’enseignants pour animer les heures de travail en petit groupe et cela « pour créer davantage d’interaction avec les élèves ». 4.000 postes, cela représente environ 180 millions € de masse salariale annuelle. Où trouve-t-on l’argent ? Et si on ne le trouve pas, comment fait-on la réforme ?

D’autre part, à supposer que le budget soit dégagé, comment fait-on pour trouver les 4 000 candidats potentiels quand chaque année au CAPES il y a moins de candidats que de postes à pourvoir ?

Les manuels scolaires

Nous souhaitons bon courage aux éditeurs qui vont devoir créer des manuels scolaires pour toutes les disciplines et tous les niveaux du primaire et du collège pour la rentrée 2016. Normalement, les réformes de ce type se font par palier : on commence par la 6ème et on remonte chaque année. Les établissements peuvent ainsi étalonner leurs achats de manuels. Si tous les programmes changent en même temps, ils n’auront jamais le budget pour tout renouveler en une seule fois.

Le problème est aussi du côté des éditeurs. Il faut que les manuels soient prêts pour avril pour que les professeurs puissent faire leur choix. Il faut environ un an pour faire un manuel, et les nouveaux programmes ne seront connus qu’en septembre 2015. Impossible donc de tout réaliser pour la rentrée 2016.

L’achat des manuels est largement subventionné : les collèges et les lycées publics reçoivent de l’argent de l’État pour les acheter. Pour les éditeurs, c’est une formidable rente de situation. Mais jamais l’État ne pourra débourser plusieurs centaines de millions d’euros pour acheter les nouveaux manuels qu’il impose pourtant. Le Syndicat National de l’Édition estime le coût de renouvellement à 480 millions d’euros pour le collège, et 300 millions d’euros pour l’école. Soit 780 millions d’euros. Encore une fois, l’État n’a pas l’argent. Les familles ne voudront pas payer. Les communes (pour le primaire) et les départements (pour les collèges) ont des budgets de plus en plus serrés. On voit mal comment ils pourraient subventionner l’achat des manuels.

Alors, comment se fait la réforme ? À grands traits, elle est déjà chiffrée à presque 1 milliard d’euros. Le mur de l’argent est une terrible réalité, et la réforme Vallaud-Belkacem s’y brisera.


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