Présidence Hollande : un bilan économique peu flatteur

François Hollande - Crédits photo Philippe Grangeaud - Parti Socialiste via Flickr (CC BY-NC-ND 2.0

Pendant que nos partenaires européens se réforment, Hollande accumule depuis 2012 de graves erreurs de politiques économiques.

Par Julien Barlan
Un article de Trop Libre

François Hollande - Photo Philippe Grangeaud Parti Socialiste (CC BY-NC-ND 2.0)
François Hollande – Crédits photo Philippe Grangeaud – Parti Socialiste via Flickr (CC BY-NC-ND 2.0)

 

Le 6 mai dernier, François Hollande a soufflé sa troisième bougie à l’Élysée. Cet anniversaire est l’occasion de se pencher sur les résultats économiques de la France depuis le début de sa présidence. Le bilan, objectif et chiffré, est peu flatteur. Le taux de chômage, en tant que baromètre de la santé d’une économie permet de quantifier le degré de réussite, ou échec, des politiques menées. À l’inverse d’un taux d’intérêt ou d’un niveau de dépense publique, on ne décrète pas un taux de chômage. Ce dernier se forme en bout de la chaine économique, il est la conséquence de décisions prises. C’est donc un zéro pointé qui est adressé au président d’un pays dans lequel, entre mai 2012 date de son arrivée au pouvoir et mars 2015, le nombre des demandeurs d’emploi toutes catégories confondues a progressé de 28%. Cet échec patent s’explique à la fois par la série de mauvaises décisions prises, mais est aussi la conséquence de logiques politiques.

Des erreurs de politique économique

Les deux premières années de la Présidence de Hollande sont assez comparables à la période 1981-83 de François Mitterrand en son temps : deux ans de politiques économiques désastreuses, dictées par des positions dogmatiques et idéologiques, avant de se confronter aux réalités. Or, comme pour Mitterrand en 83, le mal est fait. C’est trop tard. Cette incapacité à réaliser que le moteur numéro un de l’économie ce n’est pas le cours de l’euro ou le prix du pétrole, mais bel et bien la confiance des agents (ménages qui consomment, entrepreneurs qui innovent, entreprises qui investissent) est assez saisissante.

Ainsi, pendant deux ans, Hollande enchaine les erreurs. Il faut faire baisser le déficit ? Très bien, augmentons les impôts, surtout ceux des classes moyennes. Et au passage, ne baissons pas les dépenses publiques. François Hollande l’a lui-même confessé, il n’aime pas « les riches ». Il va donc les faire payer, bien que les familles qui ont du mal à boucler leurs fins de mois depuis qu’elles sont assujetties à l’impôt sur le revenu se demandent toujours en quoi elles sont riches. Au total, les classes moyennes et les entreprises ont dû s’acquitter de 30 milliards d’euros  d’impôts supplémentaires. Au total, 103 impôts ont été créés depuis 2012. Avec ce genre de décisions, le lien de confiance est rompu et il est très difficile à rétablir.

Autre illustration, le compte pénibilité. Alors que toutes les entreprises demandent de la simplification, de la fluidité, on leur demande maintenant d’aller compter minute par minute le temps passé par leurs salariés à effectuer des tâches dites « pénibles ». Le tout dans le cadre d’une énième réforme des retraites où aucune décision n’est réellement prise et qui nécessitera une nouvelle réforme dans un futur proche. Et que dire encore des polémiques sur les autoentrepreneurs ou les créateurs d’entreprises pris, d’après leur propre terme, pour des « pigeons » ?

Enfin, à toutes ces mauvaises décisions s’ajoute l’absence de réforme structurelle. Le gouvernement ne s’est pas attaqué à la question du marché de l’emploi, des comptes publics, du financement de la sécurité sociale, du poids disproportionné des syndicats etc. In fine, ce sont de graves erreurs de stratégie économique qui ont été commises depuis 2012 pendant que nos partenaires européens, Allemagne, Italie, Espagne, eux se réforment. Malheureusement, on risque d’en payer le prix à terme.

Une double ambiguïté à l’origine de ces erreurs

La deuxième explication de cet échec est politique. Elle trouve sa source dans la double ambiguïté sur laquelle l’actuel Président a été élu. Premièrement, nier la crise. François Hollande est resté sur ses acquis économiques des années 80, quand la théorie des cycles était à la mode. Pour Hollande, après la récession vient la croissance comme après la pluie vient le beau temps. Or, la mondialisation de l’économie et les comptes publics désormais exsangues ont rendu caduques ces théories. On comprend dès lors mieux pourquoi le choc fiscal fut si violent et si mal ciblé : les entreprises sont vues avant tout comme le lieu de la « redistribution » et non de la production. Elles paient des impôts aujourd’hui et tout ira mieux demain.

