Agrégats monétaires français : le piège

Pourquoi la situation en France et dans la zone euro est devenue totalement incontrôlable…

Par Jean-Pierre Chevallier.

it s a trap credits stefan  (CC BY-NC-SA 2.0)
it s a trap credits stefan (CC BY-NC-SA 2.0)

 

Les gens de la Banque de France ne publiaient pas les données des agrégats monétaires (sans donner d’explications) contrairement à ce que faisaient la plupart des pays de la zone euro (ce qui montre leur ignorance totale en matière de monétarisme). Curieusement, ils le font depuis un certain temps et ils les mettent à jour presque normalement maintenant mais les derniers chiffres sont encore publiés avec un mois de retard par rapport à ceux de la BCE !

Les données les plus pertinentes sont les agrégats monétaires M1, M2-M1 et M3-M2 par rapport au PIB (en %). Elles font apparaitre clairement une augmentation totalement anormale de M1 par rapport au PIB à partir de 1998.

Document 1
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Ainsi, avant la convergence des monnaies préludant à l’adoption de cette monnaie unique contre nature qu’est l’euro, la structure des agrégats était satisfaisante avec M1 qui représentait 20 à 22% du PIB, comme aux États-Unis.

Cependant, par la suite, M1 est tombé à 16% (par rapport au PIB) aux États-Unis, ce qui montre qu’il n’y a pas eu de création monétaire pendant cette période dans ce pays, mais ce rapport a augmenté en France pour se situer à plus de 40% maintenant, ce qui est le résultat d’une création monétaire létale.

L’adoption de l’euro a laissé se développer sans sanction possible (ou sans frein naturel) une hypertrophie en M1. L’augmentation de M1 s’accélère même : plus 25,7 milliards d’euros en décembre ! C’était au pied du Sapin du Père Noël !

De l’argent non gagné a été distribué en masse depuis des années : près de 550 milliards d’euros se trouvent ainsi indûment dans les poches et sur les comptes courants des Français, ce qui est considérable (un quart du PIB annuel de la France !)…

Document 2 :
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… alors qu’ils auraient dû se trouver dans les trésoreries des entreprises, c’est-à-dire en M3-M2.

Document 3 :
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Il aurait fallu que cette situation évolue comme aux États-Unis, avec une baisse relative de M1 (qui aurait dû tendre vers 16%) et une augmentation relative de M3-M2 (qui aurait dû dépasser les 30%),

Document 4 :
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M3-M2 ne représente plus que 10% du PIB alors que cet agrégat aurait dû en représenter le triple si on se réfère à la situation passée et à celle qui prévaut aux États-Unis,

Document 5 :
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Dans ce document 5, les lignes en pointillés représentent l’évolution qui aurait dû être celle de M1 et de M3-M2 (par rapport au PIB), à l’image de ce qui en a été aux États-Unis qui sont la référence.

En fait, les salariés, les fonctionnaires et tous ceux qui profitent des divers organismes étatiques se sont accaparé globalement près de 550 milliards d’euros qui auraient dû rester dans les comptes des entreprises qui sont de ce fait à l’agonie.

Pas de bénéfices, pas d’investissements, donc pas de croissance, c’est-à-dire pas de création de richesse ni de création d’emplois. Tout est simple.

M2-M1 n’augmente pas d’une année sur l’autre, ce qui aurait dû se manifester par un bond prodigieux de la croissance car cela aurait signifié que les Français diminuaient leur épargne pour augmenter leurs achats, ce qui aurait dû stimuler la croissance, or il n’en est rien : cette stagnation de M2-M1 signifie que les malheureux Français sont obligés de puiser dans leur épargne pour vivre.

Document 6 :
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La situation en France et dans la zone euro est donc maintenant totalement incontrôlable, irrécupérable à cause de l’hypertrophie en M1, respectivement de près de 550 milliards d’euros et de 4 500 milliards. C’est tellement gros que personne ne la voit, à part une exception qui s’exprime…

Comme je l’ai déjà écrit, l’argent sain est le premier pilier des Reaganomics. Le problème essentiel à résoudre pour refaire partir la croissance sur des bases saines, c’est-à-dire sur de l’argent sain, serait donc de faire éclater cette hypertrophie en M1 (et d’en supprimer les causes, c’est-à-dire de sortir en douleur de l’euro-système), ce qui permettrait donc de mettre fin à la distribution d’argent non gagné, ce qui est difficile à mettre en œuvre auprès du peuple de gauche qui en est le principal bénéficiaire.

Comment se fait-il que les Français, comme les autres malheureux membres de l’eurozone, aient pu tomber dans ce piège grossier tendu par les monétaristes américains qui auront ainsi gagné cette première guerre monétariste mondiale en affaiblissant considérablement et durablement leurs concurrents pour garder leur leadership sur le monde libre ?


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