Subventionner le pétrole : une mauvaise idée !

pompe à essence credits ores 2k (licence creative commons)

À l’échelle de la planète, les « subventions pétrolières » s’élèveraient à 5300 milliards de dollars.

Par Youri Chassin
Un article de l’Institut économique de Montréal

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pompe à essence – credits ores 2k (licence creative commons)

 

Le FMI vient de faire paraitre une évaluation des « subventions pétrolières » qui estime ces dernières à 5300 milliards de dollars à l’échelle de la planète. C’est l’équivalent de 10 millions de dollars par minute !

Les subventions sont généralement de très mauvais leviers économiques, pour l’énergie comme pour le reste. Au Québec, on connait les effets désastreux sur nos factures d’électricité des subventions aux éoliennes qui s’élèvent à environ 695 M$ par année. En Ontario, les subventions aux énergies renouvelables augmentent la facture des consommateurs de 285 M$.

Subventionner le pétrole n’est certainement pas une meilleure idée ! Or, selon deux dirigeants du FMI, les subventions au pétrole sont « omniprésentes dans les pays avancés ». En fait, les subventions de 5300 milliards dont il est question dans cette étude ne sont pas des chèques remis par les gouvernements aux entreprises ou des rabais pour les consommateurs de pétrole.

Ce type de subvention traditionnelle représente seulement 500 milliards de dollars par année, ou moins de 10% du total, selon l’Agence Science Presse. J’ai déjà estimé que ces véritables subventions ont pratiquement disparu au Canada et ne s’élèveront qu’à 71 millions de dollars l’an prochain.

Pour en arriver à des sommes aussi astronomiques que 5300 milliards, les auteurs de l’étude doivent ratisser si large que leur méthode soulève bien des questions méthodologiques.

L’essentiel des « subventions » seraient ainsi constituées de la pollution associée au pétrole et des coûts liés aux changements climatiques dont les coûts ne sont pas payés par les pollueurs. Ces coûts sont en quelque sorte « subventionnés » dans le sens où ils sont supportés par d’autres.

D’autres considérations locales, comme la congestion routière ou les accidents de la route, comptent pour 18% du total. Ces facteurs n’ont pourtant rien à voir avec le pétrole. Les voitures électriques ou à hydrogène ne sont pas à l’abri des accidents. Et qu’elles soient mues par une énergie fossile ou non, les voitures qui se conduisent elles-mêmes pourraient bien réduire de beaucoup la congestion dans les prochaines années.

Le problème lorsqu’on tente d’estimer les coûts de la pollution et des changements climatiques, c’est qu’on estime des coûts futurs avec les connaissances techniques et scientifiques d’aujourd’hui. Bon nombre de problèmes qui semblent coûteux et difficiles à régler à une époque paraissent triviaux quelques décennies plus tard. Il est donc facile de surestimer ce genre de coûts.

Cela n’empêche pas que la combustion du pétrole engendre bel et bien des externalités négatives, c’est-à-dire des coûts que le prix d’un litre d’essence, tel que fixé par le marché, ne reflètera pas. Ne parlons pas de subvention dans ce cas, ce serait malhonnête et plus confusionnant qu’éclairant. Mais le prix du marché n’est certainement pas ce que nous payons, avec l’ensemble des taxes sur l’essence imposée aux automobilistes. Bien au contraire, les externalités négatives sont souvent déjà prises en compte.

Bref, si subventionner le pétrole demeure une mauvaise idée, le 5300 G$ donne quant à lui une bien mauvaise idée des véritables subventions au pétrole.


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