Madame de Staël et la Suisse

La grande leçon, à laquelle Germaine de Staël est parvenue, n’est-elle pas qu’il faut lâcher ses habitudes, pour laisser la vie arriver ?

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Germaine de Staël (Image libre de droits)

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Madame de Staël et la Suisse

Publié le 2 mai 2015
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Par Francis Richard

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Stéphanie Genand – Conférence Madame de Staël et la Suisse, Lausanne – Photo : Francis Richard (tous droits réservés)

Après son Assemblée générale ordinaire le 20 avril dernier, l’Association Benjamin Constant recevait, après sa partie statutaire, le professeur Stéphanie Genand, pour une conférence sur « Madame de Staël et la Suisse ». Cette conférence était donnée dans le cadre historique et émouvant du Cercle Littéraire, sis au 7 de la place Saint-François, à Lausanne, c’est-à-dire dans la maison où Benjamin Constant est né le 25 octobre 1767.

Initialement c’était le professeur Jean-Claude Berchet de l’université de Paris-Sorbonne qui devait donner ce soir-là une conférence sur « Chateaubriand et le libéralisme ». Mais, devant subir une opération urgente, celui-ci a dû renoncer à venir à Lausanne une semaine seulement avant la date prévue. L’an prochain, il est toutefois d’ores et déjà agendé qu’il sera le conférencier intervenant après l’Assemblée générale.

Le professeur Léonard Burnand, de l’université de Lausanne, président de l’Association Benjamin Constant, a donc dû faire appel au pied levé à sa collègue française Stéphanie Genand, qui, depuis 2007, enseigne la littérature du XVIIIe siècle à l’université de Rouen. Elle est membre de l’Institut Universitaire de France, promotion 2010. L’an passé cette éminente universitaire a soutenu une Habilitation à Diriger des Recherches, HDR. Cette année, elle est devenue présidente de la Société des études staëliennes.

Germaine de Staël (Image libre de droits)Germaine de Staël est née à Paris le 22 avril 1766, d’un père genevois, Jacques Necker, et d’une mère vaudoise, Suzanne Curchod… Depuis 200 ans, la critique s’intéresse à la question de savoir si l’auteur de De l’Allemagne est française ou suisse, sans pouvoir la trancher de manière définitive. En 1916, Pierre Kohler publiait un livre sous le titre choisi pour la conférence de ce soir. En 1968, Simone Balayé traitait encore de ce sujet. Plus récemment, Roger Francillon le traitait à son tour.

La question peut s’envisager sous plusieurs angles. Par exemple, sous celui du droit. Or le droit en la matière est mouvant. Madame de Staël, à sa naissance, est française. C’est alors, en effet le droit du sol qui s’applique. Trente ans plus tard, en 1796, sous la Révolution, il faut être propriétaire terrien pour l’être et elle ne l’est pas. En 1799, le droit évolue encore : il faudrait qu’elle soit mariée à un Français et elle est mariée, depuis 1786, à un… Suédois, le baron de Staël, ambassadeur de son pays auprès de Louis XVI.

Sous l’angle du ressenti, la question est tout aussi mouvante. Madame de Staël tantôt désire la Suisse, tantôt la déteste. Elle commence par ne pas l’aimer. Elle reproche à la Suisse d’être un pays d’ennui. Dans une lettre, écrite à Zurich et datée d’avril 1794, elle se dit « pénétrée d’ennui » et précise : « J’aimerais mieux le fond du lac que ses bords ». En fait elle trouve qu’en Suisse, il y a trop de montagnes, trop de glaciers, trop de lacs… et, sans doute, pas assez de salons.

Dès la fin de la Révolution, Germaine de Staël considère que l’idée de liberté est pervertie en France, surtout après l’avènement de Napoléon en 1804, année au cours de laquelle son père meurt et où elle hérite de son château de Coppet. La Suisse devient alors pour elle le pays de ses parents. C’est, de plus, à ce moment-là qu’elle fait le choix d’être enterrée en Suisse après sa mort… alors qu’elle craignait d’y être enterrée vivante dix ans plus tôt.

En fait on peut qualifier son appartenance de transfrontalière. Elle n’est pas la seule à être dans ce cas-là. Comme elle, le lausannois Benjamin Constant et le bernois Charles Victor de Bonstetten entretiennent des relations conflictuelles avec leurs pays natals. Tous trois ont naturellement tendance à résister à ce qui pourrait les enfermer et ont besoin de se sentir étranger dans un pays pour y rester libres et lucides. Pour eux, il n’est, en fait, pas de pays idéal.

Enfin, sous l’angle généalogique, le « romand familial des Necker » permet d’appréhender l’évolution de Germaine de Staël pour ce qui concerne ses racines. Cette dernière pense d’ailleurs que pour comprendre un texte il faut en restituer l’archéologie et découvrir l’homme dans l’écrivain. Pourquoi donc ne pas employer cette méthode pour élucider la question ?

Pour sa mère, Suzanne, Paris est un cauchemar et elle s’y sent comme une plante déracinée. Elle pense qu’il faut être né dans ce pays pour s’en sortir et elle fait croire à sa fille qu’elle est complètement française. Son père est plus souple. Il faut dire que ce genevois est habitué aux changements de nationalité… Au fond, la plante Necker prend en France, tandis que la plante Suzanne non.

Petite, Louise, qui n’est pas encore Germaine, écrit, à 12 ans, une comédie intitulée Les inconvénients de la vie de Paris. Dans cette pièce, deux petites filles se disputent la préférence de leur mère. L’une, c’est la petite des campagnes, et l’autre, la petite des salons. Au début c’est la seconde qui a la préférence maternelle, mais, à la fin, la situation s’inverse et c’est la première qui devient la préférée. Dans une autre comédie, La signora Fantastici, écrite à 44 ans, Germaine de Staël en vient à rire de l’ennui suisse… qui la faisait jadis détester la patrie de ses parents.

La grande leçon, à laquelle Germaine de Staël est parvenue, n’est-elle pas qu’il faut lâcher ses habitudes, pour laisser la vie arriver ?


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