La Santé mise en danger par la technocratie

Les verts, la loi Santé, le principe de précaution, la lutte contre le réchauffement climatique et les normes vont ruiner l’économie de la santé.

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La Santé mise en danger par la technocratie

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 12 avril 2015
- A +

Par Bernard Kron

Médecin consultation ordonnance (Crédits Life Mental Health, licence Creative Commons)
Médecin consultation ordonnance (Crédits Life Mental Health, licence Creative Commons)

 

« On ne s’éloigne jamais si loin du but que lorsque l’on croit connaître le chemin. » — Confucius

Pendant le second mandat présidentiel de Jacques Chirac, le parlement, réuni en congrès à Versailles, a inscrit la Charte de l’environnement dans la Constitution.

Le principe de précaution va constituer le niveau le plus élevé de la hiérarchie des normes juridiques afférentes à cette charte.

« Le principe de précaution n’est pas une menace, c’est un principe d’action exceptionnel, pour risques exceptionnels », avait déclaré le Premier ministre de l’époque, Jean-Pierre Raffarin, citant en fait, le scientifique Hubert Reeves. Pourtant les normes et le principe de précaution participent avec les doublons administratifs à ruiner notre système de santé… et les Français.

La France se détourne malheureusement du progrès et la science perd de sa confiance. Avec l’idéologie du principe de précaution aucun chercheur français ne serait allé au bout de ses rêves. Ni les greffes d’organes, ni la cœlio-chirurgie n’auraient vu le jour1. Il faut bien essayer une première fois, ce que les comités d’éthique peuvent interdire.

Dans ma jeunesse je n’aurais pas pu inventer les prothèses biliaires car il n’y avait aucune certitude que les résultats soient un succès.

« Bonne administration, mauvaise médecine ! »

Le principe de précaution aggrave le phénomène de surconsommation des examens médicaux. Il déresponsabilise nombre de médecins amenés à se surprotéger par des procédures de sécurité, parfois au détriment du diagnostic et de la qualité des soins.

En oncologie, des réunions de concertation pluridisciplinaires, dites de consensus, sont imposées pour la prise de décision. D’une évaluation des bonnes pratiques, ce dispositif est devenu une chambre d’enregistrement, facteur d’éloignement entre le médecin et le patient, donc d’une entrave aux soins.

Les « Think tanks »

Leurs idées « politiquement correctes » est de développer les logiciels. Aussi sophistiqués et coûteux qu’ils soient, ils ne peuvent pas se substituer à la qualité des professionnels. Ils augmentent les tracasseries administratives des médecins libéraux au détriment de la qualité des soins, comme le fera le tiers-payant généralisé.

Les normes

La France pays du système D est devenue le pays des normes. Dans les domaines de la santé, de l’écologie et de la sécurité, on n’en compte pas moins de 200.000.

Comme d’habitude, avant chaque élection, les candidats promettent d’en réduire le nombre. Si toutes ne sont pas inutiles, elles sont parfois exagérément tatillonnes. Elles sont la cause de nombreux surcoûts mais ceux qui en sont à l’origine n’en supportent pas les lourdes conséquences financières.

Par exemple, l’adaptation des établissements scolaires aux handicapés, décidée par la loi handicap de 2005, impose la mise en accessibilité du cadre de vie d’ici 2015, ce qui représente une charge monstrueuse pour les collectivités locales alors que dans le même temps l’État leur reproche de trop dépenser.

Les normes ont un coût non négligeable qui pèse sur les petits cabinets médicaux : ceux-ci sont incapables de financer les adaptations exigées par ces nouvelles lois. Le coût estimé peut dépasser 50.000 euros pour chacun. La conséquence perverse en sera la disparition de nombreux cabinets médicaux de ville, en particulier à Paris.

De même, le double badigeonnage des sites opératoires exigé pour lutter contre les infections, est désormais normé. Il coûte chaque année 80 millions d’euros mais le taux d’infections n’a pas diminué pour autant.

Les lois

À force de vouloir à prix d’or tout légiférer et contrôler dans le moindre détail, notre pays se paralyse. Le journal officiel ne recèle pas loin de 400.000 de ces contraintes, à raison de 1500 nouvelles chaque année.

Se doute-t-on qu’un simple réverbère doit répondre, chez nous, à plusieurs centaines de préconisations obligatoires, qui par ailleurs, changent tout le temps ? Peut-on imaginer qu’au moment même où ces lignes ont été écrites, une commission se réunissait avec gravité au ministère de l’équipement pour déterminer la hauteur légale des potelets et bornes de trottoir !

Quant aux médicaments, « c’est Ubu Roi » : on veut faire des économies en augmentant la prescription des génériques, mais parallèlement, c’est la gabegie.

