Chine : 5 objectifs pour 2030

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Quels sont les 5 gros problèmes que la Chine va devoir gérer dans un avenir proche ?

Par Thibaut André.

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La Chine traverse une phase de ralentissement, relativement médiatique, et les craintes se font sentir quant au menaçant éclatement de la bulle de crédit. Mais au-delà de voir au travers ces défis de simples problématiques court-termistes, la Chine se trouve confrontée à un vrai positionnement à tenir sur les 5 prochaines années.

Rééquilibrer l’économie

Le gouvernement continue sa lutte pour rééquilibrer la balance économique, loin des investissements alimentés par les crédits et vers la consommation. L’un des principaux défis est de diminuer le taux d’épargne qui s’élevait à 39.5% du revenu disponible en 2013, et d’augmenter la consommation privée. Cependant, les mesures de protection sociale sont encore faibles dans le pays, il s’avère donc difficile d’atteindre ce but. Les estimations actuelles de Daxue Conseil indiquent que d’ici 2030, la consommation privée s’élèvera à 41.6% du PIB, comparée à 67.4% aux États-Unis. Encore plus surprenant, bien que les revenus aux États-Unis soient encore 4 fois supérieurs à ceux de la Chine, il est estimé qu’en 2030 les épargnes par tête aux États-Unis ne seront supérieures que de 20% par rapport à celles de la Chine.

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Vieillissement de la population

L’atout majeur de la Chine a longtemps été son immense population. Cependant celle-ci vieillit. La population active est en déclin et le taux de fertilité est bas. Si l’âge moyen de la population est à peu de chose près au même rang que la moyenne en Europe de L’Ouest, cela représente un phénomène plutôt rare pour une économie émergente. Le vieillissement et la faible croissance de la population contribuent à la pénurie de la main d’œuvre qualifiée, et, avec l’augmentation des salaires, deviennent de vrais défis pour l’économie chinoise.

Le gouvernement a conscience de ce défi et assouplit sa politique de l’enfant unique. Toutefois, cet assouplissement n’inversera pas la tendance liée au vieillissement de la population, puisque l’héritage de cette politique est la chute considérable du nombre de femmes en âge de procréer. C’est pourquoi même si les taux de fertilité augmentent, le nombre réel de naissances n’augmentera pas considérablement.

L’urbanisation

En mars 2014, la Chine a dévoilé un plan d’urbanisation national (2014-2020) montrant ainsi l’engagement du gouvernement de faire de l’urbanisation une priorité nationale. L’objectif est d’accroitre le taux de population vivant en zones urbaines de 53% en 2013 à 60% en 2020. Le but de cette politique est de régulariser le nombre de migrants venant des zones rurales et d’augmenter la consommation. Les consommateurs urbains gagnent et dépensent plus que leurs homologues ruraux. Cette politique pourrait également contribuer à répondre à une problématique relativement similaire, celle de l’inégalité. Les 642 millions de Chinois vivant en zones rurales sont jusqu’à présent ceux qui ont le moins bénéficié de la croissance économique de la Chine, creusant encore plus le fossé entre les riches et les pauvres. En élargissant sa population urbaine et en développant les petites et moyennes villes, les inégalités pourraient diminuer.

Productivité

Les défis démographiques auxquels la Chine est confrontée ainsi que le rétrécissement de la population active obligent la main d’œuvre existante à travailler plus dur et plus judicieusement afin de maintenir la croissance. Il est donc impératif que la Chine progresse dans sa chaîne de la valeur, abandonnant son industrie de base et se concentrant sur le développement d’une économie innovante. Pour ce faire, elle a besoin d’une main d’œuvre compétente et créative. L’éducation est donc un facteur essentiel de cette transition dans l’amélioration de la R&D et la promotion des investissements étrangers directs. La productivité du travail a presque doublé depuis 2008, mais en 2014, à 11,753 dollars par employé, la productivité était en dessous de celle des autres économies émergentes comme le Brésil, la Russie, le Mexique et la Turquie.

L’impact environnemental

Le cinquième défi de la Chine, sans doute le plus complexe, concerne l’environnement. En 2010, la Chine est devenue la plus grande consommatrice d’énergie au monde devant les États-Unis, alors que le charbon représente près de 70% de l’énergie primaire consommée en Chine. En réalité, la Chine consomme 4,6 fois plus de charbon que son plus proche « rival », les États-Unis. La Chine détient aussi le titre douteux de plus grand pollueur au monde, représentant 28.3% des émissions mondiales de CO2 en 2014, plus que l’Amérique du Nord et l’Europe de l’Ouest cumulées. Par conséquent, la pollution de l’air est devenue un défi de poids pour les autorités chinoises.

La rareté de l’eau, conséquence directe de la pollution ainsi que des tendances démographiques, est également un problème critique. Particulièrement par la population urbaine grandissante du fait des contraintes d’approvisionnements en eau, davantage utilisée que son homologue rurale. L’ampleur de ce défi est immense, mais les solutions à y apporter ne doivent pas être de la même mesure. Des changements relativement faibles afin d’améliorer l’efficacité et de décroitre le gaspillage pourraient avoir un impact important sur les investissements du gouvernement à grande échelle, tel que le projet de transfert des eaux qui consistera à déplacer de l’eau du Sud du pays jusqu’aux régions de stress hydrique situées au Nord.