Comment démoyenniser la démocratie : c’est quoi, le marché ?

La démocratie démoyennisée, c’est le marché. Mais qu’est-ce que le marché, et comment ça marche ?

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Démocratie Vote Elections (Crédits : Theresa Thompson, licence Creative Commons)

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Comment démoyenniser la démocratie : c’est quoi, le marché ?

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 23 mai 2015
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Je parlais dans un précédent article de la nécessité de démoyenniser la démocratie. J’y montrais la supériorité du marché sur la démocratie comme mécanisme de prise de décision : le marché permet une meilleure expression des préférences. Mais, concrètement, qu’est-ce que le marché ?

J’aimerais proposer pour le marché une définition inédite, que j’illustrerai ensuite avec sa déclinaison précise. J’y montrerai également que des visions concurrentes du marché sont en réalité des descriptions différentes de la même chose.

Le marché, c’est tout ce que fait un individu quand il a réellement le choix. Ce choix, comme tout choix, se fait dans un environnement donné, qu’on appelle la réalité. Elle obéit à des lois que la science parvient à démontrer en transformant des théories en certitudes, en en faisant la preuve. Le marché, c’est l’action de l’homme libre dans son environnement. L’homme libre étant celui dont la propriété et la sûreté sont garanties, et qui est libre de faire tout ce qui ne nuit pas à autrui. S’il ne vit pas en ermite, si cet homme libre vit en société et interagit avec ses semblables, alors pour tous, la liberté, la sûreté et la propriété sont garanties. Chaque individu a donc un droit inaliénable et imprescriptible à sa liberté, sa propriété et sa sûreté. Le marché, ce sont les conditions qui règnent dans un environnement où sont garanties la sûreté, la propriété et la liberté. Mais concrètement, comment cela se décline-t-il ?

Il existe plusieurs visions du marché ainsi défini :

  • Le panarchisme est un régime politique dans lequel chacun est libre de choisir son régime politique. Les communistes peuvent se regrouper dans une société communiste, les socialistes avec les socialistes, les keynésiens avec les keynésiens, les libéraux avec les libéraux. Tous font les règles, pour eux-mêmes et leur groupe. Puisque chacun est libre de choisir son régime politique, il est impossible d’imposer à quiconque son propre choix. Un régime politique ne peut donc reposer que sur la volonté d’y participer.
  • Le volontarisme est une société volontaire. Les interactions entre individus sont librement consenties, et par extension les échanges et la coopération. Concrètement, ils peuvent donc organiser leurs régimes politiques comme ils l’entendent ; la vision panarchiste est une vision politique, d’ensemble, alors que la vision volontariste est une perspective individuelle. Top-down, bottom-up.
  • L’anarcho-capitalisme est un tout-marché. Les interactions sont régies par le droit de propriété, l’individu étant dans tous les aspects propriétaire de lui-même. Tout est marchand, l’État n’existe plus. Les régimes politiques coexistent, les interactions sont volontaires. C’est non seulement compatible, mais identique aux deux visions précédentes, considéré, cette fois, d’un point de vue économique.

De fait, si on conçoit chaque régime politique comme un État, et que la liberté des interactions et organisations permet la coexistence des régimes politiques, aucun n’est réellement un État. Aucun n’a le monopole de la contrainte, de la violence « légitime » : l’initiation de la violence à l’encontre d’autrui ou sa propriété est par nature illégitime. Chacun a le droit de se défendre face à l’initiation de la force ; le droit de résistance à l’oppression est garanti. Volontarisme et panarchisme aboutissent donc à une société où règnent les lois du marché, y compris dans les domaines parfois attribués aux États : État-providence, État régalien. L’État n’est plus là, mais ses fonctions sont toujours remplies. Il est au service des citoyens ; comme tout produit ou service, il est marchand.

Marchand ne veut pas dire payant. Lorsque la coopération est volontaire, elle est marchande, mais elle peut être unilatérale – je vous offre ceci, sans contrepartie. La solidarité, la charité sont marchandes si on y consent librement. Le contraire de marchand, ce n’est pas « non-marchand », c’est « contraint et forcé ». Donner à une œuvre de charité est marchand, organiser un camp de vacances est marchand, promener son chien est marchand, tant que vous n’y êtes pas forcé par autrui. Si vous êtes forcé de sortir votre chien sous la pluie, vous n’êtes pas forcé par autrui, mais par la réalité – votre chien doit sortir, qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il neige.

Une société démoyennisée, c’est donc une société concrètement sans État, idée qui provoque une réaction presque instantanée preuve d’une défiance acquise. Une société sans État est synonyme d’une société sans contrainte, à condition que soient garantis la sûreté, la propriété et la liberté1. La façon dont ces droits sont garantis est à la libre appréciation des individus qui vivent dans cette société ; ils peuvent les défendre eux-mêmes, s’organiser ensemble pour le faire, employer autrui à cette fonction contre rémunération, employer autrui à cette fonction en échange d’une libre contribution… Les choix sont ouverts, mais cela suppose qu’ils acceptent également de ne pas nuire à la sûreté, la propriété et la liberté d’autrui. Ce sont les absolus d’une société libre, d’une société volontaire, d’une société libérale, d’une société marchande. D’une démocratie démoyennisée. D’une société sans État.