Ainsi, le CHU de Rennes détruit-il chaque année 30.000 euros de médicaments, commandés en trop grosse quantité ou bien arrivés à date limite de péremption. L’hôpital ne peut même pas en faire don à un organisme caritatif non gouvernemental car seuls les laboratoires pharmaceutiques sont en droit de le faire.

La France empile tant de règles, de normes, de seuils et d’interdictions qu’elle met en péril le dynamisme de son système de santé.

Ainsi la Loi Santé avec le tiers-payant généralisé (23 voix pour et 12 contre2, au prétexte de facilité d’accès aux soins, va aboutir à l’effet opposé : listes d’attente et accroissement des déserts médicaux en seront la rançon.

Le gaz de schiste

Encore en phase d’expérimentation, la fracturation au fluoropropane est la solution que le ministre Arnaud Montebourg s’apprêtait à défendre pour exploiter en France les gaz et pétrole de schiste. Le potentiel de cette technique reste à démontrer. Aux États-Unis, la fracturation hydraulique fait face à de sérieux problèmes de rentabilité et de pollution. La fracturation au fluoropropane pourrait permettre de se passer d’eau et de la plupart des produits chimiques jusqu’ici nécessaires à leur exploitation. Elle n’a pas encore été testée à grande échelle

« Les dangers des centrales atomiques ou celui de l’extraction du gaz de schiste ne sont-ils pas moins grands que celui de la pollution par les particules fines du charbon des centrales thermiques ou du diesel ? » explique Jean de Kervasdoué dans son livre paru en 2014, Ils ont perdu la raison.

Ni pour les OGM, ni pour le gaz de schiste, ni pour le diesel, les conseillers n’ont d’arguments probants. Il en est de même pour les pesticides comme ce fut le cas pour le DDT. Or il faudra bien produire plus pour nourrir les 10 milliards d’êtres humains que comptera prochainement la planète.

Une question se pose donc avec acuité : ne faut-il pas retirer de la Constitution le principe de précaution ?

La droite, comme à son habitude, est divisée pour répondre. François Fillon qui bâtit son discours politique sur le thème du progrès en vue de la présidentielle de 2017 est favorable à cette abrogation.

Le sommet de Cop 21 sur la lutte contre le réchauffement climatique prévu à Paris en décembre prochain sera une « grand-messe écologique » qui polluera la capitale et fera plaisir à ses acteurs et à des chefs d’États en perte de vitesse, mais qu’en sortira-t-il ? Une « mousse médiatico-moralisatrice » déclare Luc Ferry, et je crains qu’il ait raison !

La France qui n’a pas de pétrole, mais a dit-on des idées, a-t-elle les moyens de se priver de cette source d’énergie pour faire plaisir au « groupe fracturé des écologistes » (2% de l’électorat).

  1. Extraits de Bernard Kron, Chirurgie, chronique d’une mort programmée, Chapitre IX, L’Harmattan, mars 2015, 278 pages.
  2. Le parlement, opposition en tête, s’est déshonoré par son absentéisme lors de ce vote
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  • Il faut abolir le principe de précaution. Mais il faut surtout davantage de contre pouvoirs face à un Etat central dont l’omnipotence permet toutes les déviations sans freins.

  • « les normes vont ruiner l’économie de la santé. »

    Aucune inquiétude de ce coté là !!! l’économie de santé est d’ors et déjà ruinée. Normes, contrôle des normes, règlementations, contrôle des règlementations, l’administratif contrôle tout, gère tout et quand je dire gère c’est un bien grand mot. De fermeture de lits en fermeture de lits, l’administratif domine tout ce qui est médical et le patient devient une « valeur » d’ajustement. Je me demande si l’hôpital est destiné aux patients ou bien à caser des administratifs omniscients et tous puissants.

    Demain n’est pas la veille d’une réforme hospitalière intelligente car il faut une volonté réelle de prendre à bras le corps de cette réforme et le milieu politique n’a aucune volonté de voir ce qui se passe dans le pays qu’il est censé gouverner. La seule obsession du politique étant les prochaines élections 2017, 2024, 2031. Les élections de 2031 étant fon-da-men-ta-les ….

    Pas fâché de ne plus exercer dans les conditions actuelles.

    • « Pas fâché de ne plus exercer dans les conditions actuelles. » Moi non plus: ça devenait délirant à chaque coin de couloir. Le pire, c’est qu’avec les administrations multiples et diverses dont on se demande bien qui fait quoi et on se demande aussi combien d’administratifs il y a par médecin, mais ces charognards vivant sur la bête exigent qu’on puisse tout justifier et prouver alors qu’ils ne comprennent rien à ce qui est fait en médecine: résultat des courses, il faut plier la réalité médicale, lui trouver un nom , pour soi-même, pouvoir mettre une étiquette-code afin que ça entre dans les cases prévues par le programme informatique ad hoc!

