Grèce : pourquoi il ne faut RIEN lâcher

Alexis Tsipras (Crédits : Daniele Vico, licence CC-BY-ND 2.0), via Flickr.

Comment enrayer la descente aux enfers budgétaire de la Grèce ?

Par Alex Korbel.

Tsipras credits Daniele Vico (licence creative commons)
Tsipras credits Daniele Vico (licence creative commons)

 

Depuis l’arrivée au pouvoir du Premier ministre Andreas Papandreou en 1981, la Grèce s’est illustrée comme un modèle d’irresponsabilité budgétaire. Pensez donc : l’État grec a eu un déficit budgétaire moyen de 8,7% du PIB du pays entre 1981 et 1999.

Aspirant à aider le « berceau de la démocratie », les capitales européennes ont oublié toute prudence (et jusqu’aux normes juridiques et financières de l’Union) lorsqu’elles ont permis à la Grèce de rejoindre l’Union européenne en 1981 et l’Union économique et monétaire en 2001.

La folle politique budgétaire grecque continue donc. En 2009, l’État grec enregistre un déficit budgétaire de 15,6% et une dette publique égale à 127% du PIB du pays. En 2010, lorsqu’il devient apparent que le déficit est au-delà de l’admissible officiel, l’État grec perd la confiance des investisseurs étrangers.

Si vous êtes un jour à la tête d’un État en situation de détresse financière, il faut savoir qu’en général, on essaie de résoudre le problème en deux étapes.

  • Première étape : le pays en difficulté doit réduire son déficit budgétaire afin que ses finances publiques redeviennent soutenables.
  • Deuxième étape : le pays fait de grandes réformes afin de libérer la croissance économique.

Ce qu’il faut faire : prendre exemple sur la Lettonie

Comme la Grèce, la Lettonie a connu une grave crise financière. Mais elle a été sérieuse dans la gestion de cette crise et elle en est maintenant sortie. La Grèce, elle, n’a pas été sérieuse et la crise est toujours présente.

Première étape : s’attaquer au déficit

En septembre 2008, il devient patent que la Lettonie se dirige vers un déficit budgétaire de 18% du PIB en 2009. Le gouvernement letton réagit à la gravité de la situation. Il corrige le tir en 2009 et 2010 en mettant en œuvre un ajustement budgétaire cumulé de 14,7 points de PIB au cours de ces deux années. Dès juillet 2009, l’État letton regagne la confiance des investisseurs qui réinvestissent bientôt dans le pays. Bilan : la récession lettone n’a duré que deux ans.

Malheureusement pour le peuple grec, le gouvernement  décide à l’inverse de ne pas appliquer la méthode lettone lorsque la crise grecque éclate en 2010. Alors que celle-ci est pire que la crise lettone, le gouvernement décide de ne mettre en œuvre qu’un petit ajustement budgétaire cumulé de 6,6 points de PIB en 2010 et 2011. La tentative de thérapie n’est pas à la hauteur de la maladie, ce qui exclut toute guérison. Aucune confiance financière n’est restaurée. La crise continue.

Pour réduire le déficit budgétaire d’un État, une des solutions consiste à diminuer ses dépenses. Et à ce sujet, sans surprise, le contraste entre la Lettonie et la Grèce est particulièrement significatif.

Dep pub / Tableau Alex Korbel mars 2015

En 2010, en pleine crise, les dépenses publiques grecques représentent 52% du PIB du pays, 44% dans le cas de la Lettonie. Trois années plus tard, en 2013, la part des dépenses publiques grecques a augmenté, atteignant 59% du PIB. La Lettonie, elle, a réduit ce ratio à 36%. Certes, le gouvernement grec a réduit certaines dépenses publiques, mais pas suffisamment pour que cela soit visible en pourcentage du PIB.

La Grèce nous montre le coût social, économique, politique que l’on doit payer lorsqu’on ne choisit pas un ajustement budgétaire sérieux.

Croissance / Tabeau Alex Korbel mars 2015

Deuxième étape : réformer le pays

La Lettonie a fait beaucoup plus que la Grèce en matière de réformes structurelles.

Dans le classement des pays où il est le plus facile de faire des affaires établi par la Banque mondiale (Doing Business 2015), la Lettonie tient la 23ème place. La Grèce est à la 61ème place. Au sein de l’Union européenne, seules Chypre et la Croatie font pire que la Grèce.

Récapitulons le cas grec : des dépenses publiques excessives « investies » pour contenter les intérêts des employés publics afin d’assurer une clientèle électorale au gouvernement grec ; un niveau de taxation parmi les plus élevés en Europe, décourageant l’investissement des entreprises ; et face à la crise, un gouvernement qui augmente encore les impôts et ne diminue pas assez les dépenses publiques. Le tout sans faire de vraies réformes structurelles pour faire revenir la croissance.

Et l’on s’étonne que la Grèce soit toujours en crise !


Sur le web