Les conséquences de la hausse du dollar

Billets dollars (Crédits 401kcalculator.org, licence Creative Commons)

Au cours des 30 dernières années, c’est la première fois que la hausse du dollar dure aussi longtemps et qu’il atteint une telle amplitude.

Par Régis Yancovici.

Billets dollars  (Crédits 401kcalculator.org, licence Creative Commons)
Billets dollars (Crédits 401kcalculator.org, (CC BY-SA 2.0) )

D’un point de vue européen, la hausse du dollar parait tout à fait justifiée. En Europe, nous avons une croissance plus faible, une politique monétaire hyper accommodante, le risque grec et la montée du populisme. En prenant du recul, on constate que la faiblesse de l’euro par rapport au dollar, c’est aussi la vigueur du dollar. Celui-ci a été fort contre toutes les monnaies. Depuis un an, il a gagné 22% contre un panier de devises (mesuré par le DOLLAR INDEX SPOT Exchange Rate, intégrant l’euro). Le marché des changes est le plus souvent peu volatil mais les ajustements sont parfois violents. Au cours des 30 dernières années, c’est la première fois que la hausse du dollar dure aussi longtemps (9 mois vs. 6 mois en moyenne) et qu’il atteint une telle amplitude.

Les conséquences sont nombreuses et peuvent être lourdes :

  • Tous les pays exportent leur déflation aux États-Unis. Les dernières publications d’inflation outre-Atlantique ont néanmoins été rassurantes.
  • Les sociétés exportatrices américaines souffrent. Déjà d’un point de vue agrégé, les résultats des sociétés du S&P 500 sont attendus en baisse de 5% au premier trimestre 2015 par rapport à l’année passée. D’un point de vue macro-économique, les exportations baissent de 5% par rapport à la même période de 2014. Le manque de dynamisme du commerce international ne fait qu’amplifier l’effet du dollar fort.
  • Le dollar n’est pas étranger à la baisse des matières premières. Le pétrole par exemple vient de connaître sa plus forte baisse trimestrielle en près de 40 ans. Les pays fortement producteurs, comme le Brésil, la Russie, le Nigeria sont déjà en difficulté.
  • Les pays émergents et surtout les sociétés des pays émergents sont souvent endettés en dollar. Leur endettement croît ainsi mécaniquement. Historiquement, leurs taux de défaut et le dollar sont clairement corrélés. Même si leur endettement est maintenant aussi en devises locales et que ces devises flottent, il n’en reste pas moins qu’à partir d’un certain niveau (?), l’impact se fera sentir. Il sera un peu amorti par le fait que ces entreprises réalisent une part de leur chiffre d’affaires aux États-Unis. UBS l’estime à 11% pour les pays asiatiques. C’est trop peu pour écarter le risque. Dès lors, les pays les plus endettés auront un choix peu enviable : remonter les taux pour défendre leur monnaie, au risque de ralentir une croissance déjà sous pression ou faire baisser les taux pour dynamiser leur croissance quitte à mettre sous une pression accrue leur devise. Une possible crise dans les pays émergents aurait des conséquences dans les pays développés. Leur poids dans le commerce international a crû et leur dette a quadruplé depuis 15 ans (hors Chine).

Si la vigueur du dollar a été le reflet de la santé de l’économie américaine, tel n’est plus le cas. L’indice des surprises économiques de Citi est fortement négatif depuis le début de l’année. La vigueur du dollar est désormais le reflet de la désynchronisation des politiques monétaires internationales. Mais alors comment justifier cette désynchronisation dans un contexte économique domestique faible ? Le seul point positif de l’économie américaine demeure son marché de l’emploi. Est-il suffisant pour enclencher une hausse des taux ? Peut-être. Mais une certitude : il ne faudra pas beaucoup de hausse de taux pour envoyer le dollar au firmament et mettre l’économie américaine à genoux… et avec tous les effets secondaires connus. La hausse du dollar porte sa fin en elle.