      La réalité médicale, tout le monde s’en fout, Ce qui compte, c’est combien ça coûte à la « collectivité », en oubliant évidemment tous les organes administratifs qui eux, « ne coûtent rien puisque c’est l’état qui paie » comme dit votre président!

      C’était devenu infaisable: le jour où l’hôpital où j’étais est passé à « la responsabilité financière de son activité » (qui comme on sait, a dû sa survie aux rallonges budgétaires, bien évidemment), on m’a à peine caché que je devais opérer plus et garder les gens moins longtemps! Pour une « profession libérale », c’est un message difficile à avaler, et comme étranger, je me suis facilement désolidarisé de cette situation idiote où des hôpitaux publics se chargent de creuser le « trou de la sécu », bien plus gravement que dans les cliniques privées que j’ai connues forcément mieux gérées!

      Alors bien sûr, l’informatique de l’administration qui ne fait pas dans le détail, se permet de faire des statistiques idiotes, grâce à des programmes informatiques aux cases (limitées et) délimitées, en comparant des populations différentes, comme si il n’existait pas d’une part, des gens reconnus au plan régional ou national, particulièrement pour tel problème, avec une compétence et une expérience particulières, toute l’équipe et les meilleurs outils nécessaires, qui vont évidemment fausser les moyennes statistiques de son institution et des établissements voisins ou mêmes éloignés et d’autre part de petits établissements qui seraient prêts à accueillir humainement, avec des soins adaptés, sans la brutalité des « usines », le Grand-Père à « requinquer » pendant et après sa bronchite, avec la visite fréquente de ses proches. Les petites institutions coûtant moins que les grandes, pourquoi les fermer? À cause des textes et des décisions du bloc « administativo-politique » complètement coupé des nécessités de la réalité! Absurde, n’est-il pas?

      Dans ce contexte, est-ce un hasard si on reparle de « mourir dans la dignité » et d’euthanasie?

      • Au Québec aussi la mode c’est « mourir dans la dignité », alors que la régie ne veut plus payer des traitements pour le cancer car ils sont trop coûteux.

        • Ça vous étonne? On a calculé que c’est bien pendant les deux dernières avant la mort que les frais de soins sont les plus coûteux. Si on a fait ce calcul au résultat assez sordide, cela conduit ceux qui ne veulent qu’une diminution des coûts à favoriser les « départs » plus précoces, sans agonie pénible mais « dans la dignité », bien sûr, surtout si les héritiers vous encouragent chaleureusement, bien sûr!

  • Voilà… Comme tout est dit simplement et avec justesse,en donnant quelques exemples parlants parmi une foultitude.En tant qu’ex professionnel de santé ayant jeté l’éponge récemment pour ces raisons (entre autres!),je ne peux que confirmer et féliciter le bon sens de cette analyse. Confucius est sacrément d’actualité!

  • Principe de précaution ou principe d’immobilisme 🙁

  • Cette critique du principe de précautions bien mal documentée en droit participe du café du commerce… Ce principe est juridiquement corseté par la charte de l’environnement et l’interprétation qu’en fait le Conseil d’État.

  • Risque zéro
    Il n’existe pas !!!! malgré ce que veulent nous faire croire les politiques …

    De deux choses l’une:

    – ou bien le traitement est efficace et ….. il y a un risque CALCULE

    – ou bien le traitement est inefficace … et théoriquement … il n’y a aucun risque. Il n’y a aussi aucune raison qu’il existe et à fortiori être remboursé.

    C’est aussi simple que ça ….

    • Sauf que la « Vérité » médicale n’est que relaive: statistique: « c’est vrai pour X% des cas »: c’est une approche, pas une certitude: dans votre cas personnel, ça fonctionnera ou ça ne fonctionnera pas: si on parvient à guérir 50% de tel cancer, votre cancer à vous sera guéri ou non, mais à 100% dans votre cas!
      Idem pour les traitements qui « améliorent » les choses chez X % des cas traités, pas chez les 100 – X % restants, sans compter les fréquents soit contrindications, soit effets secondaires!
      C’est bien pour ça que toute étude sérieuse commence par la comparaison avec un placebo, et après, seulement, avec d’autres produits existants pour démontrer ou non l’ « avantage thérapeutique » du nouveau produit.

  • Bravo pour cet article !

  • Merci pour ces commentaires de bon sens…….mais vous n’êtes pas ….énarques…..

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