Existe-t-il une opinion publique ?

L’opinion publique ne renvoie à aucune réalité sociale. Ce n’est qu’un vocabulaire politique qu’il faut observer avec prudence.

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Existe-t-il une opinion publique ?

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 8 mars 2015
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Par Ferghane Azihari

Foule CC Flickr Damien Roué
Foule CC Flickr Damien Roué

 

Qu’est-ce que l’opinion publique ?

Espace public, opinion publique. Ces expressions renvoient-elles à une quelconque réalité sociale ? Rien n’est moins sûr. Le dictionnaire Larousse parle de l’opinion publique comme « la manière de penser la plus répandue dans une société, celle de la majorité du corps social ». Une difficulté apparaît. De quel corps social parle t-on ? Le corps social national ? régional ? municipal ? européen ? Tout d’abord, la démarche qui consiste à préférer telle ou telle échelle pour mesurer la consistance de l’opinion publique sur une question particulière est totalement arbitraire. Ensuite, celle qui consiste à confondre le « corps social » avec une instance politique est parfaitement idéologique. Contrairement à ce que cette vision promeut, la société ne se confond pas sans cesse avec l’instance politique. Dans la même perspective, les réseaux d’opinion ne sont pas uniformes et circonscrits à l’action d’une instance politique qui les chapeaute. Cette vision ne relève que de la fiction.

On peut se poser la question de l’opportunité de prendre des critères apolitiques pour définir une opinion publique. Ce peut être par exemple des critères linguistiques pour jauger une opinion publique francophone. Après tout, la langue est à certains égards un puissant vecteur d’inclusion médiatique. Or l’utilisation d’une langue ne se circonscrit pas à des frontières politiques. On pourrait aussi éventuellement faire abstraction des critères distinctifs pour jauger la consistance d’une opinion publique mondiale concernant des enjeux planétaires. Le problème des perspectives évoquées, c’est qu’elles ne présentent aucun intérêt en l’absence d’instance politique qui chapeaute les communautés susmentionnées. Or cet élément est justement très révélateur. D’ailleurs, le fait de songer à utiliser des critères « apolitiques » pour jauger une opinion « publique » constitue en soi une contradiction.

Un vocabulaire politique dont il faut se méfier

C’est pourquoi il y a lieu de penser que tout comme l’identité nationale, l’opinion publique n’est qu’une construction idéologique aux contours arbitrairement définis qui ne sert qu’à imposer une certaine grille de lecture des enjeux sociaux, le plus souvent pour légitimer l’action politique. Partant de là, l’opinion publique n’existe pas. Elle n’est pas cette réalité sociale consistante que les sondeurs privés et publics semblent décrire. On peut, au mieux, supposer l’existence de réseaux privés d’opinions qui se superposent, se juxtaposent et s’imbriquent plus ou moins ponctuellement en fonction des rapports de force et de la portée des enjeux sociaux sans se circonscrire à une juridiction particulière. Cela est d’autant plus vrai que les réseaux d’opinions sont aujourd’hui complètement dématérialisés et « dé-territorialisés » du fait des révolutions numériques. Cela représente naturellement une situation inconfortable pour des institutions politiques qui ne se définissent que par rapport à un territoire particulier. Les nouvelles technologies rendent donc caduque la volonté de certains acteurs publics et privés de circonscrire des réseaux d’opinions à une circonscription administrative, fut-elle locale, nationale ou européenne pour légitimer l’action politique.

Pire encore. La volonté des instances politiques, y compris européennes, d’utiliser la contrainte fiscale pour subventionner des médias afin de planifier la formation d’une opinion publique est suspecte. Elle occulte le fait que le pouvoir politique n’est pas une fin en soi mais seulement un vulgaire outil au service des libertés. En ce sens, cette volonté rappelle étrangement la démarche autoritaire des États-nations qui veulent à tout prix développer des systèmes d’allégeance pour conforter leur contrôle social. À l’heure où les fédéralistes européens appellent à l’émergence d’une « opinion publique européenne », il peut être judicieux de rappeler que ce n’est pas le rôle de l’Union de planifier des systèmes exclusifs d’allégeance. Elle doit se contenter d’abolir les barrières arbitrairement institués par les nationalismes pour favoriser l’émergence de réseaux d’opinions libres et spontanées à toutes les échelles, du local au mondial, indépendamment des considérations politiques et nationalistes.


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  • La définition du Larousse me semble elle-même très politiquement correcte et à côté de la réalité. Depuis l’invention de la presse et avant celle d’Internet, le principal vecteur de l’opinion publique est les media. Elle subit toutes les tentatives de manipulations possibles par l’état, des « intellectuels », des magnats de la presse. Mais d’un autre côté elle est obligé de dire ce que les gens veulent entendre.

    Difficile donc de dire ce que reflète au final l’opinion publique : sa mesure par les media n’est pas forcément en phase avec ce que pensent réellement les gens et les manipulations de l’opinion n’ont aucune garantie d’être durable.

    Le concept d’opinion publique européenne me semble également hasardeux : dans la mesure où la principale barrière est linguistique on retombe rapidement dans une vision nationale manipulée par les media avec plus ou moins de succès. Une véritable opinion trans-nationale supposerait d’une part une maîtrise plus grande des langues étrangères, et d’autre part une expression plus simple de la part des journalistes ou faiseurs d’opinion. (Prenez n’importe quel article et demandez vous s’il est compréhensible par quelqu’un qui ne maîtrise pas le langage journalistique ?)

