Portrait de famille : 14 vrais ou faux mythes québécois

Alain Dubuc est un observateur objectif de la société québécoise. Revue d’ouvrage.

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Portrait de famille, par Alain Dubuc (Tous droits réservés)

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Portrait de famille : 14 vrais ou faux mythes québécois

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 9 mai 2015
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Par Serge Rouleau, depuis le Québec.

Portrait de famille, par Alain Dubuc (Tous droits réservés)
Portrait de famille, par Alain Dubuc (Tous droits réservés)

Les adeptes de la gauche souverainiste n’aiment pas beaucoup Alain Dubuc. Ils le perçoivent comme un fédéraliste néolibéral radical. Cela n’a rien de surprenant. La gauche a horreur des faits et des analyses objectives. Elle préfère carburer à la pensée magique, c’est moins fatigant.

Pourtant, dans son dernier livre, Portrait de famille, 14 vrais et faux mythes québécois, il faut reconnaître qu’Alain Dubuc est un observateur objectif de la société québécoise. Chacune de ses observations est justifiée au moyen de données compilées par des experts dont l’objectivité peut difficilement être remise en question. Malheureusement, pour les adeptes de la pensée magique, les faits ont la tête dure.

Alain Dubuc passe en revue 14 des idées les plus tenaces que les Québécois entretiennent à propos d’eux-mêmes pour les justifier ou les démolir en les confrontant aux faits. Son objectif est d’offrir l’heure la plus juste possible sur les réalisations sociales des Québécois, leur performance économique, leurs succès et leurs échecs.

1. Sommes-nous un modèle ? La première proposition, c’est la conviction que les Québécois, suite à la Révolution tranquille des années 60, ont bâti un système unique, qui fait l’envie du monde entier. C’est malheureusement un mythe entretenu par les groupes d’intérêts qui profitent d’un État hyper interventionniste au détriment de l’ensemble de la population.

2. Sommes-nous éduqués ? Le Québec, au moment de la Révolution tranquille, a entrepris une vaste réforme pour se doter d’un véritable système d’éducation. S’il y a un domaine où le Québec se compare favorablement aux sociétés développées occidentales, c’est celui de l’éducation. Ne gâchons pas notre plaisir. Bravo !

3. Sommes-nous une société du savoir ? Les Québécois ont passablement de travail à faire pour transformer le Québec en une véritable société du savoir. Nous avons de beaux succès universitaires, nous avons des industries de pointe. Pour aller plus loin, il faut, surtout, investir davantage dans nos universités et valoriser les études de deuxième et de troisième cycle.

4. Sommes-nous culturels ? Le Québec rayonne internationalement grâce aux productions culturelles de nombreux entrepreneurs : Céline Dion, Robert Lepage, le Cirque du Soleil, etc. Il faut s’en réjouir. Par contre, tous les domaines de la culture consommée par les Québécois – le livre, le théâtre, le cinéma – ne survivent que grâce à un régime subventionnaire disproportionné par rapport aux autres missions de l’État. Il n’y a que l’humour qui tire raisonnablement son épingle du jeu.

5. Sommes-nous menacés ? Les Québécois, société minoritaire sur le continent, craignent que leur langue soit un jour détrônée par l’anglais. Pourtant, ce sont les Québécois qui menacent sa survie. Plus de deux millions d’entre eux n’ont pas le niveau de littératie nécessaire pour se développer pleinement. Pire, plus d’un million d’entre eux ont une maîtrise si faible de la lecture qu’ils ne peuvent pas être fonctionnels.

6. Sommes-nous égalitaires ? L’égalité entre les hommes et les femmes est une des grandes valeurs québécoises. Dans ce domaine le Québec se compare aux autres provinces canadiennes.

7. Sommes-nous solidaires ? Ce concept inclut plusieurs réalités dont l’égalité des chances, la redistribution, les écarts entre riches et pauvres, l’aide aux démunis, la générosité des citoyens, et l’ouverture aux autres. Il est certain que le Québec est plus à gauche que les sociétés qui l’entourent. Malheureusement, trop souvent, cette soi-disant solidarité ne sert qu’à justifier un nivellement par le bas.

8. Sommes-nous en bonne santé ? Au cours des ans le système de santé a évolué en fonction des besoins des groupes d’intérêt qui le compose. Au bout du compte, ce système compromet l’accessibilité, est extrêmement coûteux et est de moins en moins solidaire.

