Un CDI très cher payé

pole emploi rené le honzec

Le CDI est très protecteur pour les salariés ayant la chance de travailler sous ce contrat. Mais le prix de ce privilège est très cher payé par les autres.

Par Dominique d’Emploi 2017.

pole emploi rené le honzec
pole emploi rené le honzec

Si les gouvernants communiquent beaucoup sur le stock net des emplois et des chômeurs, il n’est pas inintéressant pour autant de s’intéresser aux flux internes d’entrées et sorties dans les statistiques mensuelles de Pôle emploi publiées par la Dares. Lorsque l’on regarde ces chiffres, on est tout d’abord surpris par le flux extrêmement important d’entrées et de sorties dans les différentes catégories de demandeurs d’emplois. Ainsi si l’on regroupe les demandeurs d’emplois des catégories A, B, et C1, on constate qu’il y en a chaque mois 530.000 qui s’inscrivent à Pôle Emploi, tandis que 500.000 en sortent également chaque mois2.

Sur ces chiffres, on constate ensuite que, contrairement à ce que l’on pourrait croire, la part des licenciements est très faible, soit environ 50.000 demandeurs d’emplois rentrant. Si on ajoute les ruptures conventionnelles, on arrive à 80.000 par mois en moyenne. Le premier poste des entrées est en réalité celui des personnes arrivant en fin de mission de CDD ou d’intérim, à hauteur d’environ 150.000 par mois. Quand on sait que désormais, la durée moyenne d’un CDD est de 26 jours, ce chiffre n’est pas étonnant.

En réalité, ce sont donc les mêmes personnes qui tournent chaque mois, dans une situation finalement assez intenable, sans permettre par ailleurs une turbulence positive de l’économie. On a d’un côté 87% de travailleurs en CDI, très peu flexibles pour s’adapter aux besoins des entreprises, et de l’autre côté 13% de salariés obligés d’être ultra-flexibles, surcompensant la rigidité du contrat en CDI censé être la norme. En cause la fameuse « cause réelle et sérieuse » dont les tribunaux se sont arrogés le droit de juger, à la place de l’employeur, si tel était le cas ou non, en cas de licenciement d’une personne en CDI.

Ainsi, on peut se réjouir d’avoir en France 14 millions de salariés du privé en CDI, mais c’est au prix de 2 millions de personnes en CDD ou intérim, auxquels il faut ajouter 3 millions de chômeurs officiels et environ 2 millions de chômeurs découragés3, soit au total 7 millions de personnes qui peinent à vivre de leur travail.

Il est donc frappant de constater comment les politiques de protection du salarié, notamment à travers une jurisprudence de plus en plus dure, ont fini par produire l’inverse, à savoir un chômage et une inactivité persistants malgré la reprise, et un grand nombre de travailleurs précaires. Les chiffres de l’INSEE attestent par ailleurs que la situation ne cesse de se dégrader. En 2011, les CDD ou les missions d’intérim représentaient 9 embauches sur 10. Par comparaison, en 1982, c’était 1 embauche sur 3 :
emploi2017

Comme le mentionnait le prix Nobel Jean Tirole, la liberté de licencier – si elle s’accompagne d’indemnités – revient à un système paradoxalement plus vertueux car celui-ci « protège plus le salarié que l’emploi ».

Sur le web

  1. catégorie A : demandeurs d’emploi tenus de faire des actes positifs de recherche d’emploi, sans emploi ;
    catégorie B : demandeurs d’emploi tenus de faire des actes positifs de recherche d’emploi, ayant exercé une activité réduite courte (i.e. de 78 heures ou moins au cours du mois) ;
    catégorie C : demandeurs d’emploi tenus de faire des actes positifs de recherche d’emploi, ayant exercé une activité réduite longue (i.e. de plus de 78 heures au cours du mois).
  2. Chiffres sur la dernière année glissante, de mars 2014 à janvier 2015.
  3. Nous avons d’après les statistiques Eurostat 500.000 inactifs qui aimeraient travailler mais ne cherchent pas d’emplois. Par ailleurs parmi ceux qui ne désirent pas travailler, nous avons à population égale entre un million et un 1,5 million d’inactifs de plus qu’au Royaume-Uni ou en Allemagne. S’ils ne désirent pas travailler, c’est vraisemblablement dû aux caractéristiques propres au marché français, qui les a découragés.