Ceux qui craignent l’émergence d’une société sans État affirment souvent qu’elle ne parviendrait pas à remplir correctement les missions de l’État. Mais ce qu’ils craignent en réalité, c’est que ces missions soient remplies d’une autre façon que celle qu’ils prônent, qu’ils ne soient plus à même de choisir ou influencer les fonctions de l’État – alors qu’ils ne seraient jamais aussi libres dans leur relation à l’État que dans une société où ils donnent le nom d’État à ce qu’ils veulent. Ce qu’ils veulent, c’est choisir aussi la relation des autres à l’État, leur imposer sa contrainte. À quoi bon ?

Si vous avez des doutes et craignez que dans un tel système, où on ne serait plus obligé de financer les soins des malades, la subsistance des dépendants et l’éducation des enfants, que plus personne ne s’en occupe, demandez-vous pourquoi. Qu’est-ce qui, intrinsèquement, rendrait impossible une telle coopération ? Si la démocratie reflète la volonté générale, l’avis de la majorité, alors il existe au moins une majorité de personnes qui sont d’accord avec vous pour dire que c’est important, et qu’il faut s’en occuper. Et qui, s’ils ont l’intégrité nécessaire pour accompagner la parole du geste, s’en occuperont.

Peut-être pas exactement de la même façon que vous auriez pensé. Ils auront le choix de le faire, et aussi le choix de comment ils le font. Mais si vous pensez qu’ils ne le feront pas, demandez-vous pourquoi, alors que vous le feriez, ils ne le feraient pas. Dans une société libre, vous êtes responsable de vos choix et de leurs implications. Vous n’êtes pas responsable de votre environnement, pas responsable de ce qu’il vous arrive, mais vous êtes responsable des choix que vous faites dans vos actions et interactions.

Pour comprendre ce qu’est une société libre, un marché, il suffit de comprendre ce principe : vous décidez de tout, tant que vous ne nuisez pas à la sûreté, à la propriété et à la liberté d’autrui. Les choix sont ouverts. Pour la police par exemple : une police municipale, une police nationale, une milice à la place de la police, une police élue… Les citoyens décideront, et vous aurez bien sûr votre mot à dire à chaque fois. Bien plus souvent, donc, que dans une démocratie.

  1. dans cet ordre, ce qui fera l’objet d’un prochain article
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  • Comment voulez vous dans une organisation societale où seuls les représentants politiques et institutionnels se disent obliger de faire ceci et cela.
    Ça ne sert à rien de voter pour une couleur politique. Je fais partie des variables d’ajustement avec le reste du peuple

  • « Le contraire de marchand, ce n’est pas « non-marchand », c’est « contraint et forcé ». Donner à une œuvre de charité est marchand, organiser un camp de vacances est marchand, promener son chien est marchand, »

    J’adore les jeunots qui se battent pour un mot (comme « culture » ou « liberté »).

    Comme j’aime à dire : on peut aussi bien dire qu’une carotte est un gigot qui s’ignore.

    • lorsque l’on se lève le matin.nous consommons des produits marchands : électricité, eau, le petit déjeuner. Tous ces produits sont bien dans un marché commercial. Notre force pour aller plus loin dépend des produits cités plus hauts.
      Nous ne faisons pas parti du marche lorsque nous travaillons dans les champs avec un outil manuel. Le bois pour se chauffer, scié, coupé pour se chauffer ne fait pas partie du marché car ne nous l’achetons pas. La nourriture qui provient du jardin ne fait pas parti du marché etc…
      La maison fait partie d’un marché poussé à l’extrême. (eau, gaz, électricité, TV …).

      • Suivant les délires de l’auteur de l’article qui, lui aussi, essaye de faire entrer une réalité dans les petites boîtes et les petits casiers que son esprit a créés sous forme de « mots »!

        Il nous soumet à ses propres définitions, condition indispensable pour entrer dans son délire, bien ordonné dans sa tête à lui, mais sans aucune utilité dans la société actuelle qui est à « modifier » (même « changer » est trop impossible!), de préférence sans mettre tout le monde en grève et dans la rue!

        Peut-être que le libéralisme, en France, souffre trop de ces idéaux utopiques auxquels très peu adhèrent!

        Le libéralisme politique devrait être plus prudent, patient et s’adapter pour changer en douceur « ce qui existe », sans ça, ils n’auront jamais la légitimité pour commencer!

        Arrêtons ces théories et restons pragmatiques!

        J’ai dit une cronnerie?

  • La base du libéralisme est la compétition.