Or, en 2012, les entreprises ont les moyens de se délocaliser si elles le souhaitent. Les investisseurs choisissent les pays dans lesquels ils investissent comme on arbitre entre différents placements. Que ça déplaise à certains est une chose, mais c’est la réalité. Le premier péché de François Hollande est, pour des raisons essentiellement électoralistes, d’avoir fermé les yeux sur le fonctionnement de l’économie du XXIème siècle et sur la dureté de la crise.

Deuxièmement, l’expérience de François Hollande lors de son arrivée au pouvoir était très faible. N’avoir que la ville de Tulle et le département de la Corrèze comme expérience de gestion n’est pas suffisant pour prétendre gouverner la France et son bateau économique déjà tanguant. La vraie force de Hollande au moment de son élection, ce sont ses dix ans passés à la tête du PS. Son expérience était politique et non pratique. Mais on ne peut pas gérer un pays comme on tient un parti, on ne nomme pas des ministres comme on nomme des secrétaires thématiques.

La composition initiale du gouvernement montre bien qu’elle obéissait à des logiques purement politiques et n’était pas dictée par un cap économique claire et lisible : à l’économie, le libéral compatible Pierre Moscovici – qui s’est depuis métamorphosé, dans un exercice de schizophrénie intellectuelle rare, en père fouettard de la Commission Européenne pour venir dénoncer des déficits qu’il a lui-même contribué à creuser – a dû partager le gouvernail avec Arnaud Montebourg, qui fort de ses 17% à la primaire socialiste fut nommé ministre du Redressement productif. En reprenant les vieilles ficelles d’appareil, François Hollande a nommé deux personnalités a priori incompatibles en espérant satisfaire tout le monde. Bien entendu, le résultat fut calamiteux et de redressement point. Le poste d’ailleurs n’existe plus en 2015. Autre preuve d’une gestion au doigt mouillé, d’improvisation sur des sujets pourtant capitaux.

Il aura fallu deux ans à Hollande pour trancher dans le vif, dessiner enfin une esquisse de cap incarné plus ou moins adroitement par Valls et Macron. Mais toujours dans une danse de tango argentin, en avant puis en arrière. En effet, les annonces ne sont quasiment jamais suivies de mesures concrètes. Les réformes économiques se sont arrêtées à l’ouverture de 12 dimanches par an et à une libéralisation du marché des autocars. L’actuel ministre de l’Économie est de bonne volonté mais il ne s’attaque pas aux vrais sujets. Comment se fait-il, par exemple, qu’il y ait deux fois moins d’ETI en France qu’en Allemagne ou en Grande Bretagne ? Qu’en est-il de la fluidification du marché du travail et de son coût ? Du fait que les PME françaises n’exportent pas assez ? Que la dette française dépasse les 100 points de PIB ? Sur tous ces sujets de fond, le gouvernement est absent.

Une suite encore et toujours politique

Il reste donc deux ans à Hollande pour tenter de redresser le pays, pour enfin « inverser » cette courbe du chômage, inversion qu’il avait pourtant prédite dès 2013. Mais se rend-on compte une seule seconde que derrière l’aspect technique d’une « courbe », il y a des individus ? Des vies, des familles ? Et que donc il y a urgence ? Il est permis d’en douter quand on constate jour après jour que Hollande, comme il le fait depuis le début, attend patiemment son « cycle », celui de la croissance qui arrivera sûrement en 2016 mais pour des raisons complètement exogènes à la politique actuellement pratiquée. Si cette dernière atteint 1,7%, voire 1,5%, alors oui l’embauche repartira à la hausse. Et finalement, tant mieux pour ceux qui en bénéficieront. Mais tout ceci restera conjoncturel, précaire. La France non réformée restera à la merci d’un retournement de situation.

La technique du Président pour les deux prochaines années est ainsi simple : attendre que la conjoncture internationale vienne à la rescousse d’une économie française qui ne se sera pas réformée et capitaliser électoralement sur l’embellie technique qui arrivera sur le front de l’emploi. Bien entendu, cette stratégie requiert de ne plus tenter aucune réforme d’ici à 2017 et d’adopter un immobilisme politique pour ne brusquer personne et maximiser ses chances de réélection. Histoire que lui, au moins, garde son job.


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