Émeutes à Baltimore : la mort qui a mis le feu aux poudres

Depuis les États-Unis, Daniel Girard nous livre en exclusivité des informations sur ces violences à Baltimore. La raison, la mort d’un jeune noir. En cause, les brutalités policières.

Par Daniel Girard, depuis Boston, États-Unis.

So true we had enough credits Nicholas Komodore (CC BY-NC-SA 2.0)
So true we had enough credits Nicholas Komodore (CC BY-NC-SA 2.0)

 

C’est le genre de scène que l’on a vu à Ferguson, au Missouri, dans la foulée de l’absence d’inculpation du policier qui a tué le noir non armé Michael Brown. Cette fois, le saccage a eu lieu à Baltimore. Des commerces et des immeubles ont été incendiés par des casseurs et des voitures de police vandalisées. Des émeutiers ont lancé des pierres et des objets lourds sur les policiers, en blessant quinze. Au moins deux d’entre eux ont subi des fractures.

La journée avait pourtant commencé dans le calme alors qu’une manifestation pacifique entourait les funérailles d’un jeune Afro-Américain, Freddie Gray, mort après une intervention policière musclée. Mais les policiers de Baltimore ont vite révélé avoir reçu des menaces crédibles de gangs locaux prêts à collaborer pour s’attaquer à la police. L’action n’a pas tardé. Des émeutiers ont jeté des objets vers les forces anti-émeute, brûlé des voitures de police, pillé puis incendié une pharmacie (CVS) et un centre pour personnes âgées a été détruit.

L’état d’urgence a été déclaré, la garde nationale a été déployée, des renforts policiers ont été demandés, un couvre-feu quotidien à 22 heures a été décrété pour les sept prochains jours. Tout sera fait pour rétablir l’ordre dans cette ville de 600 000 habitants située à juste soixante kilomètres de Washington.

Encore une fois, comme à Ferguson, des criminels n’ont pas hésité à sauter sur l’opportunité d’une colère légitime pour casser et piller. Mais la colère demeure légitime. Et elle ne fait que se renforcer alors que les événements impliquant des noirs tués par des policiers blancs ne font que s’accumuler. Il y a eu Eric Garner, Michael Brown, Tamir Rice (12 ans), Walter Scott (4 balles dans le dos)… et on ajoute à la liste Freddie Gray, 27 ans, de Baltimore. Il est mort le 19 avril des suites des fractures de vertèbres cervicales subies lors d’une opération policière survenue le 12 avril à Baltimore.

C’est la diffusion sur la toile d’une vidéo montrant l’interaction entre les policiers et la victime qui a suscité l’indignation. Ce que l’on voit, c’est Freddie Gray transporté par des agents jusqu’à un fourgon de police. Pendant la vidéo on entend des témoins crier, ses jambes traînent, ses jambes traînent… Peut-être pour signaler aux policiers qu’il appartiendrait plutôt à des ambulanciers de transporter Freddie Gray ?

La colonne vertébrale de Freddie Gray a été sectionnée à 80%. Il a ensuite sombré dans le coma et est mort.

Oui, l’intervention policière est survenue dans un quartier où les activités criminelles liées au trafic de la drogue foisonnent et sont difficiles à contrôler. Oui, Freddie Grey était connu de la police pour sa participation active dans ce genre d’activités illicites. Mais, comme c’était le cas dans la fusillade qui a coûté la vie à Walter Scott (qui a essuyé les huit tirs mortels d’un policier, maintenant accusé de meurtre), ce que l’on voit dans la vidéo est injustifiable.

On ne transporte pas comme un sac de patates un homme auquel on vient de casser le cou pour ensuite le lancer dans un fourgon de police. Le rapport de police indique que l’intervention policière musclée a été provoquée par la vue d’un canif dans la poche du suspect.

À ce sujet, on est obligé de reconnaître que l’avocat Benjamin Crump a raison lorsqu’il évoque une version policière qui se répète à l’infini et qui ressemble à ceci : je me suis senti menacé, j’ai tenté d’appréhender l’individu, il a résisté, j’ai pensé avoir vu qu’il était armé et/ou il a tenté de prendre mon revolver et c’est à ce moment que j’ai tiré.

Nul doute que la principale menace à la sécurité des noirs aux États-Unis sont les noirs eux-mêmes. Ils représentent 13% de la population et comptent pour la moitié des meurtres, dont ils sont très majoritairement responsables. Ils habitent souvent dans les pires quartiers des grandes villes où aucun honnête citoyen ne voudrait habiter.

La vidéo change tout

Mais l’époque est révolue, où les policiers pouvaient automatiquement compter sur la sympathie du public en raison de la nature difficile de leur travail. Ce qui a changé ? Des citoyens n’ayant rien à voir avec les interventions policières filment les événements. On l’a vu à New York, dans l’affaire Eric Garner, qui a été tué par la prise de l’encolure ; dans l’affaire Walter Scott, tué, désarmé, alors qu’il se sauvait, et on vient de voir, dans l’affaire Freddie Gray, un suspect gravement blessé au dos et transporté sans précaution vers un fourgon de police, par les policiers.

Dans ces affaires, la version des policiers n’est plus opposée à celle d’une communauté noire lésée, mais à des images contradictoires. Nul doute que c’est à cause de la vidéo d’un citoyen que le policier ayant tué Walter Scott est accusé de meurtre. La crainte d’être filmé en train de dégainer impulsivement et mortellement deviendra peut-être un moteur de changement du comportement policier… sinon il faudra s’attendre à bien d’autres émeutes…