9. Sommes-nous verts ? Nous croyons que le Québec, au sein du Canada et de l’Amérique du Nord, est une enclave écologique, le paradis de l’énergie propre où les citoyens sont plus verts que les autres et plus soucieux de l’environnement. Pourtant, per capita, nous produisons plus de déchets, nous consommons plus d’énergie et nous gaspillons plus d’eau.

10. Sommes-nous travailleurs ? Notre semaine de travail est plus courte, nos vacances sont plus longues, nos congés de maladie plus nombreux et nous prenons notre retraite plus tôt que dans les autres provinces canadiennes et qu’aux États-Unis. Je vous laisse tirer vos propres conclusions.

11. Sommes-nous performants ? En fait, notre économie croît moins rapidement que celle de nos partenaires et notre niveau de vie relatif se détériore. Nous connaissons le plus bas taux de croissance de la productivité de tous nos partenaires économiques.

12. Sommes-nous riches ? Quel que soit le critère utilisé : le PIB, le revenu brut, le revenu net, le revenu disponible, les Québécois se classent dans le peloton de queue en Amérique du Nord.

13. Sommes-nous heureux ? Malgré notre pauvreté relative, nous nous considérons heureux. C’est ce qu’on appelle se contenter d’un petit pain.

14. Sommes-nous viables ? Malheureusement, le modèle québécois n’est pas viable : la fiscalité est à la limite de l’acceptable, la productivité piétine, les investissements se font attendre, le choc démographique est à nos portes et les jours de la péréquation à la canadienne sont comptés.

Laissons la parole à l’auteur :

« En fin de compte, cela montre que notre modèle n’est tout simplement pas viable. On aura de moins en moins les moyens de maintenir le système à flot. Comme la seule façon qui reste pour rééquilibrer les finances de l’État est un contrôle des dépenses, les compressions risquent de remettre en cause les acquis, de dénaturer les missions, de compromettre la quantité et la qualité des services et des soutiens à la population. »

À moins bien sûr, de nous ressaisir et de corriger rapidement les lacunes qui plombent notre économie et nos finances publiques. Si le gouvernement Couillard maintient le cap et équilibre les finances publiques, nous avons une chance raisonnable de nous en sortir avant qu’il ne soit trop tard.

À propos de l’auteur : Alain Dubuc est chroniqueur à La Presse. Conférencier de renom, il a cumulé plusieurs distinctions tout au long de sa carrière. Il a entre autres été lauréat, en 1999, du Concours canadien de journalisme, dans la catégorie éditoriale. Il est également fellow invité au CIRANO, le Centre universitaire de recherche sur l’analyse des organisations.

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  • Faut pas s’en faire financièrement, c’est l’Alberta qui paye le party 🙂

    • L’Alberta ne financera plus le party Quebecois avec les cours actuels du petrol. Malheureusement pour l’Ontario qui semble avoir pris la voie du Quebec, l’Aberta ne pourra pas financer le party Ontarien non plus et ce même si les cours du pétrole remontaient. C’est trop tard pour le party, il est 3 heures du matin.

      L’Ontario s’enligne pour battre le Quebec d’ici quelques années comme étant la province la plus endetté.

      Imaginez, au Quebec ca pleure pour couper 1 milliard, l’Ontario ça risque de couiner pas mal fort pour 8-12milliards de déficit.

      De plus, le secteur de l’automobile Ontarien ne recoit plus ça part de réinvestissement de la part des cie automobile. Ce secteur économique est complètement pourri. Chaque usine a été subventionné par la municipalité, la province, et le fédérale. Lorsqu’il faut innover, il y a un autre ronde de subvention municipal provincial et federal. Puis quand ca va mal, c’est encore le municipal , le provincial et le federal qui paye.

      Il aurait été mieux de fermer tout ca en 2008 et de donner la subvention aux employés pour qu’ils se paient des Tim Horton que de continuer à mettre de l’argent la dedans.
      Pour ceux qui srte l’argument bidon « ouais mais ce monde la payent des impots ». Ce sont des impôt subventionnés à l’os ! Et puis le capitalisme ce n’est pas ça. L’économie de marché ce n’est pas ça ! Le marché récompense les bons et punis les mauvais.
      Ici, en Ontario, les mauvais sont subventionnés ! Bravo pour le message que ça envoie !

      Its not going to be Wynne Win pour l’Ontario.

      • L’élection du NPD en Alberta risque de ne pas aider, les dépenses vont probablement exploser.
        Tout ce tapage pour de l’austérité imaginaire, lorsque ce sera pour de vrai je n’imagine pas.

  • Nos merdias sont à 95% à gauche, au Québec c’est 176% ?

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