Quand s’élève l’Helvétie, par Daniel Valot

Quand la France se scindait en deux… Démocratie Ecologique et Solidaire de France d’un côté, République France Active de l’autre. Une situation explosive qui mène vers des horizons inattendus et terriblement réalistes. Anticipation ?

Par Johan Rivalland.

Quand s'élève l'Helvétie, par Daniel Valot (Crédits Publibook, tous droits réservés)
Quand s’élève l’Helvétie, par Daniel Valot (Crédits Publibook, tous droits réservés)

Ce recueil de nouvelles au ton décapant de Daniel Valot, l’un des anciens hauts dirigeants de Total (entre autres) avant de devenir Président-Directeur Général de Technip de 1999 à 2007, est passionnant à plus d’un titre. Sous l’apparence de la fantaisie et de la légèreté, un grand fond de vérité sur le caractère d’une époque devenue folle et les tares de cette démocratie dont nous observons chaque jour avec un certain dépit l’imagination sans limite et l’art de jouer contre elle-même.

Une époque pas si lointaine

J’ai beaucoup aimé l’esprit de la première nouvelle, intimiste et probablement autobiographique, « Ma mère, ce héros ».

À la fois narrative et à un plus d’un titre exemplaire, elle est dans une certaine mesure le reflet d’une époque pas si lointaine et qui parait pourtant si éloignée, presque inimaginable pour les jeunes générations d’aujourd’hui.

Sous l’apparence de la simplicité et la banalité du quotidien, elle s’avère bouleversante, très touchante et pleine de pudeur et profondeur. Il y aurait beaucoup de leçons à en tirer, au sujet d’un état d’esprit devenu rare, malgré son caractère exemplaire. Mais je n’en dis pas plus…

Satires du monde démocratique

–  La deuxième nouvelle, qui se déroule dans un tribunal en milieu rural, pleine d’humour et d’ironie, se lit sans peine et agréablement. Le procès délirant d’un apiculteur, dont le sort dépendra de la qualité de la plaidoirie de son avocat face à celle du Procureur.

– « Quand s’élève l’Helvétie », qui donne son titre au livre, constitue le cœur de ce recueil.

Il s’agit d’une satire du monde politique, criante de vérité sur les rapports entre la démocratie et sa sœur siamoise la démagogie.

« Comment voulez-vous être élu par la majorité des électeurs, sachant que la plupart d’entre-eux sont à la fois pauvres, mal informés et râleurs, si vous ne leur promettez pas la lune, les lendemains qui chantent, la semaine de 35 heures et le bonheur pour tous ? Et une fois que vous avez été élu, faut bien essayer de tenir au moins la partie la plus visible et symbolique de vos engagements de campagne. Alors, pour plaire à la foule, en vue de votre prochaine réélection, vous vous mettez à la cajoler à coup de subventions et d’allocations en tout genre, vous dispensez les cadeaux, les susucres, les gâteries. Vos financiers vous avisent qu’il n’y a plus un sou dans les caisses ? Qu’importe ! On peut emprunter, non ? Et la dette du pays se met à enfler au rythme de vos largesses. Et d’impasse en impasse, on finit par tourner en rond… »

Ici, dans une vision différente de celle de Michel Houellebecq, on se trouve au lendemain de l’élection présidentielle de 2022, qui a vu la victoire de la pétillante candidate surprise du mouvement 3D (Décroissance Durable et Démocratique). Tout un programme. Dont je vous laisse imaginer la teneur.

Allusions à l’impact sur les esprits de « la plus haute autorité scientifique du pays » (on peut imaginer une sorte de Thomas Piketty), au marxisme qui fait toujours recette, au discours dit « populiste » qui se présente comme un recours pour tous ceux qui ne croient plus au discours politique traditionnel, au mythe des 35 heures ou des 32 heures (ici des 10 heures, à raison de deux heures par jour), au revenu minimum garanti par l’Etat (ici, pour tous et à vie).

Tout concourt à vous concocter une nouvelle qui s’annonce alléchante, avec la désillusion qui s’annonce et qui n’est pas sans rappeler celle qui commence déjà à se manifester en Grèce trois mois à peine après l’ascension au pouvoir d’Alexis Tsipras. Pour déboucher ensuite sur un scénario qui pourrait bien figurer un autre bien connu d’Ayn Rand.

Mais je ne vous dévoile pas la suite… pleine de belles surprises, que les lecteurs fidèles de Contrepoints ne renieraient pas.

Tout y est. Un excellent scénario de politique fiction, appuyé à la fois sur une juste observation des faits d’actualité sociétaux comme de la géopolitique et l’histoire de l’Europe. À lire.

Écologisme versus bon sens

La troisième nouvelle se déroule en 2027, dans un contexte de sécheresse et de raréfaction des réserves d’eau en Europe. Règlements de compte au Conseil de l’Europe entre le leader des chrétiens-démocrates et les écologistes et socialistes, qu’il accuse d’avoir mené à la situation suivante : tandis que toute l’Europe souffre de la pénurie, la Suisse, bien arrosée, a construit de nombreux barrages et utilise de l’eau en abondance pour produire de l’électricité, après s’être conformée aux prescriptions des écologistes qui visaient à abandonner toutes les technologies utilisant le gaz, pétrole ou charbon. Plus d’émissions de CO2, le pays devenu le plus propre en Europe, mais qui ne permet plus à ses voisins de bénéficier de toute l’eau qui en provenait auparavant, dit-on.

De quoi susciter une nouvelle cause de jalousie et récrimination de la part des citoyens, intellectuels et politiques, à l’égard de la Suisse…

L’occasion, pour le représentant de la Confédération Helvétique, recevant ses homologues français, allemand et italien, de nous servir une passionnante leçon d’économie pleine d’un bon sens trop rarement partagé.

Mais la bêtise humaine et les a priori ne sont-ils pas souvent plus puissants que le bon sens ? À découvrir.

Le dictateur esseulé et autres nouvelles

Avec une nouvelle importante dose d’humour et d’ironie, Daniel Vallot s’intéresse ensuite au sort peu envieux d’un dictateur arrivé trop jeune au sommet d’un pays totalitaire. On croit y reconnaître Kim-Jong-Il et sa bonhomie juvénile.

Un dictateur qui n’est qu’un jouet aux mains de ceux qui manient le pouvoir. Difficile à vivre et à supporter. Comment va réagir le jeune dictateur ?

Un scénario là encore plein de surprises, bien imaginé et schizophrénique à souhait. À savourer.

Les nouvelles suivantes, parfois très courtes, s’attaquent successivement aux affres de l’âge, au mouvement des Femen dans un scénario loufoque et bien senti, à la mystérieuse disparition de la Lune, la messe en latin, les coqs racistes ou daltoniens, ou encore aux enfants roi.

B.a-ba du business et dictionnaire de la pensée correcte

Pour finir, Daniel Valot nous propose un petit lexique du business, fort ironique et révélateur (on pourrait, tout autant, rire (jaune) de celui en vogue à l’Éducation Nationale), suivi d’un « dictionnaire de la pensée correcte » qui vaut son pesant d’or et dont je vous laisserai vous délecter.

Là encore, reflets très significatifs d’une époque et des dérives d’une Société qui semble décidément un peu trop souvent marcher sur la tête.