    Essayez tant que vous voudrez de mixer le mythe Rousseauiste du bon sauvage et une version aseptisée de la société, vous obtiendrez une utopie destructrice, un socialisme, même en essayant de faire ressembler ce canada dry à du libéralisme.

    L’Etat n’est pas nécessaire : l’Etat est un patrimoine, un capital qui appartient à l’espèce humaine depuis la nuit des temps, une ‘invention’ aussi importante que la monnaie, que le marché : l’Etat est la prise de conscience par l’espèce humaine de l’influence de sa propre liberté sur les autres individus. L’Etat est le patrimoine de la Nation.

    Après tout le problème avec l’Etat est comme avec le marché ou avec la monnaie : si on l’utilise pour faire autre chose que ce qu’il est, on tombe dans le délire.

    La compétition doit régir l’Etat, comme la compétition régit le marché.

    Et l’égalité de condition, la non-violence, la préservation d’activité régaliennes et bien évidemment la démocratie, ne font que détruire la compétition.

    • Désolé mais l’Etat est une invention très récente, plus encore que la monnaie et dont l’ancienneté n’a rien à voir avec le marché.
      Dès que deux hommes se sont rencontrés quelque part dans la préhistoire avec chacun une capacité à produire des bifaces tranchants et à chasser le mammouth (mais différente) et ont décidé de coopérer au lieu de se taper dessus (quitte à se taper dessus aussi… ) il y a eu marché. Les proto-États sont arrivés avec l’urbanisation, après la première phase de sédentarisation. L’État au sens « moderne » du terme ? Rome, grosso modo…
      Comme pas mal d’historiens l’ont fait remarquer l’Etat c’est quand une bande de pillards plus forte et plus maligne que les autres réalise que rançonner la population désarmée une fois de temps à autres, pour 50% de leurs richesses est nettement moins efficace, plus dangereux et fatiguant que de « vendre de la sécurité » de façon continue contre 5 à 10% des productions (qu’en plus ils peuvent contrôler).

      Bref, l’État c’est une mafia qui a réussi, mais finalement moins bien qu’une mafia parce qu’en fait la « sécurité » qu’il vend est généralement assez bidon (y’a qu’à regarder les chiffres de l’insécurité, un peu partout), la justice plus que contestable (les lois proviennent soit d’un système « à la moyenne », soit de l’arbitraire de quelques « oints ») et la défense et diplomatie n’ont lieu d’être que contre d’autres États de même sorte… Ainsi le seul véritable succès qu’ils ont est d’être la solution au problème qu’ils posent, génial !

      Après, le patrimoine de l’État, quelques années plus tard, est en effet celui de la population locale, et chacun peut s’imaginer avoir droit à quelque chose que l’État a ou fournit. Funeste erreur, ça ne marche jamais dans ce sens. La raison ? « L’État, c’est la grande fiction à travers laquelle tout le monde s’efforce de vivre aux dépens de tout le monde. » – F. Bastiat

  • « Les citoyens décident  »
    concrètement avec cet exemple de la police :
    x veulent une milice , y une police élue , z une locale comment parvenir à un consensus ?
    Il faut , bien avant , pour passer de la décision à la pratique qu’ il y ait une votation – quelle que soit sa forme –
    on mélange les 3 organisations au prorata des choix ?

  • « Le marché, c’est tout ce que fait un individu quand il a réellement le choix. »
    Donc, les élections, c’est un marché.
    Le référendum aussi.
    Mais élections aussi bien que référendum impliquent qu’un individu doit plier à la volonté d’une majorité.
    Le problème est que l’homme vit en société, et que ce fait implique qu’il doit abandonner une partie de sa liberté.
    Sauf Robinson Crusoe. Mais même ce dernier a fini par imposer sa volonté à Vendredi…

    • D’abord, personne ne dit que Vendredi n’avait pas le dernier mot!!!

      Ensuite vous voyez bien

      Thèse: un marché est tout ce que fait un individu quand il a le choix (Allez dire ça à Madame! C’est bien avec elle que vous avez négociations, concessions et compromis, non? Et Elle, elle était « sur le marché »?

      Donc, il vaut mieux abandonner la thèse que de garder ce terme avec tous les problèmes qui arriveront quand elle l’apprendra, non?

    • Hum….
      “A man is no less a slave because he is allowed to choose a new master once in a term of years.”
      ― Lysander Spooner

      Pour que les élections soient un marché il faudrait que celui qui veut Le Pen ait Le Pen, celui qui veut Méluche ait Méluche et ainsi de suite. Un peu comme le fait que je veuille un monospace turbo diesel avec un grand coffre ne vous empêche pas d’avoir une décapotable V8 a deux places… Après, la quantité et l’élasticité de la demande ainsi que de l’offre risque de mettre les prix à des niveaux (très) différents.

  • « promener son chien est marchand »
    heu … pas vraiment, ça ne coûte rien où plutôt on ne « marchande » rien à autrui en promenant son chien. Je pinaille mais je comprend le principe.

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