Contre le libéral-étatisme : Pierre Chappaz débat avec Gaspard Koenig

Liberté (Crédits : Alban Gonzalez, licence CC-BY-NC 2.0), via Flickr.

Ce que souhaitent la plupart des libertariens, ce n’est pas la disparition de l’État, mais une cure d’amaigrissement radicale, couplée à un programme de gymnastique exigeant.

Par Pierre Chappaz.

Liberté (Crédits : Alban Gonzalez, licence CC-BY-NC 2.0), via Flickr.
Liberté (Crédits : Alban Gonzalez, licence CC-BY-NC 2.0), via Flickr.

 

La réponse de Gaspard Koenig à mon billet « Identité et liberté, lettre à Gaspard Koenig » me déçoit, mais je ne suis pas surpris, et au contraire, je me sens conforté dans mes positions par la faiblesse de son argumentation. Le débat entre libéraux, qui semble attrister Gaspard Koenig, est utile et légitime.

Le jeune philosophe est le « bon client » libéral de tous les médias français, qui apprécient sa petite musique, franchement libertaire sur le plan sociétal, et adorablement ambigüe sur le plan économique. La synthèse collectiviste-libertaire plaît toujours autant aux journalistes, qui ont besoin de renouveler leurs invités, on a assez vu Dany Cohn-Bendit.

Un libéral, auréolé de son passé de rédacteur des discours de Christine Lagarde, qui explique que la solution à la crise c’est de faire défaut sur la dette, c’est nouveau et intéressant ! Personne n’y avait pensé, à part Jean-Luc Mélenchon, et pourtant c’est tellement simple… on oublie, la dette, pfuit !

Koenig explique aussi que « les libéraux défendent depuis une dizaine d’années le revenu universel ». Je considère cette idée comme une énième utopie socialiste, pas comme une idée libérale, dans un pays, la France, où l’État et son dispositif de clientélisme et d’assistanat consomme déjà 57% de la richesse nationale.

Le philosophe libéral-étatiste véhicule également la vieille antienne sur la « disparition du travail » du fait des robots. Reparlons-en dans quelques années quand chacun aura enfin constaté que les pays qui subissent le chômage de masse sont les pays mal gérés et étouffés sous le poids de l’État comme la France, l’Italie et l’Espagne.

Koenig aurait mieux fait de ne pas me répondre, plutôt que de caricaturer mes positions en me dépeignant comme un partisan des sociétés primitives à la sauce Guaranis d’Amazonie. Ce que souhaitent la plupart des libertariens, ce n’est pas la disparition de l’État, mais une cure d’amaigrissement radicale, couplée à un programme de gymnastique exigeant, pour traiter ce problème d’obésité de l’administration, qui étouffe littéralement la société.

Dans un pays comme la France ou le secteur privé, réduit à 43% de la richesse nationale, ne fait plus aucune croissance depuis des années, l’heure n’est pas à la promotion du « jacobinisme libéral », mais à la promotion de la liberté, celle des individus écrasés de taxes et de réglementations, ou assistés tels de grands drogués, et celle des entreprises qui ont tant perdu de leur compétitivité sur les marchés mondiaux.

Revenir d’un État obèse à un État léger, concentré avant tout sur ses fonctions régaliennes, notamment la sécurité intérieure et extérieure, la loi et la justice, c’est le cœur du libéralisme. Cet objectif modeste est pourtant utopiste en France, ou aucun homme ou femme politique ne sera sans doute jamais élu(e) sur un programme à la Margaret Thatcher.

Pour que peut-être un jour cela change, il faut sortir le débat sur le libéralisme de la diabolisation « ultralibérale » et de la confusion « libérale-médiatique ».


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