    • Il est vrai que pour qu’il y ait une opinion publique européenne il aurait fallut que tout les européens ait accès aux même informations non biaisée de façon simultanée ainsi que de parler la même langue, un mot peut avoir une signification plus ou moins forte et il peut y avoir différente façon de dire un même chose en fonction des langues.

      Mais de facto l’opinion publique française existe, il s’agit de la somme des votants, mais encore faut-il organiser un referendum et en respecter l’issue…

  • C’est drôle de dénoncer un construction idéologique tout en créant soit même une construction idéologique…

    L’identité nationale n’existe pas ? heureux d’apprendre que la langue française est illusion, que l’histoire de France est un mythe ou que les traditions françaises sont fausses ? Cela me semble très réel au contraire, il y a même des gens qui font de la recherche sur les « identités nationales » des peuples présent ou passé cela s’appelle de l’anthropologie ou de l’archéologie , pourquoi iraient-ils se fatiguer pour des « construction idéologique  » ?

    Il est impossible de trouver un peuple n’ayant pas une langue, une religion, une histoire ou des traditions commune, il s’agit des caractéristiques sur lesquelles repose la cohésion d’un groupe humain donnée.

    • L’Histoire de France, l’identité nationale, autant de vocabulaires politiques qui n’ont aucune réalité sociale.
      La France s’est construite en nouant d’intenses liens d’interdépendances avec d’autres aires géographiques. De la même manière qu’on aime compter l’histoire de france, il est également possible, pour peu que l’on cite les faits adéquats, de compter une histoire franco-allemande, franco-britannique, franco-espagnole ou encore franco-africaine.

      Quant à la manière avec laquelle cette prétendue « identité nationale » a été inculquée, il ne s’agissait à l’époque que d’imposer (par la force) dans l’imaginaire collectif une idéologie destiné à conforter la légitimité de l’appareil d’Etat.

      • « La France s’est construite en nouant d’intenses liens d’interdépendances avec d’autres aires géographiques. De la même manière qu’on aime compter l’histoire de France, il est également possible, pour peu que l’on cite les faits adéquats, de compter une histoire franco-allemande, franco-britannique, franco-espagnole ou encore franco-africaine. »

        Oui et ? en quoi cela remet en cause mon affirmation ? les faits relatées par l’historiographie sont réels, et le fait que les différentes histoires des différents peuple se sont de nombreuses fois rejointes ne veut pas dire qu’elles sont similaires, le Drang nach Osten par exemple n’a absolument pas de rapport avec l’histoire de France bien que la guerre de 1870 fait partit de l’histoire commune franco-allemande.

        « Quant à la manière avec laquelle cette prétendue « identité nationale » a été inculquée, il ne s’agissait à l’époque que d’imposer (par la force) dans l’imaginaire collectif une idéologie destiné à conforter la légitimité de l’appareil d’État. »

        Aucun rapport, le fait que quelque chose ait été inculqué,promue ou utilisé par un ou des États dans un but précis ne rend pas la chose en question fausse ou inexistante.

        La religion fut utilisé par les gouvernant pour légitimer leurs pouvoir, cela rend-il inexistant le fait religieux ? Le commerce fut une raison de l’interventionnisme étatique par le mercantilisme et une cause de guerre, mais faut-il interdire tout type de commerce pour cela ?

        « L’Histoire de France, l’identité nationale, autant de vocabulaires politiques qui n’ont aucune réalité sociale. »

        L’Histoire de France est une suite de faits s’étant déroulé dans le passé et ayant concernée de près ou de loin le peuple de France, ses dirigeants,ou la zone géographique appelé France.

        Quant a l’identité française, il s’agira de la première chose que demandera a savoir tout étranger s’intéressant a notre pays. Un touriste voulant en savoir plus au sujet de la France demandera comment parlent les français, ce que mangent les français, comment vivent les français, se que fêtent les français, quelle est l’histoire de France, comment se font les rapports sociaux en France, comment se font les mariages en France… etc

        Il ne s’agit ni de simple vocable, ni de réalités sociales mais de faits anthropologiques ou historiques.

        • Je vous mets au défi de me dessiner les contours de l’identité nationale française sans tomber dans l’arbitraire.

          • Je l’ait déjà évoqué plusieurs fois dans mes post, vous n’allez pas me dire que la langue française ou l’histoire de France ne sont pas des réalités… Noël m’a semblé réel quand on l’a fêté.

            Quant la notion d’arbitraire elle est arbitraire a la base, qu’est ce qui vous permet de dire qu’une chose est arbitraire et une autre non ? Le simple fait de designer une notion comme arbitraire est arbitraire.

            L’objectivité n’existe pas, pour pouvoir être objectif il faudrait vivre en dehors de notre espace temps et encore, les expérience vécus influant elle aussi sur notre perceptions des choses il faudrait être en quelque chose une page blanche.

            • L’histoire de France c’est quoi ? Comment vous délimitez les contours de l’histoire de France ?

            • Quid par exemple des Bretons qui ont à un certains égards plus de racines ethnographiques communes avec les Irlandais qu’avec les Corses ?

  • Cette notion semble bien fumeuse venant des politiques ..

  • Il faut lire : « le public fantôme » (Walter Lippman), 1925 (!!!!), et se rendre compte qu’il est temps de faire la part des choses entre la communication des « publicistes » et l’air du temps : la nation est à notre époque dans l’instant, non dans la durée.

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