Réforme des collèges : les profs sont-ils encore indispensables ?

Élève dans une salle de classe (Crédits : CG94 photos, licence CC-BY-NC-ND 2.0), via Flickr.

Si, en matière économique, les réformes gouvernementales sont pour le moins timides en France, il en va tout autrement en matière sociale depuis l’accession au pouvoir de François Hollande où le turbo a été enclenché à tel point qu’on se demande même maintenant s’il n’est pas coincé à mort. Et dans le domaine de l’éducation, ce turbo encloué provoque une véritable avalanche de bricolages de plus en plus hardis, pour ne pas dire fous.

Et ce sont donc deux gros bouts de réforme massive qui s’insèrent avec la grâce d’un hippopotame blessé dans un goûter d’enfants, gros bouts qui s’ajoutent au nombre déjà élevé d’altérations que le ministère de l’Éducation Nationale a fait subir à l’enseignement en France en comparaison desquelles les pires tunings automobiles paraissent presque conservateurs.

bout-du-rouleau

La première « réforme » vise à supprimer le latin, le grec et, tant qu’on est dans les langues mortes, l’allemand (qui l’est bien assez au yeux de certains), au motif qu’elles seraient élitistes. Élitiste : l’anathème est puissant, dévastateur et en Socialie médiocrophile, carrément psychopompe. Devant l’énormité de l’atteinte, il aura fallu plusieurs jours pour que, sonnés, les opposants à un si néfaste projet s’organisent et fassent part de leur désaccord total. Vu la bronca tant à droite qu’à gauche, il n’est même pas impensable d’imaginer que Najat Vallaud-Belkacem, l’ingénue ministricule en charge de l’Éducation Nationale, recule sur ce point.

La seconde « réforme », aussi joyeuse que hardie, entend pour sa part modifier les priorités des programmes d’Histoire à coup de pelle dans la nuque. J’avais évoqué cette question il y a quelques jours lorsqu’on apprenait que ces programmes n’imposeraient plus un ensemble de savoirs pourtant indispensables (les guerres de religions, les Lumières) au profit d’autres événements devenus, eux, obligatoires (l’Islam ou les traites négrières, par exemple). Ceci, allié à l’idée de Manuel Valls, aussi stupide qu’accidentelle, de proposer des cours de comédie et d’improvisation, finissait de brosser un tableau particulièrement pittoresque de l’enseignement version 2016, dans lequel, en substance, le piètre, le mou et le fadasse n’étaient plus seulement un but accepté par défaut, mais en devenaient comme ouvertement recherché, avec gourmandise.

On le comprend, c’est du lourd, du costaud, du quasi-magique : le niveau, d’année en année, s’effritait. Il va maintenant s’effondrer avec les merveilleuses idées-boutoir de nos apprentis-ministres dont tout indique qu’ils sont en roue libre. Normal, du reste : ni Valls, ni Vallaud-Belkacem, ni, bien sûr, Hollande n’ont le moindre pouvoir sur les questions économiques. La France ne va pas bien, son État exsangue n’a plus un rond et il lui faut maintenant recourir aux expédients les plus miséreux avant la tonte massive du peuple pour faire encore illusion. Seul levier possible et même rigolo pour nos gouvernants : le social, le bricolage au niveau des normes de société, de l’embrigadement des têtes blondes, des éléments de langage dont il faudra farcir le téléspectateur pour qu’il s’accommode du vivrensemble qu’on lui promet génial, un jour futur.

Moyennant quoi, c’est l’hystérie réformatrice tous azimuts.

Comme Hollande n’a pas le courage de s’attaquer aux réformes de fond de l’État français, comme aucun de ses ministres n’a jamais retrouvé l’unique gonade gouvernementale qu’ils avaient eu en leasing en début de mandat, laissée en partage par un vieux général qui n’en avait plus l’usage et qui fut égarée au cours des années 70 ou 80 par un des blaireaux qui lui succédèrent, comme il faut, de nos jours, s’agiter tant et plus quitte à raconter d’énormes bêtises pour ne pas disparaître au milieu de la gigantesque soirée mousse en laquelle s’est transformée l’actualité, comme tout s’y prête trop bien, le collège s’est transformé en champ de bataille des idéologues débridés.

évaluation scolaire à base de gommettes

Et c’est ainsi qu’on se pose des questions essentielles. Les rythmes de travail bousculent les petits chatons ? Allégeons les horaires. Modifions-les, ici, là et là. Introduisons des matières fumeuses et des transversalités grotesques. Vive les mercredis matin pâte-à-modeler ! C’est si utile, pour savoir lire, écrire et compter, pour comprendre notre monde, pour trouver un job plus tard !

Et si la grammaire était sexiste ? Réformons-là, changeons ces règles qui enquiquinent tout le monde. D’ailleurs, la société s’y prépare doucement qui réclame, à force de pétitions, qu’on revienne enfin sur l’abominable machisme de la langue française qui tolère bien trop les sentinelles viriles, l’absence de grenouil et de sages-hommes ou même les mots épicènes !

Et si les notes ou le redoublement, c’était trop dur pour nos frêles élèves ? La vie est déjà dure pour eux, notamment lorsqu’ils sont issus de milieux pauvres, rebaptisés avec beaucoup d’à-propos en « défavorisés ». Et si on favorisait les défavorisés ? Il suffirait de diluer le redoublement parce qu’il n’est pas adapté, que c’est méchant et que de toute façon, un chômeur bachelier n’en sera pas moins ni chômeur, ni bachelier s’il sait écrire, voyons ! Quant à les noter, c’est encore plus cruel puisque ça discrimine, ça sépare, ça casse le vivrensemble ! Basta les notes, vive les gommettes !

Et enfin, si un discours trop clair, trop simple, emprunt d’humilité et transparent pour qui sait lire ne permettait pas de convoyer à la crédule populace toute la substantifique morgue qu’on éprouve pour elle ? Qu’à cela ne tienne, on ouvrira bien vite les robinets à novlangue, comme jamais.

De réforme en réforme, à force d’aplanir un peu tout (dans la joie et la bonne humeur, attention !) on finira bien par avoir un collège et, plus largement, un enseignement capable de fournir à tous le minimum requis pour bien démarrer dans la vie. Comme ce minimum demande des efforts, des moyens et des exigences, on abaissera simplement son niveau jusqu’au plus petit dénominateur commun des élèves. En plus, c’est facile puisque ce minimum doit probablement ne pas être plus large que le consensus des horaires de cours matinaux. Le collège, comme l’école il y a quelques années, deviendra à son tour une simple garderie dans laquelle quelques activités ludico-éducatives seront proposées, de façon souvent optionnelle, en marge de longues récréations.

fascism - socialism

Et pour le coup, on est sûr de la réussite de cet ultime programme, de cette prochaine réforme.

Parce que ne vous leurrez pas : après les notes, après le redoublement, après Louis XIV ou les Lumières, après le genre, après la grammaire, le calcul, le latin, le grec ou l’allemand, ce qu’il faudra bien « adoucir » à grand coup de réformes, ce seront les enseignants eux-mêmes : trop contraignants pour les élèves, trop coûteux pour l’État, trop difficile à gérer électoralement parce qu’ils font un travail maintenant trop pénible pour une société qui n’en peut plus, il sera aisé de les rendre à leur tour optionnels. Et ils seront d’autant plus faciles à dissoudre dans un grand rien moelleux qu’on ne les a même pas entendus se rebeller devant la brochette de débilités outrancières des dernières années.

Alors, oui, forcément, ça va bien marcher.
—-
Sur le web